L’Association des microbrasseries du Québec regroupe plus de 250 brasseries.
L’Association des microbrasseries du Québec regroupe plus de 250 brasseries.

Les microbrasseries veulent livrer chez vous

TROIS-RIVIÈRES — On parle beaucoup d’achat local depuis le début de la crise. Deuxième produit d’appel du tourisme gourmand au Québec après les fromageries, les microbrasseries ont des solutions pour tenter de compenser les pertes financières provoquées par la fermeture des bars et des restaurants: elles aimeraient pouvoir livrer leurs bières à la porte des consommateurs.

«Il est grand temps que le gouvernement se réveille. Nous ne demandons pas d’argent, simplement un assouplissement des règles sur la distribution et la livraison d’alcool», témoigne la directrice générale de l’Association des microbrasseries du Québec, Marie-Ève Myrand, bien au fait de l’importance de ce secteur de l’économie en Mauricie.

À l’échelle provinciale, son regroupement défend les intérêts de plus de 250 brasseries et quelque 5000 emplois. Dans la région, la Route des brasseurs, de La Tuque à Bécancour en passant par Saint-Tite, Shawinigan, Saint-Alexis-des-Monts, Yamachiche, Trois-Rivières, Saint-Stanislas et Sainte-Anne-de-la-Pérade, permet de découvrir villes et villages en s’arrêtant au pub pour siroter une pinte.

Ces jours-ci, ceux qui brassent le font presque tous à petit régime. Sans surprise, on déplore plusieurs pertes d’emplois. La majorité des brasseries ont moins de cinq ans d’existence au Québec; une sur trois est établie dans une ville de 10 000 personnes ou moins.

«Elles servent de la bonne bière et font désormais partie du poumon de plusieurs municipalités, elles ont un impact économique positif. Les gens découvrent de plus en plus le Québec en visitant les microbrasseries, mais certaines sont fragiles à l’heure où l’on se parle.»

Se redéfinir et faire preuve d’agilité en temps de crise, ce n’est pas évident dans un secteur archi réglementé comme celui des alcools au Québec. Et ça ne date pas d’hier.

«Il y a une trentaine de lois. Certains vignerons peuvent livrer à domicile, les microbrasseries qui vendent des repas le peuvent également, mais pas ceux qui distribuent uniquement bouteilles et canettes», précise Marie-Ève Myrand.

Oui, épiceries et dépanneurs, pour la plupart, continuent à offrir des produits locaux. Le monde des alcools demeure un produit essentiel. Mais les habitudes des consommateurs changent, même s’ils sont nombreux à encourager les microbrasseries et à leur manifester leur amour.

«Une des barrières à l’achat de nos produits, c’est le prix, surtout en période de pandémie où l’insécurité financière s’installe. Les gens ont aussi moins le temps de flâner à l’épicerie en regardant les canettes, les bouteilles et les étiquettes. Il faut opérer, et vite!»

C’est donc dans «un carré de sable» limité que les brasseurs se démènent, au dire de Mme Myrand. «Ce qu’on demande, c’est de permettre, ne serait-ce que de façon temporaire, des changements aux lois sur la vente d’alcool. Le commerce en ligne est très populaire en ce moment, on pourrait en profiter. C’est extrêmement frustrant d’être mis de côté. Pourtant, quand on pense aux producteurs du coin, on pense aux microbrasseries, non? C’est paradoxal et ironique.»

Mme Myrand admet que cette frustration s’amplifie quand les brasseurs savent que la SAQ, en tant que société d’État, peut livrer à la porte. «Ça fait des lunes qu’on demande à avoir une fraction de ce privilège, en tant que producteurs. C’est deux poids, deux mesures. Nous avons les mains liées dans la crise.»

Que peut-on faire, donc, pour donner un coup de main à ces producteurs régionaux?

«Les encourager le plus possible! Ce sont des créateurs. Votre bière, elle n’a pas le même goût si vous encouragez quelqu’un de votre région. L’argent ne va pas dans une grande ville étrangère, elle reste chez vous.»