À l’avant, le directeur du nouvel institut, Patrice Mangin, discute avec le ministre Jean Boulet. À l’arrière, les codirecteurs Éric Loranger (génie chimique) et Simon Barnabé (chimie, biochimie et physique) de même que le recteur, Daniel McMahon.

L’UQTR lance son I2E3

Trois-Rivières — Le Centre de recherche sur les matériaux lignocellulosiques de l’Université du Québec à Trois-Rivières n’est plus. Vendredi matin, l’UQTR inaugurait son remplaçant, le tout nouvel Institut d’innovation en écomatériaux, écoproduits et écoénergie, le I2E3.

Il s’agit de l’aboutissement naturel de plus de quatre décennies de travaux et de recherches à l’UQTR qui, au départ, étaient consacrés aux pâtes et papiers. On connaît les modifications profondes subies par l’industrie depuis. Les recherches menées à l’UQTR, face à ce vaste changement, sont en train de projeter l’industrie forestière dans une version 2.0 d’elle-même. On pense entre autres à la création de papiers bioréactifs pour la salubrité dans le secteur alimentaire ainsi qu’à la bioénergie issue des résidus forestiers.

L’appellation d’institut implique le développement de partenariats qui se feront autant entre chercheurs qu’avec les entreprises. «L’industrie forestière doit avoir un nouveau modèle d’affaires», plaide le directeur de l’I²E³, le professeur Patrice Mangin. L’Institut, le troisième à être créé à l’UQTR, «va accompagner non seulement cette ancienne industrie forestière, mais toutes les entreprises qui travaillent à base de biomasse», précise-t-il. Cela comprend les résidus agricoles, par exemple.

Les chercheurs de l’UQTR ont su faire preuve d’une bonne capacité d’adaptation, souligne le recteur, Daniel McMahon. «Bien que cette désignation d’institut ne soit officielle que depuis quelques semaines, il y a déjà plusieurs années qu’on en perçoit toute l’envergure potentielle par la nature des travaux de recherche qui sont liés en partenariat avec le milieu industriel par les efforts de formation et surtout, par les efforts de nos chercheurs actuels», fait-il valoir.

«I²E³ a pour mission de développer de nouveaux produits, de nouvelles technologies, afin de permettre aux entreprises qui oeuvrent dans la transformation de la biomasse de demeurer à l’avant-garde du progrès en s’adaptant rapidement aux changements des besoins des marchés économiques», explique le professeur Mangin.

«Nous visons une efficacité accrue de l’utilisation des ressources naturelles, dans le respect de l’environnement et la valorisation des savoirs en écosystèmes industriels du Québec, du Canada et pourquoi pas, du monde», se plaît-il à rêver.

«Nous comptons déjà 24 partenaires du domaine public, 36 du monde institutionnel et 70 entreprises privées», souligne le chercheur. L’I²E³, ce descendant légitime du CRML «ne part pas de zéro», fait-il valoir.

Le professeur Mangin signale d’ailleurs que cet institut «est très aligné» sur le travail qu’il fait déjà lui-même avec Bioénergie La Tuque (BELT). Il partira dans quelques jours pour Helsinki, en Finlande, pour y retrouver le nouveau P.D.G. de son principal partenaire, la firme Neste, ainsi que la haute direction.

Rappelons que BELT avait reçu une aide financière de 1,5 M$ de la part de Québec, en 2016, afin de réaliser des études de faisabilité technico-économiques en vue de l’implantation d’une bioraffinerie forestière commerciale à La Tuque d’ici 2023.

«La première phase d’études est finie. Nous sommes dans la phase maintenant où l’on cherche du financement, ce qu’on appelle la réduction de risque et qui demande des essais sur des usines de démonstration», explique le chercheur.

Quand on lui demande s’il est en avance sur ses échéanciers, le professeur Mangin ne cache pas que les choses se précipitent. «Je me fais pousser dans le dos par l’entreprise Neste pour aller encore plus vite et c’est ça que je vais négocier à Helsinki», dit-il. Le projet de La Tuque «marche très bien», assure-t-il.

La création de l’I²E³ aura aussi un impact sur les étudiants et la main-d’oeuvre. «Nous formons, en ce moment même, 30 étudiants à la maîtrise, 33 au doctorat et 4 post-doctorants», illustre le directeur.

«Dans les deux prochaines années, I²E³ embauchera au minimum 16 nouveaux étudiants à la maîtrise, 22 au doctorat et 12 au niveau postdoctorat pour un grand total de près de 110 jeunes gens, tous prometteurs», renchérit le professeur Mangin.

Le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité, Jean Boulet, était présent à l’UQTR lors de cette inauguration.

Le professeur Mangin en a profité pour souligner ceci: «Je crois, monsieur le ministre, que nous faisons notre part, que nous répondons présents pour relever le défi de l’emploi en essayant d’en garder quelques-uns dans notre région.»

«Je pense que des instituts comme celui que nous annonçons aujourd’hui vont contribuer à accroître la richesse, au Québec et nous permettre de nous distinguer», a fait valoir le ministre Boulet en qualifiant du même souffle l’UQTR de «véritable catalyseur».

«Aucun institut universitaire ne s’est donné à ce jour un tel mandat et un tel positionnement», souligne le professeur Mangin.

C’est qu’à l’UQTR, «la biomasse, on la connaît depuis très longtemps, avant même que le mot soit à la mode».

«On va développer des projets avec les industriels et les aider», résume le directeur du nouvel institut.