En combinant cette mesure au droit compensatoire moyen de 19,88 pour cent annoncé en avril, les exportations canadiennes de bois de sciage sont maintenant frappées d'une taxe frontalière d'environ 27 pour cent.

Les travailleurs épargnés pour l'instant

Bien que les nouvelles sanctions à l'endroit du bois d'oeuvre canadien laissent l'industrie forestière sur le qui-vive, ses travailleurs ne devraient pas faire les frais de licenciements massifs à court terme.
Le portrait pourrait toutefois changer lorsque les autorités américaines auront pris leurs décisions définitives sur les droits punitifs plus tard cette année ou si les prix du bois chutent.
«C'est une tuile additionnelle qui nous tombe sur la tête», a affirmé mardi le directeur québécois du syndicat Unifor, Renaud Gagné, en commentant le droit antidumping préliminaire de 6,87 pour cent imposé la veille par le département américain du Commerce.
En combinant cette mesure au droit compensatoire moyen de 19,88 pour cent annoncé en avril, les exportations canadiennes de bois de sciage sont maintenant frappées d'une taxe frontalière d'environ 27 pour cent.
Cela n'empêchera pas le Canada de continuer de travailler avec Washington pour tenter de trouver un terrain d'entente, a affirmé le premier ministre Justin Trudeau, à Ottawa.
«À chaque fois, les tribunaux (commerciaux) finissent par nous donner raison et rejettent ces décisions américaines», a-t-il dit en conférence de presse, ajoutant qu'il s'attendait à un dénouement similaire dans la dispute actuelle.
Même si Québec et Ottawa ont prévu respectivement 300 et 867 millions $ pour épauler l'industrie forestière, «tout le monde est sur le qui-vive», affirme M. Gagné, qui souhaite que la dispute sur le bois d'oeuvre se règle d'ici la mi-août, avant que ne débute la renégociation de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA).
Unifor représente quelque 13 500 travailleurs du secteur forestier, soit environ deux fois moins par rapport à il y a une décennie.
Depuis avril, Produits forestiers Résolu (TSX:RFP) a réduit le nombre d'heures de travail dans sept de ses scieries en plus de retarder le début d'activités en forêt, ce qui a touché 1282 travailleurs. L'entreprise refuse de dire si elle compte prendre d'autres mesures similaires prochainement.
Selon le directeur québécois d'Unifor, certaines scieries pourraient profiter des vacances de leurs employés au cours de la saison estivale pour interrompre temporairement leurs activités afin de s'adapter aux conditions du marché.
Le Conference Board du Canada estime que les droits punitifs américains coûteront 1,7 milliard $ en un an aux producteurs canadiens et se traduiront par une réduction de 2200 emplois.
Pour le moment, au Québec, certaines entreprises semblent avoir les reins assez solides pour éviter les mises à pied.
«Nous allons faire preuve de résilience, a dit le porte-parole de Chantiers Chibougamau, Frédéric Verreault. À court terme, nous gardons le cap. C'est le message qu'on a lancé à nos employés.»
Le marché du bois d'oeuvre au sud de la frontière représente environ 40 pour cent des ventes de l'entreprise. Quelque 500 de ses 850 emplois sont également liés à ce secteur.
Malgré les sanctions du département du Commerce, l'appétit des Américains pour le bois de sciage canadien est rendez-vous et les prix demeurent élevés, a constaté M. Verreault.
De son côté, Raynald Martel, président de Groupe Martel, qui exploite une scierie de 25 employés à Alma, au Lac-Saint-Jean, ne s'inquiète pas pour la saison estivale, étant donné que l'entreprise n'exporte pas aux États-Unis.
Il y a toutefois un «gros point d'interrogation» à moyen terme, advenant que les droits punitifs à la frontière freinent les envois.
«Si on exporte moins de bois aux États-Unis, il va y en avoir plus au Québec et les prix vont baisser, a raconté M. Martel. C'est ce qui m'inquiète le plus. Pour le moment, puisque le prix du bois est élevé, on peut s'organiser.»
Au Nouveau-Brunswick, le président de l'association représentant les producteurs de bois d'oeuvre n'a pas caché son inquiétude à l'égard des droits punitifs totalisant près de 27 pour cent.
«Si le marché retourne à son niveau d'il y a deux ou trois ans, on ne peut que s'attendre à un ralentissement des activités», a expliqué Jérôme Pelletier au cours d'une entrevue téléphonique.
M. Pelletier, qui est également gestionnaire chez J.D. Irving, n'a toutefois pas voulu dire à quel moment les entreprises forestières pourraient agir de la sorte.
Entre-temps, le Nouveau-Brunswick souhaite le rétablissement de la traditionnelle exemption des mesures américaines sur le bois d'oeuvre dont ont bénéficié dans le passé les quatre provinces atlantiques.
D'ici la fin de l'été, Terre-Neuve-et-Labrador, l'Île-du-Prince-Édouard et la Nouvelle-Écosse devraient être épargnées, mais pas le Nouveau-Brunswick.