La SADC Centre-de-la-Mauricie a dévoilé les résultats d’une recherche qui dresse le portrait de l’entrepreneuriat féminin à temps partiel au Québec. Sur la photo: Simon Charlebois, directeur général de la SADC Centre-de-la-Mauricie, Jacques Samson, président du conseil d’administration de la SADC Centre-de-la-Mauricie, Sylvie Lavergne, directrice du développement et des communications et Véronique Perron, chargée de projet.

Mieux soutenir les femmes entrepreneures à temps partiel

Trois-Rivières — Malgré le fait que plus de quatre entrepreneures émergentes sur cinq travaillent sur leur entreprise à temps partiel au Québec, les services offerts dans le milieu des affaires sont souvent peu adaptés à ce type d’entrepreneuriat. C’est ce que révèle une recherche menée par la Société d’aide au développement des collectivités (SADC) Centre-de-la-Mauricie dans le cadre du projet Entreprendre au féminin autrement.

«L’entrepreneuriat à temps partiel, c’est un phénomène qui est très répandu au Québec et les femmes sont particulièrement bien engagées dans cette forme d’entrepreneuriat», indique Véronique Perron, chargée de projet à la SADC Centre-de-la-Mauricie.

L’étude menée par la SADC est basée sur les réponses de 78 participantes provenant de Montréal, Shawinigan et Thetford Mines. Les résultats de cette recherche, qui ont été dévoilés mardi, mettent en lumière les nombreux défis auxquels font face les entrepreneures à temps partiel.

Les embûches des entrepreneures à temps partiel

L’un des principaux défis des entrepreneures à temps partiel concerne l’accès aux services offerts aux propriétaires d’entreprises. «On essaie de voir les ressources auxquelles on peut avoir accès, mais souvent c’est sur les heures de bureau, et moi pendant ces heures je suis à mon travail à temps plein», explique Joanne Blais, entrepreneure à temps partiel en tant qu’homéopathe et enseignante de yoga. «Je n’ai pas vraiment de temps pour aller à la rencontre de personnes qui pourraient me soutenir dans mon projet d’entrepreneuriat», ajoute-t-elle.

Le fait de maintenir un emploi à temps plein en plus de s’investir dans une entreprise constitue également une embûche pour les entrepreneures à temps partiel. «Il y a des défis de conciliation en termes de temps, d’énergie, par rapport à la vie familiale», indique Mme Blais.

De plus, environ la moitié des répondantes de l’étude menée par la SADC ne se reconnaissent pas dans la définition d’entrepreneur véhiculée par le milieu de l’entrepreneuriat. «La définition de l’entrepreneur qui doit consacrer beaucoup d’heures à son entreprise, qui a beaucoup d’employés à sa charge, qui prend de gros risques, elle ne colle pas énormément à ces gens-là», explique Mme Perron.

«Avant d’être impliquée dans le projet en tant que partenaire, je ne me définissais pas comme une entrepreneure, mais comme une professeure de yoga», avoue Mme Blais, qui est également directrice de la Table de concertation du mouvement des femmes de la Mauricie.

La SADC Centre-de-la-Mauricie considère qu’au contraire, il est important que les entrepreneures à temps partiel soient considérées comme telles. «Si on additionne toutes ces femmes-là, c’est une activité économique non négligeable», souligne Mme Perron.

Le simple fait d’être entrepreneure au féminin constitue également un défi en soi, selon Mme Blais. «Souvent, les projets d’entrepreneuriat pour les femmes, ce sont des projets qui sont dans des secteurs moins bien reconnus», dit-elle. Cet aspect rend d’autant plus difficile la recherche de financement pour les entrepreneures à temps partiel.

Comment s’adapter?

Afin de pallier ces difficultés, la SADC Centre-de-la-Mauricie recommande dans son étude différentes mesures à adopter. «Ce qu’on souhaite, c’est d’adapter nos programmes pour tenir compte de la réalité et des besoins des femmes entrepreneures à temps partiel», explique Mme Perron.

Alors que la première partie du projet Entreprendre au féminin autrement constituait à mener une recherche qui proposerait un portrait de la situation des entrepreneures à temps partiel au Québec, la deuxième partie sera consacrée à trouver des solutions en collaboration avec les différents partenaires de la SADC.

Parmi les changements qui pourraient être apportés au sein même de la SADC figurent l’implantation d’horaires d’ouverture plus flexibles et l’augmentation des services disponibles en ligne afin d’accommoder les entrepreneures à temps partiel.

D’autres mesures telles qu’une simplification des mesures fiscales imposées aux entrepreneures à temps partiel pourraient être considérées à la suite de l’étude présentée par la SADC. L’Agence du revenu du Canada fait d’ailleurs partie des partenaires du projet. «Tous les rapports d’impôts, la partie pour les entreprises, toute cette partie paperasse, il faut vraiment essayer de voir comment ça peut être simplifié», constate Simon Charlebois, directeur général de la SADC Centre-de-la-Mauricie.

Des discussions ont également eu lieu avec Desjardins, partenaire de la SADC pour ce projet, afin de mieux s’adapter aux entrepreneures à temps partiel. «Au niveau des institutions financières, souvent, on est soit particulier ou entrepreneur», explique M. Charlebois. «Quand on est quelque part entre les deux, il n’y a pas toujours le type de compte ou de service vraiment adapté», ajoute-t-il.

Le futur de l’entrepreneuriat à temps partiel

«Depuis plusieurs années, les organismes et les ministères se concentrent sur les entreprises à forte croissance, et il y a beaucoup de gens qui sont laissés pour compte, c’est ce qu’on veut essayer de changer», souligne M. Charlebois.

Des projets comme celui de la SADC Centre-de-la-Mauricie peut contribuer à ce que les femmes prennent une plus grande place au sein du domaine de l’entrepreneuriat au Québec, selon Mme Blais. «Le projet amène beaucoup de pistes de réflexion et commence à amener des pistes de solution qui sont intéressantes», dit-elle.

La SADC collaborera dans les deux prochaines années avec ses 14 partenaires afin de travailler sur des mesures à mettre en place pour mieux accommoder les entrepreneures à temps partiel de la province.