En raison de la situation actuelle reliée à la pandémie, les syndics sont appelés par le surintendant des faillites à être flexibles et créatifs pour répondre aux inquiétudes des dirigeants d’entreprises.
En raison de la situation actuelle reliée à la pandémie, les syndics sont appelés par le surintendant des faillites à être flexibles et créatifs pour répondre aux inquiétudes des dirigeants d’entreprises.

Les syndics commencent à recevoir des appels en lien avec la crise

TROIS-RIVIÈRES — Fermeture d’entreprises, licenciement collectif, attente de soutien gouvernemental, manque de liquidités: tous les éléments se mettent en place pour une tempête parfaite au plan économique. Et parmi ceux qui risquent de sentir les premiers effets financiers de cette crise de la COVID-19, il y a les syndics.

«Il commence à se mettre en place des processus d’activation de l’application de la loi pour être plus souple et répondre à la demande. On sent qu’on est comme à la veille d’une espèce de grosse tempête. Ça peut passer, on va sentir le vent, un peu d’humidité, un peu de fraîcheur. Souhaitons que ça va se limiter à ça. À défaut, on verra à fournir les efforts», confie Éric Pronovost, syndic autorisé en insolvabilité chez Roy Métivier Roberge.

Dans les dossiers déjà en cours, son bureau a reçu un certain nombre d’appels de personnes qui veulent suspendre leurs paiements. Dans le contexte, les syndics sont donc appelés par le surintendant des faillites à être flexibles et créatifs dans leurs solutions.

«Pour l’instant, on ne sent pas une augmentation de faillites ni de propositions. Mais c’est une période sombre. Il y aura beaucoup d’heures de travail», prédit M. Pronovost.

Malgré tout, jusqu’à présent, le nombre de nouveaux cas est plutôt restreint.

«On l’explique parce que les gens sont plutôt concentrés à faire face à autre chose, soit leur propre santé physique, ou ils essaient de jongler et de manœuvrer avec l’assurance-emploi qu’ils ont, la subvention gouvernementale qui est à venir ou des ententes qu’ils ont pu avoir avec leur employeur. Les gens pensent à autre chose présentement», a-t-il constaté.

Oui, toutefois, il y a bien quelques appels et «on devine que si la chose ne change pas rapidement, au mois de mai, au mois de juin, il va peut-être se passer quelque chose».

«Il y a peut-être des gens qui vont dire: nous allons faire faillite. Le surintendant a mis en place des balises pour que les syndics puissent dorénavant faire des évaluations de tout ce monde-là par vidéoconférence ou conférence téléphonique», explique M. Pronovost.

Pour sa part, le syndic autorisé en insolvabilité chez Lemieux, Nolet, Michel Belhumeur, confirme avoir reçu des appels de gens inquiets, en perte de revenus, mais qui ne sont pas nécessairement dans une mauvaise posture financière.

«Notre but premier, c’est de les rassurer parce que c’est mondial, tout le monde connaît la situation. On ose espérer que les créanciers vont être un peu plus tolérants. Ils n’ont pas intérêt à forcer trop la note pour risquer de tout perdre de leur bord. Évidemment, on reste prêt à agir si jamais il y a lieu de le faire, mais autant pour les consommateurs que pour les gens d’entreprises, c’est un peu la même situation», fait-il remarquer.

Malgré le stress de la situation, celui-ci invite les gens à ne pas paniquer. «À moins de circonstances exceptionnelles, ce n’est pas arrivé encore un cas où le gars me dit: écoute, le huissier est à la porte chez nous pour me saisir. Avant que ça arrive, ça va être pas mal long et il y a des chances que la situation se rétablisse», soutient M. Belhumeur.

«On n’a pas eu à agir drastiquement encore dans un cas. Il s’agit plutôt de rassurer les gens. L’autre côté, nos clients, évidemment, ont certains engagements à respecter également. On a eu des directives du surintendant des faillites de façon générale nous indiquant d’être le plus souple possible dans tout ça. C’est ce qu’on fait», a-t-il indiqué.

De son côté, le syndic autorisé en insolvabilité chez Houle Roy, Marc-André Houle, dit recevoir «un petit peu plus de questions pour du commercial» alors que certains disent déjà «qu’ils ne passeront pas au travers».

«Il va avoir aussi l’endettement, les commerces n’ont pas de break sur leur hypothèque, leur loyer. Un restaurant qui n’a pas de revenus en ce moment, je veux bien croire qu’il y a un petit break avec ses taxes, mais c’est sûr que ça va avoir des impacts», souligne-t-il.

Ce dernier est également d’avis que pour l’instant, les consommateurs ont des préoccupations qui sont plus basiques dans la pyramide des besoins, soit «essayer de s’assurer d’avoir de la bouffe et d’être capable de payer le loyer».

«Il y a des bonnes chances qu’on ait un éclatement des dettes de consommation. Il y en a eu de l’endettement. Malgré que ça allait super bien en économie, ça n’a pas vraiment baissé. Il va y avoir un ralentissement économique important et nécessairement, des impacts importants au niveau de l’insolvabilité et du nombre de dossiers», conclut M. Houle.