Pierre-Yves Amey du Gîte aux Orchidées.
Pierre-Yves Amey du Gîte aux Orchidées.

Les gîtes, grands oubliés: «On dirait qu’on nous balaie sous le tapis»

SHAWINIGAN — Alors que l’industrie touristique et de loisir se déconfine de plus en plus, les propriétaires de gîtes piaffent d’impatience de pouvoir de nouveau être opérationnels. Qui plus est, le Plan de relance de l’industrie touristique proposé par Québec pour plus de 750 M$ ne laisserait que des grenailles aux quelque 1000 gîtes québécois, dont une quarantaine en Mauricie.

Pour Pierre-Yves Amey, propriétaire du Gîte aux Orchidées situé sur le Chemin du Parc-National à Shawinigan, cette aide financière se traduira par un chèque d’un peu moins de 20 $, alors qu’il est présentement en train de manquer une grande partie de sa haute saison touristique. «C’est ridicule ce qu’on va recevoir», note-t-il.

En fait, ce qui a été prévu pour les gîtes à l’intérieur du plan de relance, c’est le remboursement de la taxe d’hébergement pour les mois de janvier à mars. Sur 750 M$, ce sont un peu moins de 300 000 $ qui reviendront aux gîtes partout au Québec, estime Pierre Robinette, propriétaire de gîte et président de Tourisme Memphrémagog, qui a notamment travaillé à présenter un plan de déconfinement des gîtes à la Santé publique il y a plus de dix jours maintenant. Un plan qui n’a toujours pas reçu de réponse, puisque les gîtes n’ont toujours pas l’autorisation d’ouvrir.

«Juste dans ma région, je sais déjà que quatre ou cinq gîtes vont fermer leurs portes, parce qu’ils ne peuvent plus supporter la pression financière. Et les propriétaires ne sont admissibles à aucune aide gouvernementale, à moins qu’on fasse des emprunts pour effectuer des travaux d’infrastructures. Mais nous sommes des gîtes, on ne va quand même pas investir pour faire des centres de congrès», image-t-il ironiquement.

«Il n’y a rien qui a bougé pour nous. On veut des aides concrètes, et on veut pouvoir ouvrir. On dirait qu’on nous balaie sous le tapis. On n’a pas l’impression d’être entendus en ce moment», résume Pierre-Yves Amey, qui envisage d’ouvrir 50% de ses chambres sans y servir le petit déjeuner, ce qui pourrait à tout le moins sauver une partie de la saison sans qu’il opère de façon illégale.

Ailleurs en Mauricie, des propriétaires de gîtes ont choisi de convertir leur espace en chalet à louer, histoire de ne pas tout perdre dans cet été qui s’annonce difficile pour eux si une réouverture ne survient pas rapidement.

«On meurt littéralement, et le gouvernement ne bouge pas. Par son inaction envers nous, il est en train de transformer des petits commerçants honnêtes en délinquants», résume Jeanne Charbonneau, propriétaire du Gîte du Lac-à-la-Tortue, qui a décidé de fonder un regroupement des propriétaires de gîtes pour pouvoir mieux se faire entendre.

Cette dernière indique que parce que son établissement était fermé cet hiver, elle ne touchera pas un seul sou de l’aide financière proposée par Québec, puisqu’elle n’a versé aucune taxe d’hébergement entre janvier et mars. Pour d’autres gîtes, ce remboursement pourrait se traduire par des montants aussi ridicules que 6$ ou 8$, note-t-elle.

«Selon les calculs qu’on a faits, les gîtes rapportent pas moins de 14 M$ à l’État en taxes par an au Québec. Mais on nous offre qu’une aide de 300 000 $, en plus de nous exclure de toutes les aides disponibles. Notre industrie représente l’équivalent de 60 hôtels de 50 employés chacun, mais on ne nous verse que 300 000 $ sur un plan d’aide de 740 millions», déplore Mme Charbonneau, qui confie qu'elle aurait aimé avoir plus de soutien de la part de l'Alliance de l'industrie touristique du Québec.

Appuis

À Tourisme Mauricie, on appuie complètement les demandes formulées par les gîtes. Le directeur général, Stéphane Boileau, estime qu’il est plus que temps que le gouvernement annonce leur réouverture.

«Je comprends que la situation n’est pas facile à gérer en ce moment, mais il y a aussi une logique à respecter. Quand on regarde tout ce qui a été rouvert, qu’on permet des rassemblements intérieurs de 50 personnes, ce n’est pas normal que les gîtes ne soient pas encore ouverts. Ils ont la possibilité pour la très grande majorité d’aménager les espaces afin de respecter les mesures sanitaires et de pouvoir en partie sauver leur saison touristique. Il va falloir que quelque chose se passe», considère Stéphane Boileau.

Ce dernier insiste pour dire que son organisme poursuit les représentations à l’interne en ce sens. Des rencontres doivent d’ailleurs avoir lieu ce vendredi au sujet des gîtes. Il espère pouvoir obtenir des nouvelles encourageantes.