Claudia Dauphin, propriétaire du Lux Coiffure.

Les salons de coiffure dans une zone grise

TROIS-RIVIÈRES — Fermer ses portes ou demeurer ouvert alors que le gouvernement du Québec recommande à la population d’éviter de sortir de chez elle? C’est le dilemme auquel font face les salons de coiffure. À Trois-Rivières, plusieurs ont indiqué sur les réseaux sociaux qu’ils mettaient la clé sous la porte jusqu’à nouvel ordre. D’autres demeurent ouverts, mais prennent de nombreuses précautions pour éviter la propagation de la COVID-19.

Claudia Dauphin, propriétaire de Lux Coiffure, ne s’est pas posé la question trop longtemps. Puisqu’elle loue des chaises à d’autres coiffeuses, pratique courante dans ce milieu, elle n’a pas fermé complètement son salon. Mais d’ici à ce que la situation se calme, elle a préféré cesser de pratiquer son métier.

«J’ai beaucoup de clientèle qui a l’habitude d’aller dans le sud, alors commencer à gérer qui y est allé ou pas, non merci. Je suis entourée de personnes qui ont la santé fragile, mon père et ma mère, notamment. Pour leur sécurité, j’ai décidé de rester chez moi», indique-t-elle.

Une situation qu’elle a vécue récemment lui confirme que cette décision est judicieuse. Une de ses clientes habituelles est revenue récemment de voyage. Faisant fi de la consigne gouvernementale, qui demande aux voyageurs de s’isoler pendant deux semaines, elle s’est présentée dès son retour au salon Lux Coiffure. Le commerce était heureusement fermé lorsqu’elle est arrivée à la porte.

Une situation similaire est survenue au salon Lounge Coiffure. Un client s’y est présenté alors que le personnel savait qu’il revenait lui aussi d’un voyage.

«Une des coiffeuses lui a dit qu’on ne le servirait pas. Il s’est fâché et il a dit: ‘’je vais m’en rappeler’’», illustre Geneviève Collin, propriétaire du salon.

Cette dernière indique que son entreprise demeure ouverte, mais à personnel réduit. Les heures d’ouverture ont été modifiées en conséquence.

Des mesures supplémentaires ont également été prises : les gens doivent se laver les mains en arrivant au salon, chaque espace de travail est désinfecté entre chaque client et les employés mettent des gants. Bien entendu, les clients qui indiquent avoir voyagé au cours des 14 derniers jours sont refusés.

Le salon Lounge Coiffure du boulevard Jean-XXIII demeure ouvert, mais a pris certaines précautions pour éviter la propagation du coronavirus.

«Le gouvernement devrait les fermer»

La décision de fermer un salon de coiffure, comme toute entreprise, n’est pas une décision facile. Claudia Dauphin opère son salon de coiffure depuis octobre dernier. Les investissements qu’elle a dû faire ne sont donc pas encore amortis. Si aucune aide gouvernementale ne vient, elle pourrait préférer ne pas rouvrir son entreprise, ce qui signifierait la perte des 20 000 $ qu’elle a investis.

Par ailleurs, puisque le gouvernement n’a pas déclaré, à l’instar des bars, des cabanes à sucre et d’autres entreprises de divertissements, que les salons de coiffure devaient fermer leurs portes, elle craint de ne pas être indemnisée pour les pertes encourues.

«L’idéal, ce serait qu’il (le gouvernement) ferme les salons», croit-elle.

Pour assurer un revenu suffisant à sa famille, Mme Dauphin a d’ailleurs accepté un emploi chez Laboratoires Choisy, à Louiseville. Elle ne fait pas une croix pour autant sur son salon de coiffure... si des mesures sont mises en place pour limiter les pertes qu’elle subira.

Une pétition a d’ailleurs été lancée par quelques coiffeuses sur Internet, demandant au gouvernement d’exiger la fermeture des salons de beauté. Depuis dimanche soir, plus de 7500 signatures ont été obtenues.

«Nous sommes à proximité de notre clientèle, nous ne pouvons respecter la distance d’un mètre recommandée par notre gouvernement. […] Les voyageurs ne font pas tous leur devoir de citoyens, nous risquons d’être contaminés et de contaminer, alors nous demandons votre support afin de nous aider à éviter la propagation du COVID-19 et nous demandons une compensation pour les pertes de salaires encourues», peut-on lire dans la description de la pétition.

Pour le moment, les pertes financières n’inquiètent pas trop Geneviève Collin.

«Les circonstances ne sont pas faciles parce qu’on a beaucoup d’annulations, alors les revenus baissent. Ça va dépendre de combien de temps ça va durer. Pour deux semaines, je crois qu’on va être correct, j’ai mis de l’argent de côté. Mais j’espère qu’on va avoir de la compréhension des locateurs et du gouvernement», lance-t-elle.

Avec Judith Desmeules