L'usine Kruger de Trois-Rivières

Machine 10 à l'usine Kruger: dernière bobine historique...

Vingt-six ans après sa mise en service, la machine numéro 10 (MP 10) de l'usine Kruger à Trois-Rivières va produire samedi midi sa dernière bobine de papier journal. Un moment historique qui marque le début de sa reconversion pour produire dorénavant du carton doublure ultrarésistant haut de gamme 100 % recyclé, et ce, dès le 7 mai.
«On va souligner ça par des photos et des vidéos. Plusieurs personnes s'attendent à être ici pour la dernière bobine. En 1991, à l'époque, ils avaient pris la photo avec la première bobine. On veut reproduire la même prise de vue plusieurs années plus tard», raconte le directeur des installations trifluviennes depuis près de deux ans, Nicolas Cloutier.
L'achat de la MP 10 remonte à 1982, soit neuf ans après l'acquisition par Kruger de l'usine Domtar. Mais la récession avait forcé l'entreposage de la machine. En 1988, on inaugurait le projet de sa construction alors évalué à 400 millions de dollars. Et durant les deux années suivantes, on aura procédé à sa mise en chantier ainsi qu'à l'implantation d'un atelier de pâte thermomécanique et d'une nouvelle emballeuse.
Sa mise en service en 1991 était venue ajouter 185 000 tonnes métriques de papier journal à la production annuelle de l'usine, ce qui la portait à 540 000 tonnes métriques, soit dix fois plus de papier que lors de la transaction en 1973. Le rythme de production de la MP 10 fut même atteint en seulement trois mois.
Initié à l'automne 2015, le projet de reconversion de 250 millions de dollars entre donc dans une phase déterminante. «Là, on sent l'effervescence. Les gens voient les grues, les nacelles, les bâtiments nouveaux qui arrivent. Il y a 51 remorques de constructeurs installées du côté est de l'usine. C'est plus visuel, on se promène avec des dossards dans l'usine, il y a tellement de circulation», se plaît-il à décrire.
Dès que la machine numéro 10 aura produit sa dernière bobine de papier journal, les travaux de nettoyage et de démantèlement vont se mettre en branle. Pas moins de 365 travailleurs devraient être mobilisés pendant les dix semaines d'arrêt. 
Mais pour cet ancien directeur chez Papier White Birch, à Rivière-du-Loup, le défi consistait à opérer l'usine tout en cohabitant avec les préparatifs de la reconversion. 
«Dans le sous-sol de la machine, c'est un chantier de construction. La machine opère à l'étage, mais en bas, il y a des travaux depuis quelques semaines. Plusieurs centaines de travailleurs s'occupent de faire des choses qui ne dérangent pas trop les opérations, ce qui nous permet de garder la machine en marche. Contrairement au projet de Wayagamack en 2004, on rénove une machine et on a commencé les travaux pendant qu'elle opère», explique M. Cloutier.
Pour Kruger, le tournant de ce 25 février 2017 a pour effet de faire chuter sa production de papier journal de 216 000 tonnes métriques. La machine numéro 7 continuera tout de même à en produire 150 000 tonnes alors que les usines de Corner Brook et de Brompton en fourniront toujours respectivement 250 000 et 200 000 tonnes métriques, pour une production totale de papier journal de 600 000 tonnes métriques au sein de l'entreprise.
Si du côté de sa division Wayagamack, la production de papier couché est de 260 000 tonnes métriques, la «nouvelle» machine numéro 10, du boulevard Gene-H.-Kruger, fabriquera 360 000 tonnes métriques de carton. Le tiers sera vendu aux usines de boîtes d'Emballages Kruger situées à Montréal (arrondissement LaSalle) et à Brampton (Ontario), tandis que le reste sera écoulé dans le marché.
«C'est un marché qui est en croissance importante. Deux hausses de prix de vente du carton ont déjà été annoncées dans les derniers mois», confie M. Cloutier.
La demande de carton est en hausse annuelle de 1,5 % alors qu'elle se situe déjà autour des 35 millions de tonnes métriques par année en Amérique du Nord. L'achat en ligne ne fera que favoriser sa consommation. D'où la volonté du propriétaire unique, Joseph Kruger II, de faire croître sa division cartonnage, qui doublera après le 7 mai prochain. D'ailleurs, c'est un domaine dans lequel Kruger évolue depuis plus de 50 ans. Ce producteur aura fait figure de pionnier dans le carton 100 % recyclé via ses installations montréalaises.
Du même coup, ce virage vers le carton permet à Kruger d'ajuster sa production de papier journal en fonction d'un marché en forte décroissance à l'échelle mondiale. Seulement sur le continent nord-américain, on est passé de 14 millions de tonnes métriques à moins de quatre millions de tonnes métriques depuis 2001. 
En plus de permettre la consolidation de 270 emplois, le «projet TR2017» entraîne des retombées régionales directes de 80 millions de dollars, ce qui profite à quelque 80 fournisseurs de la région de Trois-Rivières. C'est d'ailleurs l'un des plus grands chantiers au Québec, avec ses 500 000 heures/hommes de construction, ce qui correspond à 5 % de la main-d'oeuvre québécoise dans le secteur industriel.
Parallèlement, l'usine de démonstration de filaments de cellulose, également située sur le boulevard Gene-H.-Kruger, s'apprête à entrer dans une phase de précommercialisation. Inaugurée en 2014, l'usine pilote pourrait éventuellement déboucher sur de nouvelles installations, après avoir été exploitée à son maximum. 
Depuis 1973, Kruger a investi plus d'un milliard $ à son usine.