Alain Lemieux, chef de la direction de l’entreprise Noovelia, présentait une conférence intitulée «Les usines intelligentes, un pas de plus vers l’avenir», jeudi matin, dans le cadre du Colloque TI 2019 au DigiHub.

L’usine intelligente, un état d’esprit

Shawinigan — L’intelligence artificielle en entreprise occupait une place importante dans la programmation du Colloque TI 2019 présenté jeudi du DigiHub, mais ces concepts demeurent bien peu utiles sans une mobilisation des employés autour de l’innovation. C’est le message lancé par Alain Lemieux, chef de la direction de Noovelia, lors de sa conférence présentée en matinée.

«Peu importe le projet, l’élément clé, c’est que ça prend du monde allumé, des gens qui ont le goût de se projeter dans l’avenir et décoller du passé», indique-t-il. «C’est mon premier vecteur de succès: si l’état d’esprit n’est pas collé à ça, je n’y vais pas parce que je n’ai pas de temps à perdre.»

Le conférencier s’est beaucoup servi d’entreprises comme Meubles Canadel de Louiseville et Patates Dolbec de Saint-Ubalde pour illustrer son propos. Pour lui, il s’agit de bons exemples de développement de modèles d’usines intelligentes dans des industries traditionnelles.

«Avant, les employés de Patates Dolbec triaient les patates à la mitaine», raconte M. Lemieux. «Aujourd’hui, à Saint-Ubalde, comment peut-on intéresser une personne à venir trier des patates à la mitaine? Les filles qui faisaient ça travaillent maintenant dans une salle avec des écrans. L’entreprise a triplé son volume et elle est passée de 125 à 140 employés. Ils n’ont pas mis de monde dehors!»

«Quand la direction de cette entreprise demande maintenant à un jeune de venir travailler là, elle ne lui parlera pas de trier des patates. On l’invitera à se connecter dans un esprit de technologie pour réinventer l’avenir, faire différemment.»

En guise de contre-exemple, M. Lemieux a pigé dans la brûlante actualité régionale, avec le conflit à l’Aluminerie de Bécancour.

«Tu peux bien être le leader d’une entreprise, mais si tu ne convaincs pas ton monde...», glisse-t-il. «À l’ABI, il y a un choc total! Comment bâtir l’avenir quand il y a une déconnexion semblable? Même s’ils s’entendent demain matin, après ils vont travailler ensemble et ils vont se surveiller pour les six prochaines années de la convention collective? Des affaires semblables, ça ne m’intéresse pas.»

En décembre dernier, M. Lemieux et ses nouveaux associés annonçaient la création de Noovelia, né de la fusion d’Epsilia, Pluritag et Divel. L’entreprise crée des solutions technologiques à haute valeur ajoutée dans de nombreux secteurs d’activités.

L’homme d’affaires fait remarquer qu’il suffit de regarder la transformation de certaines industries pour prendre conscience de la place occupée par les nouveaux modèles aux dépens des entreprises qui s’en tiennent à la tradition. Les exemples ne manquent pas: Uber, Amazon, Airbnb, Goodfood...

«Uber va sortir en capitalisation boursière à environ 125 milliards $», estime M. Lemieux. «Ça n’existait même pas il y a six ou sept ans! Ça doit être un message. Les gars de taxi qui veulent garder leur entreprise conventionnelle, je peux leur annoncer qu’ils sont en péril s’ils ne se renouvellent pas!»

«Airbnb n’achète pas de maisons, ne les entretient pas, mais ils font des affaires», ajoute-t-il. «Quand vous vous appelez Hilton, vous devez vous remettre en question... Ils affrontent une menace qu’ils ne voyaient même pas venir, parce qu’ils surveillaient leurs compétiteurs conventionnels.»

Vitesse

Environ 150 personnes ont participé à ce colloque, présenté pour une quatrième année consécutive au DigiHub. Lors de la conférence d’ouverture, Jean-Sébastien Charest, directeur principal, solution en ligne chez Desjardins, a donné le ton pour illustrer la vitesse avec laquelle la technologie bouleverse notre environnement.

