Jean-Philippe Jacques, directeur général du CCTT Innofibre.
Jean-Philippe Jacques, directeur général du CCTT Innofibre.

Lutte au coronavirus: des solutions puisées dans les ressources de la forêt?

TROIS-RIVIÈRES — Plusieurs moyens de se prémunir contre la COVID-19 et d’autres menaces du même genre pourraient émerger bientôt... directement de la forêt. Les scientifiques du Centre collégial de transfert technologique Innofibre du Cégep de Trois-Rivières envisagent des solutions prometteuses qui pourraient être développées dans les laboratoires du CCTT et produites ensuite par des entreprises canadiennes dans un avenir relativement court.

«On pourrait développer des papiers antiviraux pour lutter contre le coronavirus ainsi que des désinfectants et des masques thermoformés», résume le directeur général d’Innofibre, Jean-Philippe Jacques.

«On fait de la recherche appliquée avec différentes entreprises et nous avons une bonne expertise au niveau du développement des produits cellulosiques», explique-t-il, c’est-à-dire des produits fabriqués à base de fibres végétales, notamment celles du bois.

Le directeur général d’Innofibre voit très bien la possibilité de développer des masques thermoformés qui répondraient aux normes sanitaires.

Il y a quelques semaines, d’ailleurs, Innofibre et l’un de ses chercheurs, Tarik Jabrane, annonçaient en grande pompe que le CCTT était justement en train de développer une solution de remplacement des emballages de plastique à partir de pâte cellulosique thermoformée.

Partout, rappelle-t-il, on cherche des solutions pour produire plus de masques. «Il y a des masques en carton que l’on pourrait faire avec un orifice où serait placé un milieu filtrant», explique-t-il.

«C’est une autre façon d’en fabriquer. On aurait un moule dans lequel on mettrait la pâte cellulosique et le moule aurait la forme d’un masque. La matière première, c’est du bois», rappelle-t-il. «La ressource forestière est pleine de potentiel.»

Innofibre a déjà développé, dans le passé, des papiers antibactériens qui ont leur utilité dans les emballages alimentaires. «Est-ce qu’au niveau des papiers antiviraux, on serait capable d’appliquer un agent antiviral sur du papier ou du carton? Ces produits pourraient être utilisés en milieu hospitalier», illustre-t-il. «Il y a beaucoup de commerces en ligne (donc de livraisons de colis). Ça pourrait peut-être permettre de retarder la propagation du virus. Ce n’est pas un médicament qui va l’éliminer complètement», concède-t-il, «mais ça peut limiter la propagation», plaide-t-il.

Certains végétaux de la forêt contiennent des molécules connues des scientifiques d’Innofibre pour leurs propriétés désinfectantes. «On pourrait aller chercher des molécules d’intérêt dans la biomasse», dit-il. «On pourrait formuler de nouveaux produits.»

Le directeur d’Innofibre estime que même si les produits qui pourraient être développés par des entreprises à partir de la recherche appliquée faite chez Innofibre n’arriveront pas sur le marché avant plusieurs mois, les démarches ne seront pas inutiles.

«Je pense que de plus en plus, les gens et les organisations vont être sensibilisés aux pandémies, aux virus qui peuvent se propager rapidement. Aujourd’hui, on parle d’un virus qui se propage entre les humains», dit-il, mais il y a d’autres types de pathologies ou d’infestations qui doivent être contrôlées pour éviter des catastrophes.

«Oui, les masques sont un besoin urgent présentement, mais ça ne veut pas dire qu’il n’y aura pas de nouvelles normes de santé et sécurité qui vont obliger le port du masque dans plusieurs usines, notamment alimentaires, éventuellement, ou chez les travailleurs aux champs où il y a de la proximité. On peut s’attendre à ce que la demande augmente à la suite de la pandémie», prévoit-il.

Innofibre, rappelle M. Jacques, développe des produits à l’échelle pilote à partir de la recherche appliquée. «Ce sont des conditions d’opération similaires à ce qu’on pourrait trouver dans des équipements industriels», signale-t-il.

«En recherche, c’est difficile de mettre une date butoir, mais en quelques mois, on prévoit qu’on pourrait avoir un produit intéressant», dit-il. Il faudrait trouver un partenaire pour la portion du masque qui serait le milieu filtrant et un autre pour les cordes élastiques qui forment l’attache.

Jean-Philippe Jacques ne cache pas qu’il y a eu des appels à propositions, autant au gouvernement fédéral qu’au gouvernement provincial. Innofibre a proposé les trois projets mentionnés ci-haut. «Certaines organisations sont au fait qu’on peut les développer dans un délai assez raisonnable», dit-il.

«On est en mesure de travailler sur le développement de produits. J’ai reçu un appel à cet effet comme quoi il y avait de l’intérêt», dit-il.

«On travaille conjointement avec l’entreprise privée. L’objectif, c’est d’aider les entreprises à pouvoir diversifier leurs produits cellulosiques», rappelle-t-il.