De gauche à droite: Steve Nadeau (chef de la direction financière), Guy Bourassa (président et chef de la direction) et Michel Baril (président du conseil d’administration), lors de l’assemblée générale annuelle de Nemaska Lithium, à la Maison de la culture Francis-Brisson.

Nemaska Lithium: aucune inquiétude pour la demande

SHAWINIGAN — Le développement de nouvelles générations de batteries ne risque pas de plomber le projet de Nemaska Lithium, assure Guy Bourassa, président et chef de la direction de la société. Au contraire, la demande croissante et la qualité de la production permettront à cette entreprise de croître pendant des décennies, prévoit-il.

Pour la première fois de sa jeune histoire, Nemaska Lithium organisait son assemblée générale annuelle à Shawinigan, mardi. Plus de 120 personnes se sont réunies à la Maison de la culture Francis-Brisson pour prendre connaissance des résultats de l’année financière qui se terminait le 30 juin 2018, mais surtout des perspectives d’avenir pour une entreprise dont le titre suscite encore peu d’enthousiasme chez les investisseurs.

Lors de la période de questions, Jean-Pierre Roy a demandé si une nouvelle génération de batteries, développée par Hydro-Québec, pouvait monopoliser le marché que vise Nemaska Lithium, soit celui des véhicules électriques. Très rassurant sur ce point, M. Bourassa a profité de cette question pour donner un aperçu des perspectives qui s’ouvriront au cours des prochaines années.

«La batterie lithium-ion que nous connaissons a quarante ans d’évolution», explique-t-il. «Il se bâtit, à l’heure actuelle, au moins 45 méga-usines de fabrication de batteries lithium-ion à travers le monde. Ça ne tombera pas demain matin!»

Les grands constructeurs automobiles tendent à appuyer les prétentions du dirigeant.

«Volkswagen s’est commis à avoir 25 % à 30 % de ses ventes en véhicules électriques en 2025», pointe M. Bourassa. «Juste ça, c’est cinq mines comme celle que nous sommes en train de bâtir! BMW s’est aussi lancé. Mais le plus bel indicateur de l’électrification des transports, c’est l’annonce de GM, qui prévoit arrêter de produire la Volt en 2019, parce qu’il veut se concentrer sur le 100 % électrique. Quand vous fabriquez le véhicule hybride le plus intéressant et que vous décidez de l’enlever de votre ligne parce que vous êtes convaincu que la qualité des batteries et des voitures est suffisante pour rencontrer la demande des consommateurs, je pense que c’est assez clair où on s’en va!»

L’usine commerciale de Shawinigan, qui doit entrer en production vers la fin 2020, produira annuellement 36 000 tonnes d’hydroxyde de lithium de qualité batterie. Or, l’an dernier, la demande mondiale ne s’établissait qu’à un peu moins de 20 000 tonnes.

«Toutes les nouvelles énergies de batteries requièrent de l’hydroxyde de lithium», précise M. Bourassa. «En 2025, il est prévu que la demande dépasse 550 000 tonnes d’hydroxyde. À l’heure actuelle, la plus grosse usine de fabrication, au monde, n’atteint pas 20 000 tonnes. Il s’en bâtit une de 24 000 tonnes en Australie. Ça va en prendre 20 comme ça, de qualité batterie, s’adressant principalement à des fournisseurs automobiles hors Chine. Si vous me demandez si je vois l’avenir positivement, je vous dirai: très positivement!»

Le président et chef de la direction invite donc ses quelque 25 000 actionnaires à puiser dans leur réserve de patience. Le titre a clôturé en baisse à 0,67 $ à la bourse de Toronto mardi. À pareille date l’an dernier, il s’établissait plutôt à 2,04 $ et il avait même atteint 2,39 $ au début 2018.

«Évidemment, tout le monde est désolé du marché global des titres de lithium», convient-il. «Ce n’est pas nous, c’est le marché en général. Comme nous construisons un actif de très grande qualité, le temps nous permettra de donner de la valeur aux actionnaires.»

Long terme

Après avoir annoncé la réalisation d’un montage financier de 1,1 milliard de dollars au printemps pour donner un nouvel élan aux projets de construction, Nemaska Lithium se dirige vers deux autres étapes importantes en 2019. La mise en exploitation de la mine Whabouchi est prévue pour la fin de l’année et par la suite, l’entreprise pourra enfin produire ses premiers revenus d’exploitation.

Chantal Francoeur, vice-présidente, ressources humaines et développement organisationnel, précise qu’à l’ouverture de 42 postes le 1er décembre, principalement pour le nord du Québec, Nemaska Lithium avait reçu pas moins de... 1390 candidatures! En juin, la société croit qu’elle atteindra 238 employés, dont 154 à la mine.

À Shawinigan, la dernière année financière a été marquée par la démolition de plusieurs anciens bâtiments de l’ex-papeterie Laurentide et la préparation du terrain pour effectuer des travaux de génie civil.

L’entreprise a dû se débarrasser d’une immense dalle de béton, incapable d’accueillir les nouvelles installations.

«On parle de 130 000 mètres carrés de surface», précise Yves Painchaud, directeur des projets, Construction chez Nemaska Lithium. «Si on voulait couler la même dalle demain matin, on aurait besoin de 2500 bétonnières! C’est l’équivalent de 450 bungalows.»

Ce retrait a créé une fosse de 325 000 mètres cubes. «L’équivalent de 32 000 camions dix-roues», image M. Painchaud, qui précise que l’immense cratère a été remblayé en recyclant des matériaux broyés.

Parallèlement, la société a pratiquement complété ses achats d’équipements. De plus, la construction du nouveau bâtiment administratif à Shawinigan vient d’être terminée, après cinq mois de travaux. Enfin, l’usine phase 1 a poursuivi sa production d’échantillons pour d’éventuels clients.