La directrice générale de l’Auberge Godefroy à Bécancour, Marie-Ève Boisclair.
La directrice générale de l’Auberge Godefroy à Bécancour, Marie-Ève Boisclair.

L’industrie hôtelière crie à la catastrophe

TROIS-RIVIÈRES — Catastrophique. Voilà comment l’industrie hôtelière de la région qualifie la situation depuis le début de la pandémie. Et si certains établissements sont complètement fermés, d’autres affichent des taux d’occupation faméliques.

Ce cri du cœur survient au moment même où le gouvernement du Québec vient d’annoncer un plan de relance touristique de 753 millions de dollars qui vise, entre autres, à donner de l’oxygène au secteur hôtelier.

«C’est incroyable. Nous, en plus, c’est une année record. Au mois de mars, on avait déjà 75 % du budget à faire de fait dans les prévisions de l’année», raconte la vice-présidente et directrice générale de l’Auberge Godefroy à Bécancour, Marie-Ève Boisclair.

Malgré la crise, cette véritable institution sur la rive sud sera restée ouverte pour les services de première ligne. «On a eu quelques centres de relocalisation après-sinistre et également des clients qu’on a déjà à l’année, des travailleurs essentiels qui viennent pour le parc industriel. On a eu quand même quelques salles à louer pour des besoins essentiels aussi en distanciation, des compagnies qui n’avaient pas le choix de se retrouver», explique la femme d’affaires.

L’hôtel a eu officiellement 30 ans le 12 avril dernier, soit en pleine crise pandémique. «On ne l’a pas fêté, mettons», laisse-t-elle échapper. Après avoir complété la rénovation des chambres, la direction est à finir de construire un plus grand spa qui est quatre saisons.

«Au niveau de la situation, le téléphone sonne beaucoup, les gens ont hâte que la restauration reparte, on reçoit quand même beaucoup de demandes. On voit que les gens ont hâte de revenir à l’hôtel», fait savoir Mme Boisclair.

Ainsi, des réservations sont déjà prises. «C’est sûr que pour le Cirque du Soleil, c’est vraiment triste, nous, c’était un des événements qui nous attiraient le plus de clients», admet celle pour qui, toutefois, l’annulation du Grand Prix devrait avoir une moindre répercussion en raison d’une période de l’année habituellement achalandée.

Celle-ci rappelle que ses clients viennent beaucoup pour profiter des installations et bien manger. «Le centre de santé est rouvert et le golf a été déconfiné, ce qui devrait nous aider. On ne gagnera pas tout ce qu’on a perdu. On se prépare en conséquence de recevoir nos clients avec la nouveauté. On a déjà mis des protocoles rigoureux pour des mesures sanitaires vraiment appréciés», affirme celle pour qui l’aide gouvernementale se résumait jusqu’à présent à la subvention salariale.

Du côté de la chaîne Marineau, deux des quatre établissements hôteliers seront restés ouverts, soit à Shawinigan et à La Tuque. Et si le légendaire hôtel à Mattawin rouvre ses portes lundi prochain, avec le retour de la restauration, l’Hôtel Marineau Centre à La Tuque demeurera fermé, mais toujours temporairement.

«Comme je dis à tout le monde, ce n’est pas rationnel, c’est émotionnel. Fermer tout au complet, j’avais de la difficulté personnellement à le faire. On a diminué les heures d’ouverture. On a amplifié le nettoyage et on a vidé les chambres de tout ce qui était superflu, comme le cartable d’information et le bac à glace», décrit le propriétaire Donald Desrochers.

Si le taux d’occupation était de 9 % en avril, il est passé à 23 % en mai. «C’est catastrophique versus l’historique. Mais on voit au moins une hausse. Ça reste quand même un peu motivant de dire qu’on est passé de 9 % à 23 % et on espère qu’on va remonter à 50 %. Au moins, ça ne diminue pas», se console-t-il.

Et à chaque annonce gouvernementale de déconfinement, le téléphone se remet à sonner «un petit peu». « Il va falloir que le touriste arrive parce que juste le corpo, même si c’est une bonne tranche de clientèle, ça ne compensera jamais les taux d’occupation d’avant», fait remarquer l’homme d’affaires.

Par ailleurs, l’hôtel Delta Trois-Rivières par Marriott est toujours fermé depuis le mois de mars, et ce, par choix. Selon ce que Le Nouvelliste a appris, la direction prépare actuellement la réouverture qui est prévue d’ici quelques semaines. Et le département des ventes du centre de congrès s’active présentement sur des évènements à venir qui, dit-on, rendent optimiste les propriétaires.

C’est sans compter que le Centre d’événements et de congrès interactifs reçoit, semble-t-il, plusieurs demandes pour des événements avec distanciation sociale. Or, les dimensions des espaces permettent justement la tenue de ce genre de réunion.

Et la reprise des activités au Resto-Bar Le Brasier 1908 dès la semaine prochaine représente un atout pour la suite des choses à l’hôtel Delta Trois-Rivières par Marriott.

Or, au Holiday Inn Express de Trois-Rivières, les opérations n’ont jamais cessé. On se rappellera qu’au début de la pandémie, le Groupe Robin, qui en est le propriétaire, avait même offert aux camionneurs et camionneuses du Québec la possibilité de se rafraîchir dans son établissement.

«On a quand même des gens. L’aspect visiteur-loisir, ça, il n’y en a pas du tout. Mais au niveau des travailleurs, on a quand même un taux d’occupation intéressant», commente le directeur marketing et communication pour le Groupe Robin, Charles Côté.

Celui-ci dit attendre des précisions concernant la gestion des buffets, qui sont offerts lors du déjeuner, et les règles entourant les piscines intérieures.

«Je ne pense pas que les visiteurs de l’extérieur de la province ou du pays vont être bien importants cette année. C’est sûr que quand la crise est arrivée, on a tout revu nos prévisions de vente jusqu’à la fin de l’année parce qu’on ne sait vraiment pas quand cette affaire-là va se résorber. Mais pour l’instant, on est agréablement surpris par rapport à ces prévisions-là, ça va quand même bien, on a quand même un taux d’occupation décent, mais ce n’est pas l’idéal», fait-il savoir.

Ce dernier se réjouit néanmoins que le personnel ait été épargné par la COVID-19. «Pour l’instant, on continue à croiser nos doigts et à travailler fort là-dessus», conclut celui qui annonce la présence d’un spécialiste de l’hygiène en vertu des normes de la chaîne hôtelière.