Photo: Francois Gervais 02/06/17. Grand-Mere, Nemaska Lithium. Visite de l'usine

Nemaska Lithium ouvre ses portes

Nemaska Lithium a profité de la présentation d'un important congrès organisé par les principaux acteurs internationaux de cette industrie, mercredi et jeudi à Montréal, pour inviter une centaine de personnes à visiter ses installations de Shawinigan. Une petite campagne de séduction qui visait à démontrer les progrès concrets de cet ambitieux projet, qui doit provoquer des investissements de près de 350 millions de dollars d'ici deux ans sur le site déserté par Produits forestiers Résolu.
Les invités passaient une partie de la journée de vendredi à Shawinigan et l'autre à la mine de Whabouchi, dans le nord du Québec. Ce site servira de source d'approvisionnement en spodumène, dont le concentré sera transformé à Shawinigan en hydroxyde et en carbonate de lithium. Ces matériaux entrent dans la fabrication de piles pour les ordinateurs ou les voitures électriques, par exemple.
Le président et chef de la direction de Nemaska Lithium, Guy Bourassa, expliquait avec fierté tout le chemin parcouru depuis l'annonce du déménagement de ce projet de Salaberry-de-Valleyfield à Shawinigan, en septembre 2015. Le cristalliseur de l'usine phase 1 fonctionne depuis près d'un mois et l'entreprise a commencé la livraison d'échantillons d'hydroxyde de lithium à Johnson Matthey Matériaux pour batteries à la mi-avril. En mai, la direction de cette entreprise de Candiac s'est déclarée satisfaite de la qualité et de la pureté du produit.
Pour le moment, le sulfate de lithium ne provient pas de la mine, mais d'un client. Le concentré de spodumène du site Whaboushi devrait commencer à être livré à Shawinigan en juillet.
«Nous avons offert une visite de site pour des utilisateurs venant du Japon, de la Corée, de la Chine, de l'Australie et des États-Unis», explique M. Bourassa. «Il y avait environ 360 personnes à Montréal. Nous avons rempli, en quelques semaines, les places pour visiter l'usine et aller à la mine.»
L'hôte témoigne que les visiteurs ont paru étonné par l'avancement du projet et l'ampleur du complexe industriel.
«Il y a actuellement une pénurie de sels de lithium à travers le monde», explique-t-il. «Les utilisateurs cherchent désespérément à sécuriser des sources d'approvisionnement. Les sources traditionnelles sont en Chine et en Australie, avec quelques unités de transformation aux Etats-Unis. Il faut attirer ces gens à l'extérieur des zones géographiques où ils sont habitués d'être.»
«Nous avons voulu leur enlever le doute sur un échéancier crédible de début de livraison», ajoute M. Bourassa. «Le but de notre usine de phase 1 est de préqualifier le produit. Nous voulons les rassurer pour qu'ils prévoient venir à l'automne pour voir l'usine en pleine opération de traitement de minerai, de sorte qu'ils puissent nous donner le nombre de kilogrammes ou de tonnes dont ils auront besoin. Nous sommes à une étape beaucoup plus avancée que ce que les gens pensaient.» 
La production industrielle de l'usine commerciale, dont la construction s'amorcera à l'automne, doit commencer en 2019. D'une capacité annuelle de 28 000 tonnes, Nemaska Lithium sait déjà que la moitié de sa production est réservée, grâce à des ententes avec JMMB (6000 tonnes) et FMC Corporation (8000 tonnes).
M. Bourassa assure que les clients potentiels ne manquent pas pour se disputer le reste de la production. Stratégiquement, la direction de l'entreprise préfère étudier les opportunités avant de s'avancer trop rapidement sur d'autres ententes à long terme.
Guy Bourassa, président et chef de la direction de Nemaska Lithium, a accueilli une centaine de visiteurs à ses installations de Shawinigan, vendredi.
