Le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet.

Lock-out à l'ABI: «Je pense à différents scénarios»

BCANCOUR — Le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, rencontrera vendredi le médiateur spécial dans le dossier du lock-out à l’Aluminerie de Bécancour, Lucien Bouchard.

«Je le rencontre pour qu’il me fasse état du processus de médiation, comment ça s’est déroulé, comment il voit les choses, en fait, avoir son rapport de médiation, échanger avec lui. Dans les prochains jours, je vais faire une rencontre avec le syndicat et la direction d’ABI et là, ça va me permettre d’être un peu plus précis quant à l’orientation qu’on va donner à ce dossier-là», a-t-il fait savoir au Nouvelliste.

Au lendemain de son assermentation, le député de Trois-Rivières a rencontré la sous-ministre adjointe aux relations du travail «pour saisir tous les enjeux de ce dossier et me mettre à jour».

«On a eu une rencontre, on s’est donné un plan d’action et dans mon plan d’action, évidemment, il y a des rencontres à faire. Il y a eu un conciliateur qui est intervenu au dossier en vertu du Code du travail et après ça, il y a un médiateur spécial qui a été nommé. On connaît la suite des choses. Il y a eu suspension de la médiation spéciale. J’ai fait des rencontres avec d’autres personnes de mon ministère à Québec depuis le début de la semaine», décrit-il.

Son intention est claire: voir la fin de ce conflit dans les meilleurs délais possibles. «Il y a des répercussions sociales, économiques qui sont extrêmement importantes pour non seulement Trois-Rivières, mais toute la région et le Québec. C’est un conflit qui dure depuis dix mois. Il faut voir la lumière au bout du tunnel», affirme le ministre Boulet.

Pourrait-il imposer un arbitrage? «Ce serait prématuré. Il y a des options, des mécanismes alternatifs de règlement de conflit qu’on peut envisager. Ce serait trop tôt pour moi de dire qu’on va aller dans telle ou telle direction, mais je pense à différents scénarios. C’est sûr que dès que mon diagnostic va être posé, on va s’en aller dans une direction. Évidemment, c’est un conflit privé. Je ne peux pas évacuer les incidences sociales et économiques. C’est trop négatif pour tout le monde. Il faut intervenir», soutient-il.

Par ailleurs, celui-ci juge que les derniers événements sont malencontreux. On sait que la direction de l’entreprise a fait appel à la police de Trois-Rivières pour enquêter sur un présumé cas d’intimidation et de vol d’information commis par des syndiqués. «C’est sûr que le climat se durcit, je le vois des deux côtés. Ce sont des événements qui vont laisser des traces et il faut éviter que cette escalade se poursuive», croit M. Boulet.

Appelé à commenter les critiques formulées à son endroit par le directeur du syndicat Unifor au Québec, Renaud Gagné, à la suite de son implication dans le conflit chez Delastek au nom de l’employeur, Me Boulet a d’abord indiqué «qu’il faut connaître les relations de travail».

«J’ai négocié de 150 à 200 conventions collectives de travail. Ce que M. Gagné ne disait pas, il faut savoir que les autres négos que j’ai eues avec Unifor, ça s’est réglé dans le cadre d’un processus de négociation raisonnée. Quand on est avocat, on travaille avec le mandat qui nous est confié. Ce n’est pas moi qui détermine l’orientation, qui définit le mandat. J’ai représenté des employeurs, mais la majorité des syndicats avec lesquels j’ai travaillé vont dire que Jean Boulet est un négociateur raisonné d’abord et avant tout. Je suis toujours ouvert à embarquer dans des processus de recherche de solutions, je suis toujours à une table de négociations avec un esprit ouvert et raisonné», a-t-il plaidé. «Et le président de la CSN, Jacques Létourneau, disait que je représentais des intérêts, mais que je ne le faisais pas de façon radicale», renchérit le ministre caquiste.

Que ce soit avec les Métallos, la FTQ, ou Unifor, celui-ci prétend avoir toujours négocié de façon «hyper raisonnée» avec son profil. «J’ai fait des ateliers de négociations, il y a 20-25 ans, à l’Université Harvard aux États-Unis avec les maîtres de la négociation raisonnée. Et j’ai toujours travaillé en tenant compte de cette approche de négociation raisonnée. Ce n’est pas de la négociation traditionnelle. Et ça, ce sont des enseignements qui m’ont toujours été utiles dans ma carrière, qui me sont encore utiles et qui vont certainement être utiles dans le cadre du conflit à l’ABI», tient à souligner celui qui fut reconnu récemment comme l’un des meilleurs avocats en droit du travail au Canada.

Ce dernier explique que «quand tu es avocat et que tu reçois un mandat, tu représentes des intérêts, ce n’est pas toi qui définit le mandat, particulièrement en relations de travail».

«Maintenant, j’ai eu un mandat de la population non seulement de Trois-Rivières, mais je représente l’ensemble du Québec, et donc, je représente l’ensemble des intérêts. Dans un conflit de travail, je représente autant les intérêts patronaux que syndicaux. Pour moi, la recherche d’une solution, ça implique d’avoir cette quête-là d’un équilibre entre les parties. C’est un mandat d’une autre nature. Je vais faire le mandat pour la population du Québec comme j’ai fait mes mandats quand ils étaient confiés par des compagnies, des institutions ou des organisations, avec la même détermination», assure le ministre Boulet.

Une déclaration qui survenait le jour même où les sympathisants des lockoutés de l’ABI faisaient parvenir un message aux administrateurs d’Alcoa, dont les derniers résultats trimestriels sont déficitaires de 41 millions de dollars.

«Un tel déficit n’aurait pas été enregistré si l’Aluminerie de Bécancour fonctionnait à pleine capacité. Le lock-out est une mauvaise décision d’affaires, dans laquelle s’enlise la direction d’Alcoa en le laissant perdurer. Les membres du conseil d’administration et les actionnaires doivent intervenir», conclut le président de la section locale 9700, Clément Masse.