Le plus important volet de l’investissement de Nemaska Lithium consiste en la construction d’une usine de production sur les rives du Saint-Maurice, à Shawinigan.
Le plus important volet de l’investissement de Nemaska Lithium consiste en la construction d’une usine de production sur les rives du Saint-Maurice, à Shawinigan.

Nemaska Lithium pourra-t-elle respecter le calendrier?

Shawinigan — Les mois étaient déjà suffisamment critiques pour Nemaska Lithium sans qu’une crise mondiale vienne davantage brouiller l’avenir de ce projet. Pour le moment, les principaux échéanciers sont maintenus pour trouver de nouveaux partenaires, mais Alain Clavet, président du Regroupement des actionnaires de Nemaska, ne s’étonnerait pas que le calendrier bouge au cours des prochaines semaines.

Mercredi, l’entreprise a publié un communiqué dans lequel elle annonce le report de la date limite de dépôt des réclamations. Cette date avait été fixée au 31 mars 2020, mais dès le 20 mars, le juge Louis J. Godin rendait une décision favorable à un créancier en repoussant l’échéance de deux semaines, au 17 avril 2020.

Le 30 mars, Nemaska Lithium et le contrôleur dans le cadre du processus de restructuration, PricewaterhouseCoopers, réclamaient aussi un report de deux semaines. Dans cette requête, les demandeurs exposaient que depuis l’établissement du calendrier initial le 29 janvier 2020, «une pandémie causée par le virus SARS-CoV-2 s’est déclarée à l’échelle mondiale, entraînant des défis logistiques importants pour les entreprises, notamment eu égard à l’exercice de leurs activités». Compte tenu de ces «circonstances exceptionnelles», un report de la date limite de dépôt des réclamations a été demandé au 17 avril pour tous les créanciers, ce qui a été accordé.

Le reste du calendrier n’a pas été touché par cette décision pour le moment. Ainsi, les conseillers financiers responsables de mener le processus de vente et de sollicitations d’investissements attendent toujours les lettres d’intention au plus tard le 17 avril également. L’objectif demeure d’annoncer un nouveau montage financier en août.

«Le processus de sollicitations d’offres suit l’échéancier planifié et approuvé par la Cour», résume Gabrielle Tellier, responsable des relations avec les médias pour Nemaska Lithium.

M. Clavet, qui poursuit ses démarches pour permettre aux quelque 25 000 actionnaires de se faire entendre dans le cadre de ce processus de restructuration, s’attend toutefois à du mouvement au cours des prochains jours.

«On est en pleine crise financière mondiale», rappelle-t-il. «On se demande si ça nécessitera un prolongement des échéances pour le financement. Ce n’est pas décidé, mais ça ne va pas comme d’habitude. C’est compliqué de faire un processus de refinancement dans un contexte où toutes les bourses mondiales sont tombées. Je pense que tout le monde s’entend sur le fait qu’il y a une réflexion à faire.»

Rappelons que l’entreprise minière s’est protégée de ses créanciers le 23 décembre. Maintenant estimé à 1,4 milliard $, son projet consiste en l’exploitation d’une mine dont le concentré de spodumène serait transformé en hydroxyde de lithium sur les terrains de l’ex-papeterie Laurentide, à Shawinigan. Cette matière entre dans la fabrication de piles au lithium, notamment pour les téléphones cellulaires et les voitures électriques.

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M. Clavet admet que le contexte actuel rend tout aussi difficile la sollicitation d’actionnaires prêts à investir 100 $ chacun pour payer un avocat qui veillera à leurs intérêts dans le cadre de ce processus. Le regroupement en a joint près de 2000 jusqu’à maintenant et 250 d’entre eux ont accepté d’appuyer l’initiative.

«Des actionnaires, il y en a 25 000», rappelle M. Clavet. «Ce n’est pas facile de rejoindre tout le monde pour leur dire que notre regroupement existe. Nous sommes pourtant pris au sérieux. Je suis en contact avec le responsable du financement à la Banque Nationale, avec le conseil d’administration de Nemaska Lithium et le contrôleur de PricewaterhouseCoopers. Mais ça prend une stratégie pour rejoindre ceux qui n’ont pas encore entendu parler de nous.»

Les offres des partenaires intéressés seront analysées jusqu’à la fin août. L’enjeu, pour les actionnaires, consiste à être considérés dans la nouvelle structure de financement. Le titre de Nemaska Lithium a été rayé de la bourse de croissance TSX au début février. Les actionnaires risquent de perdre leur mise si l’entreprise redémarre avec des capitaux entièrement privés.

Avec un titre en suspens et une population préoccupée par la pandémie, disons que le regroupement affronte une tempête parfaite.

«Les gens ont d’autres préoccupations», reconnaît M. Clavet. «C’est un très mauvais moment, mais c’est certain que nous avons besoin de plus de contributions. Nous espérons que nous en recevrons beaucoup plus d’ici le 17 avril.»

M. Clavet considère que cette démarche pourrait également protéger d’autres investisseurs attirés par les projets miniers.

«Si c’était une faillite, on n’en parlerait plus; on se serait fait laver», explique le porte-parole. «Mais c’est un refinancement. Nemaska Lithium a une valeur. Notre démarche a donc beaucoup de sens.»

«Ce n’est pas normal que les petits épargnants perdent leur chemise à chaque fois qu’une compagnie fait des dépassements de coûts», ajoute M. Clavet. «On découragerait les Québécois, qui ne voudront plus investir dans les mines du Québec.»

À tout le moins, le président du regroupement est encouragé par les propos du ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon. Le 14 mars, il déclarait au journal Le Devoir être «excessivement sensible» à l’incertitude vécue par les actionnaires, ajoutant que le gouvernement souhaitait trouver une solution pour leur permettre «de voir, peut-être un jour, le bénéfice de leur investissement.»