La copropriétaire de Tissus Berthiaume, Hélène Nolet.
La copropriétaire de Tissus Berthiaume, Hélène Nolet.

Machines à coudre et élastiques : les ventes explosent dans les commerces

Marc Rochette
Marc Rochette
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — «On est occupé, dans le jus, les machines à coudre de ce temps-là, elles virent à 200 milles à l’heure.» Voilà comment, en peu de mots, le propriétaire de Jean Morin Machine à Coudre, à Trois-Rivières, Jean Morin, décrit bien toute l’effervescence qui frappe ce type de commerce en raison de la fabrication de masques dont le port, par surcroît, est maintenant recommandé par le gouvernement Legault.

En cinq semaines, il aura vendu pas moins de 32 machines à coudre, comparativement à une ou deux ventes hebdomadaires en temps normal. «Et je ne compte pas mes 15 machines à coudre industrielles. On a quintuplé notre chiffre de vente. J’en ai encore qui sont vendues, mais que je ne peux pas avoir parce qu’on est en rupture de stock à Montréal», raconte ce propriétaire depuis 2012.

Et en 42 ans de métier, c’est la première fois qu’il vit pareil phénomène. «Les membres d’une famille qui veut des masques prennent la meilleure qui soit capable de coudre et ils viennent ensuite s’acheter une machine à coudre pour, en moyenne, 800 dollars», se plaît-il à souligner.

Et s’il est capable de répondre à la demande, c’est qu’il avait «bien des machines à coudre d’avance». «Mais on ne vend pas tous les modèles qu’on voudrait, car il y en a qui sont discontinués. Les choix se réduisent tranquillement», avoue celui qui a néanmoins reçu une bonne livraison en début de semaine.

Chez Hamel & Fils Machines à coudre, de Trois-Rivières, on parlait même de «folie furieuse» pour décrire l’achalandage, sans avoir le temps d’ailleurs d’accorder une entrevue.

Et ce n’est pas moins tranquille chez un commerce tel que Tissus Berthiaume, à Shawinigan. «On travaille très fort. On vend du coton comme on n’a jamais vendu. 95 % de mon chiffre d’affaires, c’est du coton pour faire des masques. Je suis allée à Montréal jeudi chercher du stock, j’ai eu 800 mètres d’élastiques vendredi matin et samedi, j’en n’avais plus», confie la copropriétaire depuis 26 ans, Hélène Nolet.

Le propriétaire de Jean Morin Machine à Coudre, Jean Morin.

Avant la réouverture le 4 mai dernier, celle-ci aura reçu de «grosses commandes» par téléphone et ce, même sans site Internet. Et lors du jour J, une trentaine de clients attendaient à la porte, avec une heure et demie d’attente.

«Au début, j’ai vendu ce que j’avais en magasin parce que j’avais quand même un gros inventaire. Là, on peut commencer à aller chercher des choses chez les compagnies à Montréal. Et depuis le 4 mai, 95 %, c’est que du tissu pour faire des masques. Quant aux élastiques, ça recommence à rentrer alors que plus une compagnie n’était capable d’en avoir», témoigne-t-elle.

Celle-ci rapporte que des jeunes qui n’ont jamais cousu viennent acheter pour 600 dollars de tissus parce qu’ils ont des commandes de plusieurs centaines de masques.

Du côté de Tissus Garceau, on préfère maintenir le local fermé tout en exploitant le nouveau site web qui fut élaboré en début de pandémie.

«Ma boutique en ligne est opérationnelle depuis le 4 avril et on reçoit une centaine de commandes par jour», indique la propriétaire du commerce depuis neuf mois, Claudia Drolet.

Évidemment, les masques sont la principale raison d’une aussi forte demande pour du coton, polycoton et des élastiques.

«Aussitôt que j’ai annoncé sur les médias sociaux qu’il y avait une boutique en ligne, dès le jour 1, les commandes ont commencé. Dans le fond, c’était une demande de la clientèle d’avoir une boutique en ligne, mais c’est quand même beaucoup de temps de faire ça. J’ai profité de cette fermeture obligatoire pour mettre ça en branle», explique-t-elle.

Le fort volume de transactions en ligne l’a même amenée à transformer sa boutique en zone d’expédition et de préparation de commandes, ce qui repousse à plus tard une réouverture du point de vente.

Claudia Drolet, propriétaire de Tissus Garceau.

«Ça devient compliqué d’ouvrir en ce moment pour les gens à l’extérieur. Ça prendrait quelqu’un à la porte constamment parce qu’il y aurait une file dehors. Je voulais laisser un petit peu passer cette espèce d’engouement-là avant de peut-être penser à ouvrir», a ajouté Mme Drolet.

Oui, dit-elle, la pandémie aura bouleversé ses affaires, mais de façon positive. «Je suis comme un peu dépassée par la demande. Il y a d’autres matières qui sont vendues en ligne. Depuis le début que j’ai ouvert la boutique en ligne, je permets le ramassage extérieur pour les gens de la région. C’est très apprécié, les gens ne sont pas obligés de payer de la livraison. Mais contre toute attente, j’expédie à travers le Québec, je ne m’attendais pas à ça», a fièrement fait savoir celle qui dit pouvoir compter sur des «excellents fournisseurs».

Finalement, Claude Textiles, à Shawinigan, aura connu une réouverture occupée. «C’est sûr qu’il est venu un petit peu plus de gens la semaine passée quand on a ouvert. Les gens se fabriquent beaucoup de masques», conclut le copropriétaire Jocelyn Lavoie, qui confirme aussi une pénurie d’élastiques.