Autres marchés
On parle beaucoup de l'avenir des véhicules électriques pour justifier l'enthousiasme autour de Nemaska Lithium, mais la production pourrait également desservir le marché... des lubrifiants.
«Les sels de lithium sont utilisés à de fins industrielles depuis très longtemps», fait remarquer le président. «La croissance de la demande provient des matériaux de batteries. Mais en raison de cette immense croissance, il se produit une pénurie dans l'approvisionnement en sels de lithium.»
Ainsi, des industries comme celles des lubrifiants, du verre ou de la céramique voient arriver de nouveaux compétiteurs et se cherchent aussi des sources alternatives. 
«Ils vivent des pénuries et sont prêts à payer plus cher pour leur matière première», observe M. Bourassa. «Notre vision est de rendre accessible au plus grand nombre possible un matériel de bonne qualité. Si c'est pour un fabricant de batterie, c'est bien, mais si c'est pour des lubrifiants, on n'a rien contre ça! Je ne pense pas que ça va représenter beaucoup plus que 10 % ou 15 % (de notre production).»
Pour le moment, Nemaska Lithium emploie une cinquantaine de personnes à Shawinigan. La phase 1 du projet représente des investissements de 38 millions $ sur deux ans. Quant à l'usine commerciale, M. Bourassa estime à 310 millions  $ la somme requise pour sa réalisation et lors de sa mise en exploitation en 2019, le complexe industriel comptera 86 emplois permanents.
Jean-François Magnan, directeur technique chez Nemaska Lithium, dans une partie de l'usine phase 1 qui produit des échantillons d'hydroxyde de lithium pour l'entreprise Johnson Matthey Matériaux pour batteries.
Un tremplin vers une grappe industrielle
Les contacts réalisés vendredi par Nemaska Lithium et la Ville de Shawinigan à l'endroit de partenaires de cette industrie pourraient éventuellement germer vers la création d'une nouvelle grappe sur les terrains de l'ancienne papeterie.
Le maire, Michel Angers, s'est déplacé à l'usine en compagnie du directeur du développement économique, Luc Arvisais, pour souhaiter la bienvenue aux visiteurs. Visiblement emballé par l'évolution du projet, la Ville se plaît à rêver qu'il ne s'agisse que d'un début dans la transformation du site.
«Nous travaillons sur la possibilité de créer un écosystème autour de Nemaska Lithium et il y a de la sensibilisation qui se fait avec un certain nombre de personnes», commente M. Angers. «C'est l'objectif poursuivi. Les gens viennent voir ce qu'est Nemaska Lithium et on va voir ce qui sera possible de faire. Nous avons beaucoup d'espace!»
«Nous parlons le même langage!», réplique Guy Bourassa, président et chef de la direction de Nemaska Lithium. «Des journées comme celle-là nous permettent de mettre plus de concret sur certaines démarches déjà entreprises au Japon, en Corée et à Taïwan, entre autres, pour attirer des gens. Par exemple, un fabricant de cathode pourrait décider que plutôt d'importer la matière première de n'importe où dans le monde, il vienne s'installer au Québec pour réduire ses coûts, sécuriser son approvisionnement et pénétrer le marché nord-américain. Nous voulons attirer des fabricants de matériaux de cathode qui, eux, vont attirer les fabricants de batterie. Une belle grappe industrielle peut se développer et nous ferons partie des chefs de file pour que ça arrive.»
Il faudra patienter en 2019 avant d'assister à la mise en exploitation de l'usine commerciale. M. Bourassa croit que d'ici cinq ans, on peut s'attendre à voir naître un écosystème concentré autour de l'industrie du lithium sur le bord de la rivière Saint-Maurice.
M. Angers accorde beaucoup de crédibilité au développement de cette filière, surtout compte tenu de l'évolution du projet de Nemaska Lithium.
«Ils ont livré tout ce qu'ils ont dit jusqu'ici», fait-il remarquer. «Le plan de Guy Bourassa est suivi à la lettre.»