Autre dure journée pour l’équipe de Nemaska Lithium, mardi.

Nemaska Lithium coupe la moitié de son personnel

Shawinigan — Autre dur coup pour Nemaska Lithium, qui a annoncé, mardi matin, une douloureuse restructuration au cours de laquelle 64 personnes seront mises à pied d’ici la fin de l’année. L’incertitude entourant le dernier droit des négociations avec le Groupe Pallinghurst, partenaire privilégié pour mener cet ambitieux projet à terme, a forcé la direction à sortir le couperet.

Le marché boursier a très mal encaissé cette nouvelle, puisque le titre a perdu 23 % de sa valeur, mardi, pour conclure la journée à 0,18 $ à la bourse de croissance TSX à Toronto.

La semaine dernière, Nemaska Lithium annonçait que les négociations avec le Groupe Pallinghurst se prolongeraient jusqu’au 31 décembre, une information qui confirmait le sérieux des pourparlers en cours. Toutefois, compte tenu du fait qu’une entente était prévue en octobre, l’entreprise minière calcule qu’elle ne pouvait se permettre de terminer l’année avec les mêmes effectifs sans financement additionnel. Le nouveau partenaire, qui pourrait injecter jusqu’à 600 millions de dollars dans la société, représente la clé pour conclure l’investissement requis à la réalisation de ce projet, estimé à au moins 1,3 milliard $.

«En prolongeant la période de négociation exclusive avec Pallinghurst, nécessairement, le financement doit arriver plus tard qu’on l’avait anticipé», déclare Gabrielle Tellier, chef du service des communications chez Nemaska Lithium. «En examinant tous les scénarios sur la table pour assurer l’optimisation de nos liquidités et compte tenu que nous ne pouvions déterminer avec certitude le calendrier avant que nous ayons complété notre financement, nous avons dû procéder à un licenciement.»

Soixante-quatre personnes seront donc remerciées entre la fin octobre et la fin décembre. Guy Bourassa, président et chef de la direction de Nemaska Lithium, parle d’une décision «difficile», mais «responsable», par voie de communiqué de presse. Mardi, il devait rencontrer les employés touchés à Shawinigan et à la mine Whabouchi.

Parmi les mesures mises de l’avant, Nemaska Lithium confirme la fin de l’exploitation de l’usine phase 1 de Shawinigan, qui avait démarré en février 2017. Son objectif consistait à démontrer la qualité du processus de transformation de concentré de spodumène de la mine Whabouchi en hydroxyde de lithium. Mme Tellier souligne que cet objectif a été atteint.

«L’usine phase 1 avait rendu les services pour lesquels elle avait été construite», explique-t-elle. «Nous avons éprouvé notre procédé, nous avons démontré que nous étions capables de faire un produit de qualité exceptionnelle, qui fera l’envie de bien des gens sur le marché et pour lequel il y aura de la demande. Nos employés ont développé une expertise et certains savoirs stratégiques sont gardés à l’interne. Pour ceux qui nous quittent, on souhaite les revoir chez Nemaska Lithium. Ce n’est pas de gaieté de coeur que cette décision est prise.»

Par contre, Mme Tellier ne peut s’avancer sur les conséquences de cet arrêt de production pour quelques clients, tels que Johnson Matthey matériaux pour batteries et Leverton-Clarke, qui bénéficiaient d’une petite production d’hydroxyde de lithium de l’usine phase 1.

«La gestion des contrats sera faite en fonction de la décision que nous venons de prendre», commente-t-elle. «Nous verrons ça avec nos clients.»

Au plan local

À Shawinigan, cette décision implique la mise à pied de 22 employés. Trente-six autres subiront le même sort à la mine Whabouchi, de même que six basés au siège social. Après ces coupes, Nemaska Lithium emploiera toujours 66 personnes, dont 27 à Shawinigan, 25 à la mine et 14 à Québec.

Les travaux au site Whabouchi se poursuivront le plus longtemps possible, avant que le chantier ne soit fermé d’ici la fin de l’année.

Malgré le message peu rassurant envoyé par les investisseurs hier, Mme Tellier maintient que la société garde le cap sur ses négociations avec le Groupe Pallinghurst.

«Nous sommes encore confiants d’en arriver à une annonce d’ici la fin de l’année», souligne-t-elle. «Cette décision n’influence pas tout le travail qui est fait avec Pallinghurst. Les discussions progressent toujours bien. Nous sommes confiants que nous pourrons obtenir le financement et soumettre une entente aux actionnaires d’ici la fin de l’année. Maintenant, on n’anticipe pas de pouvoir reprendre les travaux de préparation aux opérations avant six mois.»

«Nous demeurons confiants sur l’avenir du projet», insiste Mme Tellier. «Nemaska Lithium est encore un bon projet, prometteur, le plus avancé de l’industrie. Ça nous positionne avantageusement pour tirer profit du marché des batteries de véhicules électriques, qui va grandir de façon exponentielle en 2022 ou 2023. Nous sommes très bien positionnés pour cela.»

Parallèlement, Nemaska Lithium souhaite toujours obtenir la radiation des sûretés liées aux obligations de 350 millions $ qui ont fait l’objet d’un remboursement prescrit, étant donné que la société ne pouvait rencontrer les échéanciers qui y étaient rattachés.