Le temps des sucres arrive à grands pas.

Les érables coulent déjà

Saint-Prosper-de-Champlain — Le redoux que connaît la région, cette semaine, exerce une influence indéniable sur certaines productions érablières.

À Saint-Prosper-de-Champlain, la cabane à sucre Ginette et Marcel Leblanc a connu une première coulée, le 20 février.

«On a fini d’entailler en fin de semaine» (les 17 et 18 février), indique Mme Leblanc. Cette première coulée a été jetée, dit-elle, car elle permet de nettoyer la tubulure et permet aussi d’identifier quelques ravages faits par les écureuils durant l’hiver.

Par la suite, cette cabane à sucre captera toute la sève que ses érables lui fourniront en février si d’autres redoux surviennent, comme ça devrait d’ailleurs être le cas dès la semaine prochaine si l’on se fie aux prévisions d’Environnement Canada.

Le même phénomène est observé à l’Érablière Prince de Saint-Wenceslas. «Ça coule assez pour faire du sirop», indique Fanny Prince.

L’an dernier aussi, un redoux survenu en février avait permis à quelques érablières de capter une quantité intéressante d’eau d’érable beaucoup plus tôt que prévu.

Le président du Syndicat des producteurs acéricoles de la Mauricie, Éric Bouchard, constate qu’avec les changements climatiques, ce genre de situation se présente de plus en plus souvent. «Habituellement, ça se passe à la mi-mars et certaines années, c’est plus tard. Maintenant, ça arrive que déjà, en janvier, les producteurs commencent à se préparer», dit-il.

Quoi qu’il en soit, les clients réservent déjà leur place, surtout pour la fin de semaine de Pâques qui est toujours le week-end le plus achalandé de toute la saison des sucres. Cette année, Pâques arrive tôt, soit le 1er avril.

Chez les Leblanc, les repas à la cabane seront servis à partir du 17 mars.

À la Cabane à sucre du Boisé, dans le secteur Saint-Louis-de-France, il n’y a pas eu de coulée encore.

«Le pied des arbres n’est pas encore dégagé», explique le propriétaire, Robert Dufresne. C’est une condition importante, dit-il, qui favorise la production de l’eau d’érable. Au cours des prochains jours, les températures pourraient être favorables puisqu’elles seront souvent près ou au-dessus de 0 °C, le jour et sous zéro la nuit. Éric Bouchard estime que ce seront là des conditions idéales pour la montée de la sève. «Ça prend du gel-dégel», rappelle-t-il.

Beau temps, mauvais temps, les premiers repas seront servis à partir du 4 mars à la Cabane à sucre du Boisé, et ce, jusqu’au 30 avril, comme à chaque année. «Il y a beaucoup de demandes», fait valoir Robert Dufresne.

À Yamachiche, la ferme biologique Le Crépuscule amorcera ses repas le 15 mars et les réservations commencent déjà à entrer depuis la semaine dernière. Pour l’instant, il n’est pas question de cueillette d’eau d’érable, et ce, que les érables coulent ou pas. Depuis sa création, en 1995, la ferme a en effet choisi de travailler à l’ancienne. L’eau coule dans des chaudières et on fait la cueillette à l’aide d’un cheval, comme autrefois. «Il est trop tôt pour mettre les chaudières», assure le propriétaire, Jean-Pierre Clavet. Elles pourraient se remplir de neige s’il y a une tempête, fait-il valoir et «les entailles vont sécher plus vite si on les fait trop tôt parce qu’à la chaudière, il y a de l’air, contrairement aux tubulures» explique-t-il, fort de ses expériences passées.

La saison des sucres a été officiellement lancée à Québec, le 20 février. Selon la Presse canadienne, les producteurs ont vendu plus de 118 millions de livres de sirop en 2017. Les ventes ont connu une hausse de 100 % sur sept ans.

C’est fort heureux puisque les producteurs qui font du vrac sont confrontés à de nouvelles exigences en matière d’équipements, donc à des investissements importants, depuis la signature d’une entente avec la Californie visant à diminuer le taux de plomb dans le sirop d’érable, et ce, même si ce dernier répond aux normes québécoises et canadiennes, indique la Fédération des producteurs acéricoles du Québec. La norme californienne est en effet 23 fois moins élevée qu’ici.

Les producteurs ont jusqu’en 2020 pour se conformer.

La Fédération rappelle que la réserve stratégique mondiale de sirop d’érable comptait 100 millions de livres de sirop typique et industriel, en date du 31 juillet dernier, soit 174 000 barils. C’est le résultat de deux années consécutives de records de production. La saison 2018 sera-t-elle aussi généreuse? Seule mère Nature connaît la réponse.

Le nombre de producteurs est d’ailleurs en hausse, en Mauricie, indique M. Bouchard. On en compte maintenant 110 qui détiennent un contingent de production pour le vrac et la vente dans les supermarchés. C’est sans compter toutes les petites cabanes à sucre familiales, dit-il, dont le nombre n’est pas connu avec précision.