De gauche à droite: Jean-Philippe Jacques, directeur d’Innofibre, Tarik Jabrane, titulaire de la nouvelle chaire de recherche et Louis Gendron, directeur général du Cégep de Trois-Rivières.

Les plastiques remplaçables par des produits cellulosiques: «Un remède contre l’écoanxiété»

Trois-Rivières — Du plastique partout dans les océans, des rivières de plastique dans plusieurs endroits dans le monde, des animaux morts d’avoir ingurgité nos déchets. Les images ébranlent le monde entier, mais un chercheur au Centre d’innovation des produits cellulosiques d’Innofibre, au Cégep de Trois-Rivières, Tarik Jabrane, est en train de développer une solution qui sera «le meilleur remède contre l’écoanxiété», dit-il et ce remède est issu de la forêt. Il ne s’agit pas d’une plante médicinale, mais plutôt de la simple cellulose des arbres et autres végétaux.

La nouvelle Chaire de recherche en écoconception pour une économie circulaire d’emballages en pâte cellulosique, dont il est le titulaire, a bon espoir de trouver les moyens techniques pour remplacer efficacement les plastiques à usage unique par des produits à base de cellulose qui sont entièrement compostables et bons pour la planète.

S’il en est un qui n’hésite pas à se loger parmi les nombreuses entreprises qui soutiennent financièrement ce projet très prometteur, c’est Dimitris Yannopoulos, copropriétaire du restaurant bien connu Le Grec, à Baie-Jolie. Cette entreprise familiale a fait une percée importante dans les épiceries avec sa sauce à salade. M. Yannopoulos rêve maintenant de faire la même chose avec sa pizza qui fait affluer les clients chez lui depuis des décennies. L’idée: vendre ses pizzas congelées sur une assiette de cuisson en fibres cellulosiques qui dégagerait, durant la cuisson, un délicieux arôme naturel de four à bois. Cette innovation, croit-il, permettra de se démarquer de la concurrence à l’épicerie. Les premiers essais sont un succès. Il reste quelques petits ajustements à faire avant de lancer prochainement le produit dans le commerce au détail. «C’est incroyable!», s’exclame le restaurateur, visiblement enchanté de cette innovation.

Sur une table, l’équipe de Tarik Jabrane a disposé, mercredi, lors de sa conférence de presse, une série de produits à base de cellulose pouvant remplacer les plastiques à usage unique. On y trouvait notamment des verres à café et leurs couvercles ayant une apparence presque identique à leur contrepartie en styromousse, tous faits de cellulose et tous compostables.

Le directeur du Cégep de Trois-Rivières, Louis Gendron, estime que c’est une chose de prendre les rues d’assaut comme des milliers de personnes l’ont fait en septembre dernier pour dénoncer l’urgence climatique, «mais aujourd’hui, c’est un geste concret», dit-il, qui apportera «des solutions concrètes qui contribueront à améliorer l’empreinte écologique et à stimuler l’économie du Québec et de la Mauricie par des partenariats porteurs.»

Le Cégep de Trois-Rivières a reçu plus d’un million $ du CRSNG pour cette Chaire et les entreprises partenaires ont dû investir la même somme pour les cinq prochaines années.

Jean-Philippe Jacques, directeur d’Innofibre, indique que cette toute première chaire de recherche pour Innofibre a été initiée avec des entreprises qui avaient des besoins. L’obtention de cette chaire «résulte d’un concours pancanadien très sollicité par les collèges. Nous sommes parmi les neuf lauréats», se réjouit-il.

De plus en plus, dans les restaurants, «on voit des verres qui sont compostables et des pailles en carton. Bien entendu, si on les laisse trop longtemps dans le jus, il y a un petit goût qui peut être désagréable. Justement, c’est un défi pour nous», indique M. Jacques. «La diversification des produits, c’est un facteur clé pour pérenniser nos emplois», fait valoir M. Jacques.

«Je dirais qu’aujourd’hui, la planète, c’est ce qu’on sauve par le développement de produits comme ça», plaide pour sa part Tarik Jabrane. «On agit, on trouve des solutions», raconte celui qui a rencontré, mercredi, ses partenaires de Nouvelle-Écosse, de Toronto et de Montréal pour discuter des projets en cours d’expérimentation. «La particularité de cette chaire, c’est qu’elle couvre toutes les chaînes de valeurs, de l’utilisateur final de la matière première jusqu’au manufacturier, pour pouvoir répondre aux questions pluridisciplinaires», dit-il.

Les équipements uniques dont dispose le centre Innofibre «donnent des perspectives de développement à l’industrie locale», dit-il. Bref, Innofibre a tout ce qu’il faut pour faire concurrence aux innovations développées dans les autres pays, assure le titulaire.

La Chaire développera une expertise canadienne dans le domaine du moulage et du thermoformage des fibres cellulosiques afin d’en faire des emballages destinés à la vente au détail. «On sent qu’on apporte une pierre à l’édifice», résume Tarik Jabrane.

Outre le restaurant Le Grec, les partenaires qui se sont joints à l’aventure sont Éco Entreprises Québec, Hygie Canada inc., Domtar inc., CKF inc., Pulp Moulding Dies inc. et Gesterra inc.