Les entreprises de la Mauricie qui fabriquent des masques ont vu leur carnet de commandes exploser dans la foulée de l'imposition du port du masque obligatoire au Québec.
Les entreprises de la Mauricie qui fabriquent des masques ont vu leur carnet de commandes exploser dans la foulée de l'imposition du port du masque obligatoire au Québec.

L'imposition du masque: un beau problème pour deux entreprises de la Mauricie

LOUISEVILLE — L'imposition du port du masque à l'ensemble de la population a des retombées positives pour deux entreprises de la région qui se sont lancées chacune à leur façon dans la fabrication de couvre-visages. Or, la demande exponentielle amène aussi son lot de défis.

La pandémie, le confinement et la mise sur pause de l'économie québécoise ont été vécus comme autant de montagnes russes d'émotions et de rebondissements pour l'entreprise Rien ne perd, tout se crée. Celles qui confectionnent des vêtements à la main depuis 17 ans et qui ont pignon sur la Principale, à Saint-Sévère, ont alterné depuis quatre mois entre les mises à pied et l'embauche de nouveaux employés, avec l'aventure de la fabrication de couvre-visages artisanaux pour tout point de repère. Quelque 50 000 commandes plus tard, on aborde l'imposition du masque à l'ensemble de la population comme une nouvelle étape, tandis que l'on tente de conjuguer la reprise des activités régulières avec la demande soutenue pour l’item soudainement devenu indispensable.

Marie-Claude Trempe, copropriétaire de l'entreprise, l'avoue d'emblée, l'engouement pour les masques au style et aux couleurs qui ont fait la renommée de la maison a fait office de bouée de sauvetage. Si elle dit ne pas avoir craint pour la survie de l'entreprise, la mise à pied des employés et les nuages qui pointaient à l'horizon n'avaient rien pour réjouir personne. L'entreprise a lancé ses masques au début avril, en même temps que les deux paliers de gouvernement ont affirmé que son port pouvait être un moyen efficace de lutter contre la contagion. Un hasard qui a engendré un engouement instantané. «On les fabriquait à mesure, je n'ai jamais autant travaillé en 17 ans», raconte Mme Trempe. Des équipes de couturières ont été engagées et on a fait du 7 jours sur 7 pendant deux mois, ne comptant pas les heures.

Marie-Claude Trempe, copropriétaire de Rien ne perd, tout se crée, dit ne jamais avoir autant travaillé que depuis que son entreprise s'est lancée dans la fabrication de couvre-visages.

Puis, les Québécois bénéficiant de beaucoup de temps libres, tout le monde s'est mis à en fabriquer. Les matériaux sont devenus difficiles à trouver et la demande s'est passablement calmée. Si bien, que l'on s'est retrouvé avec un surplus d'inventaires dont on a fini par croire qu’il ne trouverait pas preneurs. L'imposition du masque arrive donc à point, convient Mme Trempe, tandis que la demande a repris de plus belle. Elle affirme du même souffle qu'à tout choisir, elle préférerait de beaucoup voir la pandémie se résorber rapidement et devoir gérer un inventaire dont personne ne veut. Il faut dire que les activités de l'entreprise sont élaborées sur un calendrier bien réglé, où on lance les collections de vêtements au rythme des saisons. Or, tout a été bousculé et on doit se montrer créatif entre le nouveau pôle d'activité et les attentes de la clientèle avec qui une relation s'est installée au fil des ans. Malgré ce casse-tête, on retire beaucoup de fierté d'avoir réussi à s'inscrire dans la lutte à la pandémie par le biais d'un produit de fabrication québécoise. «Ça fait 17 ans qu'on a notre entreprise et on dirait qu'avec la crise, ça prend tout son sens», déclare ainsi Marie-Claude Trempe.

L'approche industrielle

À l'autre bout du spectre des modes de fabrication, Entreprise Prémont produit à Louiseville les masques à coup de millions par semaine. Créé en pleine pandémie, par le jumelage du savoir-faire d'entrepreneurs issus des mondes de la filtration et de l'électro-mécanique, le fabricant du Humask est engagé dans une croissance tous azimuts. Si tout allait déjà bien, l'imposition du port du masque a fait exploser le carnet de commandes. «On aurait eu besoin de 10 réceptionnistes cette semaine», relate Luc Girard, vice-président développement des affaires et chef produit de la jeune entreprise.

Le principal enjeu ici semble être de gérer la croissance. Des travaux sont en cours pour doubler la superficie de l'usine. Toutes les opérations sont automatisées, mais la dizaine de machines ne suffit pas à la demande. Si bien que pour l'instant une partie de la production est confiée à un sous-traitant qui fabrique les masques avec «la recette» que l'on a développée. On a commencé la semaine avec 80 employés pour terminer avec 94, raconte M. Girard. On ambitionne d'avoir une force de travail de 130 personnes d'ici quelques semaines et cinq machines sont en commande. Si tout va bien, on devrait être à même de tout produire à Louiseville même d'ici là, espère-t-on.

C'est un véritable départ canon qu'a connu l'entreprise. Des commandes ont tout de suite été passées par le CN et Rio Tinto, conférant au produit une aura de prestige et une crédibilité pour démarcher auprès de nouveaux clients, souligne M. Girard. Avec des commandes tant en industrie que dans la sphère de la santé les masques d'Entreprise Prémont doivent par ailleurs répondre à des normes strictes. On s'est ainsi adjoint les services d'un consultant ayant œuvré à Santé Canada pendant plus de 25 ans, se félicite ici M. Girard.

Dany Bergeron et Luc Girard, respectivement président et vice-président développement des affaires et chef produit d'Entreprise Prémont, qui fabrique des masques, misent sur l'innovation pour se démarquer.

Des recherches sont en cours pour arriver à produire un masque dont les différentes composantes seront biodégradables. Il est aussi question d'un masque translucide qui permettrait de lire sur les lèvres. Si l'excellence est le standard par lequel on entend faire sa marque, l'innovation semble être le véhicule avec lequel on compte soutenir la demande par-delà la pandémie. Une demande qui avoisine actuellement les 3 à 4 millions de masques par semaine, selon M. Girard.