Le chef du Parti libéral Philippe Couillard et son épouse Suzanne Pilote

Modernisation de l'ALÉNA: Couillard peu loquace sur la gestion de l'offre

LAC-MÉGANTIC — Sauf pour dire que les «choses vont bien», le premier ministre et leader libéral Philippe Couillard s'est montré peu loquace, jeudi, au terme d'une conférence téléphonique visant à faire le point sur le sprint de négociations entourant l'Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA).

Interrogé dans le cadre d'un bref point de presse à Lac-Mégantic quant à savoir s'il était encouragé ou découragé, le chef du Parti libéral du Québec (PLQ) n'a pas voulu faire d'autres commentaires, ou fermer la porte à d'éventuelles concessions sur la gestion de l'offre, qu'il défend vigoureusement sur toutes les tribunes depuis le début de la campagne électorale.

«Nous nous sommes mis d'accord quant au silence total des détails des conversations», a dit M. Couillard, après avoir parlé avec ses homologues des autres provinces et le premier ministre Justin Trudeau.

Des informations laissent entendre que le Canada serait disposé à faire des concessions à certaines demandes des États-Unis sur son secteur laitier, qui est protégé, afin de conserver le mécanisme de résolution des différends dans une nouvelle mouture de l'accord de libre-échange entre le Canada, les États-Unis et le Mexique.

Or, M. Couillard a répété qu'il n'accepterait aucune concession sur le système régissant la production de lait, d'oeufs et de volaille.

«M. Trudeau ne m'a jamais indiqué qu'il allait abandonner la gestion de l'offre», a dit le chef libéral, du bout des lèvres, se contentant de dire que les préoccupations et positions du Québec étaient «connues».

La veille, à Rivière-du-Loup, il avait affirmé n'avoir reçu aucun signal laissant entendre qu'Ottawa s'apprêtait à faire un «compromis» sur la gestion de l'offre.

Des brèches auraient de graves conséquences politiques, avait affirmé le chef libéral la veille, allant même jusqu'à répondre «Just watch me», lorsqu'on lui avait demandé jusqu'où il serait prêt à aller, en évoquant la déclaration de l'ex-premier ministre fédéral Pierre Elliott Trudeau pendant la crise d'octobre 1970 au Québec.

Le Québec, responsable d'environ la moitié de la production laitière au pays, n'est pas la seule province à réclamer le maintien de la gestion de l'offre, a assuré M. Couillard.

De passage à Sainte-Anne-de-Beaupré, le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a dit espérer que le chef libéral ne «cédera pas» devant son homologue au fédéral, mais il doute de sa capacité à «se tenir debout».

«Est-ce que M. Couillard réussit ou non à se faire respecter par Justin Trudeau? Je pense qu'on a le droit de poser la question», a-t-il dit avant d'esquisser une réponse à sa propre question.

Pour sa part, à Montréal, le chef du Parti québécois (PQ), Jean-François Lisée, a dit qu'il était acceptable que le contenu de la discussion à laquelle a participé son rival libéral demeure confidentiel. Il est toutefois inacceptable que M. Couillard refuse de dire sur quoi il refusera de céder, a-t-il ajouté.

Réflexion

M. Couillard a dit avoir reçu dans les «dernières heures» la proposition de déclaration commune envoyée par M. Lisée, sans toutefois avoir signé le document, puisque cela n'était pas «urgent».

Le chef du PQ s'est étonné, affirmant que l'équipe libérale avait le document depuis mardi. À son avis, il n'y a aucune raison qu'il ne soit pas signé.

«Le signal qu'il faut envoyer aux négociateurs, c'est "voici les lignes rouges, on vous les indique clairement"», a dit M. Lisée.

Le chef péquiste avait dévoilé le contenu de sa missive dans laquelle il invitait ses vis-à-vis à envoyer un signal des quatre chefs «en pleine campagne électorale, qui s'unissent pour défendre la culture et l'agriculture québécoises».

Ce dernier aura peut-être le front commun qu'il souhaite vendredi matin, puisque l'Union des producteurs agricoles a convoqué une rencontre avec tous les partis pour faire le point.

Le chef péquiste doit être présent. La porte-parole de Québec solidaire Manon Massé devrait être du nombre, ainsi que des représentants du PLQ et de la CAQ.

- Avec des informations de Vicky Fragasso-Marquis et Mélanie Marquis