Martine Plante (à gauche), propriétaire de Moustache et Talon Haut, en compagnie de ses amies et employées, Marie-Pierre Mailhot et Lyne Guillemette.
Martine Plante (à gauche), propriétaire de Moustache et Talon Haut, en compagnie de ses amies et employées, Marie-Pierre Mailhot et Lyne Guillemette.

Moustache et Talon haut, plus qu'une relance

TROIS-RIVIÈRES — En 35 ans de métier, Martine Plante a toujours travaillé à son compte. La bosse des affaires est un trait commun dans la famille, raconte la coiffeuse. Son premier salon, elle l'achète à Louiseville tandis qu'elle n'a pas encore 20 ans. Au fil du temps, la charge de travail, les nombreuses responsabilités et les relations d'affaires difficiles feront toutefois leur œuvre. L'entrepreneuse fera un burn-out important qui la tiendra sur la touche pendant trois ans. Alors qu'elle venait de se relever, en ouvrant le salon Moustache et Talon haut, à Trois-Rivières, en décembre dernier, la crise sanitaire s'est mise de la partie. Aujourd'hui, la «relance» attendue par tous revêt plusieurs sens pour la femme d'affaires.

La coiffeuse le confie sans orgueil, sa dépression a été sévère. «Les gens autour ont eu peur pour moi», relate-t-elle. Elle aussi a eu peur. Un jour, les idées noires sont particulièrement violentes. Elle se force à sortir de chez elle, craignant le pire. La tempête qui fait rage à l'extérieur lui paraît moins menaçante que le mal de vivre qui l'assaille. «Je suis allé voir ma mère, il n'y avait que moi et les déneigeuses sur la route», raconte celle qui dit avoir failli y rester. Or, son réseau est solide et la rencontre d'un thérapeute s'avérera salutaire.

Ses amies, qui étaient aussi ses employées avant la débâcle, l'encouragent à se relancer. Or, le cœur n'y est pas trop. Recharger la batterie est un long processus, explique-t-elle. Le vide est d'autant plus grand, qu'elle ne l'a jamais vu venir. Au hasard des jours, elle fera du bénévolat pour la Société canadienne du cancer. S'occuper de femmes qui doivent affronter la perte de leurs cheveux lui offre une autre perspective sur la vie.

Puis, un local apparaît sur le boulevard des Forges. Tout juste en face du centre Les Rivières, là où la femme d'affaires a mis fin trois ans plut tôt à un partenariat d'affaires qui n'allait plus nulle part. Elle signe le bail, sans trop savoir quand, comment ni pourquoi. Elle passera les quatre prochains mois à aménager un lieu dont la vocation reste à définir.

L'expérience acquise au fil des ans, les amies qui lui sont demeurées fidèles et l'aventure du bénévolat auprès des cancéreuses finiront par se conjuguer sous l'enseigne d'un «centre capillaire». Un endroit où l'on peut se prévaloir d’une coupe de cheveux, mais aussi se faire tailler la barbe, ou se procurer une prothèse capillaire – entendre perruque –, en vue d'un traitement de chimiothérapie ou pour pallier un problème de calvitie.

Martine Plante explique cependant que l'entrain n'y est toujours qu'à moitié. Leader de nature, elle s'est lancée dans la nouvelle entreprise «parce qu'il fallait bien faire quelque chose». C'est là son état d'esprit, à la mi-mars, quand tout le Québec doit se confiner. Elle croit bien la partie perdue. Elle demande à sa sœur, qui s'occupe de sa tenue de livres, comment faire pour faire faillite. Celle-ci lui rétorque qu'il faut d'abord avoir des dettes, ce qui n'est pas son cas. La femme d'affaires devra donc attendre que passe la vague.

Les prothèses capillaires sont au nombre des services offerts chez Moustache et Talon haut. 

Le 2 juin, tandis que Moustache et Talon haut rouvre à nouveau – à 50% de sa capacité, pour suivre les règles –, Martine Plante assiste à ce qu'elle qualifie de miracle. La rumeur a fait son oeuvre pendant la période de confinement: «Martine est repartie en affaires». Les anciens clients affluent. Les passants, nombreux et dont les cheveux ont eu le temps de pousser, auront aussi remarqué la nouvelle enseigne. Un achalandage inespéré est au rendez-vous. Bien sûr, dans le contexte, la rentabilité de l'opération demeure ténue. «On fait nos frais», confie la femme d'affaires. On devine cependant que c'est là le cadet de ses soucis.

L'enthousiasme retrouvé semble davantage résider dans le plaisir de travailler à nouveau entre amies, dans le fait d'accueillir les clients et celui «d'accrocher un sourire au visage de femmes qui vont bientôt perdre leurs cheveux», fait valoir M. Plante. Et de demeurer fermé deux jours par semaines, comprend-on aussi. «On va prendre notre temps», assure celle que la relance aura été une réelle occasion de rebondir.