Ainsi, il a établi une chronologie des innovations qui ont atteint 50 millions d’utilisateurs au fil des décennies. Les compagnies aériennes ont mis 68 ans à franchir ce seuil, les guichets automatiques, 18 ans et l’étoile filante Pokemon GO... 10 jours!

«Si une technologie voit le jour et devient intéressante pour la planète, ça va extrêmement vite», constate-t-il. «On se bat constamment contre le temps, mais il faut s’assurer de rester pertinent et de livrer de la valeur.»

M. Charest précise que chez Desjardins, 458 millions de sessions ont été ouvertes sur les plateformes numériques (AccèsD web et mobile) l’an dernier. «Pas moins de 91 % des interactions transactionnelles avec le mouvement Desjardins se sont faites sur nos plateformes numériques, malgré nos centaines de points de service. Nous avons 14 connexions par seconde.»

Le colloque abordait également un volet sécurité, un élément pertinent six mois après la cyberattaque vécue par la MRC de Mékinac. En octobre, la firme TC Consultech devait organiser des tables rondes sur ce thème à Shawinigan, mais le rendez-vous avait finalement été annulé.

«Des brèches dans la sécurité, il en existe en masse», souligne Guy Lassonde, directeur de produits chez ICO Solutions. «Celle qui restera l’une des plus grandes de l’histoire a provoqué la défaite d’Hillary Clinton à la dernière élection américaine. Elle serait probablement présidente des États-Unis si ses courriels n’avaient pas été hackés. (...) La valeur de la sécurité de l’information est en hausse partout. Il n’existe pas de domaine qui échappe à cette réalité.»

Il prévient toutefois que la meilleure protection n’empêchera jamais un employé détenant des informations sensibles de les diffuser. Comme quoi l’innovation technologique possède encore ses limites.

Prêt pour la technologie 5G?

Les conférenciers dissertaient sur la technologie 5G depuis une quarantaine de minutes lorsqu’une dame a risqué une question toute simple sur l’application de cette innovation dans les petites entreprises.

«C’est un enjeu global», reconnaît Raymond Poirier, chef communications et mise en valeur des projets au CEFRIO. «La technologie va plus vite que l’usage!»

On entend de plus en plus parler de la 5G comme la prochaine révolution dans la transmission des données. Au Canada, une première tranche sera mise aux enchères en 2020-2021. Les grands équipementiers croient qu’en 2025, 34% de la population mondiale aura accès à cette innovation.

«En 2020, le 4G va arriver à 41 %», précise M. Poirier. «Nous sommes dans une dynamique où la 2G, la 3G et la 4G cohabitent. La 5G va ajouter à cette offre et ne la remplacera pas.»

La 5G améliorera évidemment la vitesse de transmission. «Si la 4G ou la 4G+ prend deux à six minutes pour télécharger un élément, ce même élément prendra quatre à quarante secondes à télécharger par le biais de la 5G», illustre Sébastien Vaillancourt, coordonnateur de programmes chez Thales recherche et technologies Canada.

Il serait toutefois simpliste de résumer cette innovation par ce simple gain. «Il y aura une capacité de connecter beaucoup plus d’objets en même temps», souligne M. Poirier. «La consommation sera diminuée de façon importante. En coût de maintenance et d’exploitation, ce sera le jour et la nuit. La latence est cruciale dans tout ce qui touche au contrôle de la machine. C’est le délai entre le moment où j’appuie sur le bouton et où la commande est rendue. Actuellement, sur un 4G, nous avons environ du 40 millisecondes. On s’attend à descendre à une ou cinq millisecondes sur la 5G. On est pratiquement en temps réel.»

Évidemment, tous les secteurs seront touchés, de l’agriculture au commerce de détail, en passant par l’automobile et les services publics.

«Avec la 5G, on imagine qu’on pourra mieux faire ce qu’on fait déjà», résume M. Poirier. «Des choses vont aussi émerger avec la 5G, de nouvelles possibilités que l’on ne pensait pas pouvoir faire.»