L’annulation d’événements comme le Grand Prix de Trois-Rivières, en 2020, donne un dur coup au milieu touristique, qui réclame une compensation financière du gouvernement du Québec.
L’annulation d’événements comme le Grand Prix de Trois-Rivières, en 2020, donne un dur coup au milieu touristique, qui réclame une compensation financière du gouvernement du Québec.

L’industrie touristique veut des repères et de l’argent

Shawinigan — L’anxiété qui touche le milieu de la restauration s’étend à l’ensemble de l’industrie touristique, pour qui chaque journée d’incertitude qui s’ajoute en raison de la pandémie risque de peser lourd dans les états financiers. Mercredi, les associations régionales se sont levées à leur tour pour réclamer un portrait clair des intentions du gouvernement du Québec pour la belle saison et surtout, des subventions pour passer à travers cette période unique.

Donald J. Desrochers, président de Tourisme Mauricie, considère que ses membres ont tout fait pour sauver les meubles jusqu’ici. Il faut maintenant que le gouvernement lance une bouée à l’industrie.

«C’est certainement l’une des plus touchées par la crise et surtout, l’une de celles qui prendront le plus de temps à se relever, si on se fie à ce qui s’est passé après 2008-2009», relate-t-il. «Ça a alors pris quatre ans à retrouver ce qu’on avait et on s’entend qu’actuellement, nous ne sommes pas du tout dans les mêmes eaux. On s’attend à ce que la marche soit longue.»

«Avant la COVID, notre industrie allait remarquablement bien», rappelle M. Desrochers. «Nous n’avons pas l’habitude de demander des subventions. Mais là, on va avoir de la difficulté à passer au travers.»

Président et directeur général de la chaîne Hôtels Marineau, M. Desrochers raconte que deux de ses quatre établissements ont dû fermer leurs portes au cours des dernières semaines, à La Tuque et Trois-Rives (Mattawin). Son nombre d’employés est passé de 110 à 15 durant la crise.

«J’appréhende beaucoup mon mois de juillet», raconte M. Desrochers. «Tout le monde a été très gentil au début de la crise, en disant qu’on pourrait payer dans trois mois. Hydro-Québec, la TPS, la TVQ, la taxe sur l’hébergement, les taxes municipales... Mon trois mois arrive en juillet et je n’ai pas beaucoup plus de clients.»

L’aide financière réclamée viendrait ainsi retirer un peu de pression des épaules des acteurs du milieu. Une prolongation de la subvention salariale d’urgence, qui doit cesser à la fin août, fait aussi partie des demandes.

«Au même titre que dans les autres industries, les entrepreneurs touristiques se sont virés de bord, en obtenant des prêts chez les banques et auprès des gouvernements», explique M. Desrochers. «Mais on ne peut pas s’endetter pendant quatre ans. Le message que nous voulons lancer, c’est que nous avons besoin d’aide, d’une subvention pour nos frais fixes.»

Le président de Tourisme Mauricie cite une étude réalisée par Raymond Chabot Grant Thornton et Horwath HTL, qui estime que dans le contexte actuel, 50 % des entreprises touristiques cesseront leurs activités en 2020.

«Pensez à Saint-Élie-de-Caxton, Saint-Alexis-des-Monts, Grandes-Piles... Demain matin, enlevez 50 % des entreprises touristiques. Ce serait une dévitalisation complète de ces villages. Malheureusement, c’est vers ça qu’on s’en va si on n’a pas d’aide.»

«C’est pourquoi nous réagissons tout de suite et qu’on essaie de s’organiser pour minimiser les pertes, parce qu’il y en aura», ajoute Bernard Giles, président de Tourisme Centre-du-Québec. «Cette étude mentionne que la crise ne handicapera pas seulement l’année 2020, mais que ça pourrait aller jusqu’en 2022. Pensez seulement aux croisières: pensez-vous que bien des gens voudront en faire en 2021?»

M. Desrochers souhaite une aide modulée selon les difficultés rencontrées en raison de la situation actuelle. Ces subventions doivent évidemment être réservées aux entreprises dont la rentabilité est menacée spécifiquement par la crise sanitaire et non pour tout autre prétexte.

Les deux présidents ne peuvent estimer le montant recherché pour leur région, mais l’étude de RCGT et Horwath HTL avançait une somme de près de 600 millions $ pour l’ensemble du Québec. M. Desrochers considère qu’il faut accorder une attention particulière aux attractions qui possèdent ce qu’il qualifie de «pouvoir multiplicateur», dont la seule visite entraîne normalement d’autres retombées dans le milieu. Il cite les exemples de la Cité de l’énergie ou de l’Amphithéâtre Cogeco.

Inconnu

À cette demande d’aide financière s’ajoute la nécessité de connaître certains indicateurs de base pour l’ensemble de l’industrie, comme la ministre Caroline Proulx l’a fait la semaine dernière avec les campings et les pourvoiries, notamment.

«L’incertitude est la pire des situations», observe M. Giles. «Pendant ce temps, les frais fixes arrivent toujours. C’est pourquoi nous demandons de l’aide pour survivre en attendant que la situation se stabilise. Et ce ne sera pas demain matin.»

«On comprend l’idée de déconfiner, de regarder la réaction et de continuer», indique M. Desrochers. «Ce qui stresse les entrepreneurs du milieu touristique, c’est de n’avoir aucun horizon. Ça prend un certain calendrier, même si on sait qu’on ne peut pas avoir de dates fermes. Ça prend aussi un peu de cohérence. Il y a des manifestations à Montréal, mais on ne peut pas servir un client dans un restaurant... Ça irrite des entrepreneurs.»

M. Giles fait remarquer qu’un signal clair de la ministre rassurerait non seulement l’industrie touristique, mais aussi l’ensemble de la population.

«Les promoteurs ont hâte de continuer leurs opérations et la clientèle a besoin de se divertir», conclut-il.

Les deux représentants comptent sur les députés et ministres de la Mauricie et du Centre-du-Québec pour porter leur message.