Le maire de Shawinigan, Michel Angers en compagnie du directeur du Service de développement économique, Luc Arvisais.

Michel Angers: «je suis très inquiet»

Shawinigan — Comme un peu partout à travers la planète, les entreprises de Shawinigan commencent à avoir le souffle court en raison des mesures d’isolement recommandées pour vaincre la pandémie de la COVID-19. De son siège, le maire Michel Angers sait que la multitude de petites entreprises qui ont germé au cours des dernières années s’exposent à des semaines critiques.

«Je suis très inquiet», reconnaît-il. «Je lis à peu près tout ce qui s’écrit sur les perspectives économiques des jeunes entreprises. Elles peuvent souffrir énormément de cette crise. Pour les entreprises de service, c’est encore plus frappant.»

Jeudi après-midi, la Ville a donc annoncé diverses mesures qui permettront de faire le pont avec les formes d’aides financières annoncées par Québec et Ottawa. M. Angers salue d’ailleurs l’effort des paliers supérieurs.

«J’en entends qui se préoccupent de la dette fédérale», fait-il remarquer. «On n’est pas là. La crise ne se terminera pas le 30 mars. Avant que la poussière retombe complètement, on parle de semaines, de mois.»

Au total, le Service de développement économique débloque un million $ pour venir en aide aux PME happées par les effets indirects du coronavirus. À ce montant s’ajoute un moratoire de 100 000 $ sur le capital et les intérêts des prêts dont l’échéance était prévue le 1er avril. Elle est ainsi reportée au 1er juillet, laissant ainsi plus de liquidités aux bénéficiaires pour le difficile printemps qui s’annonce.

Plus précisément, le Service de développement économique pigera 600 000 $ à même le Fonds local d’investissement et le Fonds Rio Tinto Alcan pour octroyer des prêts d’urgence aux entreprises au taux préférentiel de la Banque du Canada. Ils seront assortis d’un moratoire de remboursement de trois mois. Les entreprises des secteurs manufacturier, de la transformation et des services à valeur ajoutée dont les difficultés sont reliées à l’éclosion de la COVID-19 peuvent être admissibles.

Un fonds d’urgence de 400 000$ provenant du Fonds de développement des territoires pourrait compléter le montage financier. Dans ce cas, il s’agira de subventions. Cette enveloppe spéciale représente environ le tiers des montants disponibles dans le FDT pour la prochaine année.

Enfin, les entreprises incubées et en accompagnement accéléré du Centre d’entrepreneuriat Alphonse-Desjardins et du DigiHub pourront bénéficier d’un allègement de loyer en avril et en mai.

Habituellement, le «Programme coup de pouce» leur permet d’obtenir une aide financière maximale de 1000 $ par année pour diverses initiatives de développement des affaires. Le Service de développement économique accepte exceptionnellement que ces fonds soient éligibles pour défrayer une partie du loyer. Le service Internet sera aussi offert sans frais au CEAD au cours des deux prochains mois.

«C’est une première mesure d’urgence», avertit M. Angers. «Nous sommes à l’affût et s’il faut repiger, nous le ferons. Nous voulons nous assurer que le maximum de monde traversera la crise. C’est sans précédent.»

Pression

Le directeur du Service de développement économique de la Ville de Shawinigan, Luc Arvisais, convient que la communauté d’affaires commençait à cogner à sa porte pour savoir si des mesures seraient prises pour donner un coup de pouce en ces temps hors de l’ordinaire.

À court terme, Shawinigan débloque des sommes comparables à Trois-Rivières, ce qui donne une idée de l’effort réalisé.

«Nous profitons des fonds que nous avons à notre disposition pour créer cette mesure», commente M. Arvisais. «Le but n’était pas d’avoir un montant aussi important qu’à Trois-Rivières, mais d’avoir un montant pour être capable de dire aux petites entreprises d’ici qu’on serait capable de les aider à passer à travers ce bout difficile.»

L’efficacité de ce soutien se mesurera à sa rapidité d’exécution, car en principe, la Ville le présente comme un pont vers l’obtention de fonds spéciaux des paliers supérieurs.

M. Arvisais estime que deux semaines suffiront entre la demande, l’approbation et le versement de l’aide financière. À chaque fin de journée, le comité exécutif de la Ville sera mis au courant de l’avancement des dossiers. Les prêts joueront généralement entre 5000 $ et 15 000 $ par entreprise.

Bien malin qui peut prédire les lendemains du passage de la COVID-19 dans ce bas monde, mais cette crise ne se dissipera sans doute pas sans conséquence.

«Je suis sorti du bureau mercredi à 18 h 15 et les rues étaient désertes», raconte M. Arvisais. «Les habitudes des gens sont complètement bouleversées, on est dans un autre monde.»

«Il faut souhaiter que ça passe le plus vite possible et que les gens respectent les consignes du gouvernement à la lettre», termine le directeur. «C’est ce qui fera que la situation durera moins longtemps et que nos petites entreprises pourront reprendre leurs activités. Moins on écoutera les consignes, plus dure sera la crise et plus ce sera problématique pour les petites entreprises.»