Depuis maintenant 28 semaines, la scène se répète devant l’Aluminerie de Bécancour avec le piquetage des lockoutés.

Lock-out à l'ABI: «Il ne se passe rien»

BÉCANCOUR — Après 28 semaines de lock-out, l’impasse perdure à l’Aluminerie de Bécancour. Même si la multinationale soutient que la médiation se poursuit, le syndicat des Métallos est sans nouvelle du médiateur spécial, Lucien Bouchard.

«Il ne se passe rien. On n’est pas convoqué. Ça fait deux semaines qu’il n’y a pas de rencontre. On attend qu’il nous appelle», a confié au Nouvelliste le président de la section locale 9700, Clément Masse.

Le seul changement observé récemment dans le dossier, c’est le départ de la conseillère en communication à l’ABI, Sara Dubé, vendredi dernier, qui est devenue la directrice, Affaires publiques, au sein de l’Administration portuaire de Trois-Rivières. C’est Anne-Catherine Couture, gestionnaire des communications et affaires gouvernementales pour Alcoa Canada, qui prend la relève pour les relations avec les médias.

Pendant ce temps, certains syndiqués se montrent de plus en plus agacés par le recours présumé de briseurs de grève par l’employeur, d’où certaines manifestations organisées sporadiquement devant les résidences privées de certains cadres.

«On a vérifié, c’est légal. Il y a eu une décision là-dessus en Cour suprême en 2002. En autant que ça rencontre certains critères. Occasionnellement, les gens veulent passer des messages et faire de la pression sur les cadres pour que ça aille plus vite. Les gens savent qu’il y a des scabs en dedans, ça les irrite. Le monde était tanné et ils voulaient aller manifester par groupe de 10-15, une couple d’heures», explique le dirigeant syndical.

Alors que le conflit s’éternise, M. Masse assure que les coffres du syndicat ne sont pas vides. «On avait prévu pour longtemps. Et ce ne sera pas des grosses sommes à rembourser», soutient-il.

Avec l’absence d’assemblées syndicales en période estivale pour autoriser des dons aux lockoutés de l’ABI, celui-ci dit s’attendre à une reprise des appuis à l’automne.

Par ailleurs, ce dernier ne craint pas que les propriétaires de l’aluminerie décident de poursuivre en permanence les opérations avec une seule série de cuves. «Je ne suis pas inquiet. Je suis sûr qu’ils vont redécoller un jour», indique M. Masse, tout en rappelant que l’employeur n’a jamais voulu s’engager à investir en retour du renouvellement de la convention collective.

La semaine dernière, le président et chef de la direction d’Alcoa, Roy Harvey, avait laissé miroiter des investissements aux installations de Bécancour.

Malgré une situation qui stagne, le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois, se dit «plus confiant aujourd’hui qu’il y a six mois». «Parce que si on avait eu à vivre une fermeture, ce serait déjà fait. Donc, l’entreprise veut continuer à vivre à Bécancour dans les prochaines années, on parle même de faire de l’investissement à Bécancour», fait-il remarquer.

Selon lui, il y a deux côtés à la médaille. «D’un côté, l’entreprise doit investir dans l’aluminerie pour assurer sa pérennité, d’autre part, ils doivent le faire aussi dans des conditions de travail qu’ils n’ont pas à recommencer à tous les quatre ans. Il y a de l’eau à mettre dans le vin des deux côtés. Je souhaite que ça puisse se régler. Je sais que le fossé est large. Il faut que ça finisse. J’espère de semaine en semaine», soupire le premier magistrat.

Si le lock-out n’a pas encore d’impact sur la taxation municipale, M. Dubois se préoccupe des effets néfastes sur les sous-traitants de l’ABI alors que les travailleurs mis à pied «n’ont pas de fonds de grève et leurs prestations d’assurance-emploi tirent à leur fin». «Ça commence à devenir de plus en plus inquiétant comme retombées», conclut-il.