La banque centrale a commencé à travailler sur sa propre monnaie numérique pour être prête si d’autres cybermonnaies devenaient largement utilisées au Canada et érodaient la capacité de la banque centrale à gérer la politique monétaire.
La banque centrale a commencé à travailler sur sa propre monnaie numérique pour être prête si d’autres cybermonnaies devenaient largement utilisées au Canada et érodaient la capacité de la banque centrale à gérer la politique monétaire.

Monnaies numériques: la Banque du Canada veut accélérer le développement

Jordan Press
La Presse Canadienne
OTTAWA —Les changements dans les habitudes de consommation occasionnés par la pandémie forcent les banques centrales à accélérer leurs efforts pour créer leurs propres monnaies numériques, a fait valoir mercredi un responsable de la Banque du Canada.

L’épidémie de COVID-19 a convaincu plus de consommateurs à effectuer leurs achats en ligne et le trafic piétonnier dans les magasins physiques n’a toujours pas renoué avec ses niveaux prépandémiques pour de nombreuses petites et moyennes entreprises.

Le sous-gouverneur de la Banque du Canada Timothy Lane a indiqué mercredi que les changements dans les habitudes, jumelés à la rapidité des développements technologiques, avaient réduit la fenêtre de tir pour livrer une monnaie numérique émise par la banque centrale.

«Tout cela semble beaucoup plus urgent en raison de la vitesse à laquelle la technologie évolue et je pense, en particulier, que nous avons vu une accélération du transfert des activités en ligne avec la COVID», a affirmé M. Lane lors d’un panel en ligne.

«Cela signifie que si nous voulons être prêts à développer tout type de produit de banque centrale numérique, nous devons agir plus vite que nous ne le pensions nécessaire.»

Les commentaires de M. Lane, effectués lors du webinaire, marquent un revirement par rapport à la fin février, juste avant que la pandémie ne frappe. M. Lane avait alors indiqué qu’il n’y avait pas d’argument convaincant pour soutenir l’idée d’une émission de monnaie numérique par la banque centrale.

Il a laissé entendre que de nombreuses banques centrales croyaient que c’est toujours le cas, mais que les circonstances évoluaient rapidement.

«Le monde change si rapidement que si nous voulons avoir quelque chose qui est réellement viable et qui pourrait être lancé dans un délai approprié, nous devons agir assez rapidement et délibérément pour développer quelque chose», a affirmé M. Lane lors du panel organisé par Reinventing Bretton Woods Committee et la Chambre de commerce numérique.

La banque centrale a commencé à travailler sur sa propre monnaie numérique pour être prête si d’autres cybermonnaies devenaient largement utilisées au Canada et érodaient la capacité de la banque centrale à gérer la politique monétaire. Mais plus tôt cette année, les responsables croyaient avoir bien du temps devant eux avant pour créer une devise avant que le dollar canadien ne soit plus utilisé pour la plupart des transactions.

Les efforts s’appuient sur plus de six ans de recherche sur la croissance des monnaies numériques volatiles comme le Bitcoin et les «cryptomonnaies stables» qui conservent une valeur stable, comme leur nom l’indique, et sont soutenues par des actifs en devises.

Dans l’état actuel des choses, la Banque du Canada peut concevoir, émettre et distribuer les billets que les Canadiens remettent lors de l’achat d’une tasse de café, mais elle n’a pas le pouvoir législatif du Parlement d’offrir une monnaie numérique.

Mais au cours de la pandémie, la banque centrale a vu certaines entreprises cesser d’accepter des espèces pour des raisons de santé, à sa grande consternation.

Si l’argent comptant cesse d’être largement accepté, certaines personnes seront exclues de l’économie, a souligné mercredi M. Lane, notamment les personnes défavorisées qui n’utilisent pas de cartes bancaires ou de cartes de crédit. Il y a également des problèmes de confidentialité plus larges qui doivent être résolus avec les monnaies numériques, sans compter les préoccupations transfrontalières, a-t-il poursuivi.

«Si un pays introduit une monnaie numérique de banque centrale, cela a immédiatement le potentiel d’affecter d’autres pays […] et cela peut créer un tout autre ensemble de problèmes.»

M. Lane a estimé mercredi que la banque devrait tenir de vastes consultations pour comprendre ce que les Canadiens veulent dans une monnaie numérique avant que la Banque du Canada puisse en émettre une.

M. Lane devrait s’exprimer de nouveau jeudi au sujet des monnaies numériques, dans le cadre d’un panel organisé par la Central Bank Payments Conference, où l’accent sera mis sur la façon dont les banques centrales devraient réagir au projet de cryptomonnaie du réseau social Facebook, connu sous le nom de Libra.