Le président et chef de la direction de Nemaska Lithium, Guy Bourassa, a dû affronter de fortes bourrasques lors d’une conférence téléphonique, mercredi matin.

Nemaska Lithium a besoin de 375 millions $ de plus

Shawinigan — Une nouvelle évaluation des frais prévus pour la réalisation des projets d’investissements de l’entreprise Nemaska Lithium à la mine Whabouchi et à Shawinigan force la jeune société à solliciter un financement supplémentaire de 375 millions $. Les actionnaires ont très mal réagi à cette information mercredi, entraînant le titre dans une dégringolade de 35 %.

Une conférence téléphonique pour les analystes a été convoquée en catastrophe en milieu de matinée avec le président et chef de la direction de Nemaska Lithium, Guy Bourassa. L’exercice a duré environ 45 minutes et a réuni quelque 150 participants, dont plusieurs n’ont pas caché leurs préoccupations.

Essentiellement, M. Bourassa explique que des facteurs hors de contrôle ont mené la direction à ce constat. Ce montant supplémentaire de 375 millions $ s’explique surtout par les frais d’installation et des charges indirectes. Environ les deux tiers de ces nouveaux débours sont destinés au projet de Shawinigan.

«L’un des coûts importants, c’est le type d’acier dans certaines parties de l’usine», explique M. Bourassa. «Ça a dû être modifié en raison de réactions chimiques que nous avons observées avec notre procédé. Les ingénieurs n’avaient pas anticipé ce problème. Par mesure préventive, nous avons décidé de prendre un grade d’acier plus élevé et plus dispendieux, mais qui enlève les risques dans le futur.»

Le dirigeant est demeuré vague sur la façon dont il entendait financer cette somme de 375 millions $.

«Au cours des trois dernières années, nous avons levé près de 1,4 milliard $», relativise M. Bourassa. «Nous avons réussi à bâtir une base d’actionnaires institutionnels importante. Pour eux, l’actif demeure de bonne qualité. Le marché n’a pas changé. Au contraire, la pénurie pour l’hydroxyde de lithium se confirme.»

«Nous avons développé une bonne relation avec ces investisseurs, mais c’est sûr qu’ils sont ébranlés, comme nous, à la suite de cette nouvelle estimation.»

Même s’il a adopté un ton rassurant mercredi matin, le président a entendu des actionnaires inquiets. Il comprend les réserves, tout en suggérant d’analyser le projet dans son ensemble.

«Ce n’est pas comme si nous disions que nous avions des problèmes de coûts parce que devons mettre des équipements additionnels ou que notre procédé n’est pas tel que prévu», explique-t-il. «La valeur de l’actif n’est pas diminuée, au contraire. On demeure peut-être le projet du genre le plus avancé disponible pour entrer dans la chaîne d’approvisionnement.»

«On va se faire poser des questions, on va se faire défier sur la crédibilité de nos chiffres et de notre équipe, mais quand on prend le temps de s’asseoir et d’échanger avec les personnes qui connaissent le milieu, je pense qu’on passe le test.»

Néanmoins, les transactions touchant le titre de Nemaska Lithium à la bourse de croissance TSX ont explosé mercredi. La valeur de l’action est passée de 0,55 $ à 0,355 $. Elle a même atteint un plancher de 0,27 $ en cours de séance.

«La réaction des gens est tout à fait normale et anticipée», convient M. Bourassa. «Nous l’avons eue, nous aussi, à l’interne! Ce ne sera pas une promenade dans le parc, mais on imagine que ce sera plus facile d’aller chercher la balance de l’argent que ce fut de lever 1,1 milliard $ l’an dernier. Nous avons huit mois de construction derrière nous, avec des bâtiments et le génie civil terminé. Nous sommes dans le budget pour nos équipements.»

Avancement

Mercredi, M. Bourassa a mentionné qu’au 31 décembre 2018, 138,4 millions $ avaient été engagés pour le projet de la mine Whabouchi et 67,3 millions $ à celui de l’usine électrochimique de Shawinigan. En novembre dernier pourtant, la société émettait, par communiqué, que les montants engagés s’établissaient plutôt à 177,3 millions $ à la mine et à 138,6 millions $ à l’usine commerciale.

«La différence s’explique par les montants commis et ceux dépensés», nuance le président.

Un analyste s’est demandé si la direction avait réévalué la pertinence de poursuivre son plan d’affaires dans la même voie, compte tenu de cette mauvaise surprise. M. Bourassa ne cache pas que tous les scénarios doivent être soumis, mais il assure qu’il n’entrevoit aucun changement dans un horizon prévisible. Ainsi, la mine doit toujours être prête en octobre 2019, avec une première expédition de concentré de spodumène en décembre. L’exploitation de l’usine de Shawinigan est encore prévue au deuxième semestre de 2020.

«Nous devons avoir un plan pour regarder toutes les avenues», convient-il. «Mais le message clé, c’est que ce qu’on fait, c’est pour assurer la pérennité et la livraison des deux sites dans les délais que nous avons mentionnés.»

«À un moment donné, si l’argent n’arrive pas, c’est sûr que des décisions vont se prendre. Mais on n’est pas à cette étape, pas du tout. La direction et le conseil d’administration sont déterminés à s’assurer que l’argent entre en temps opportun pour que les deux projets se poursuivent. Sauf que dans nos analyses, tous les spectres de possibilités doivent être pris en compte.»

Nemaska Lithium précisera le nouveau montage financier à la fin du mois, lors d’une autre conférence téléphonique.