Les agriculteurs doivent maintenant réduire leur production de lait

La demande de lait en épicerie a explosé, dans les deux dernières semaines, poussant les agriculteurs à hausser leur production en mars. L’enthousiasme a cependant été précipité, laissant l’industrie laitière québécoise avec des surplus allant de 2 à 3 millions de litres cette semaine.

C’est que même si la demande a littéralement bondi chez les particuliers, celle des restaurants, du secteur hôtelier et des institutions a dramatiquement chuté. Ce marché représente près de 35 % des parts, pointe le président de la Fédération des producteurs de lait, section Saguenay-Lac-Saint-Jean, Daniel Gobeil. Environ 65 millions de litres de lait sont produits hebdomadairement au Québec.

« Dans les deux dernières semaines de mars, on a en effet produit une journée additionnelle, parce qu’on avait une hausse de la demande venant des transformateurs. Mais une semaine plus tard, on parle maintenant de coupes. Il y a en effet eu une hausse de la demande dans certains marchés, mais avec la fermeture des écoles, restaurants et hôtels, on perd une bonne part de marché. La demande s’est déplacée en épicerie, mais ça représente quand même moins au total », explique M. Gobeil.

Avec un inventaire à écouler et pour éviter que le même scénario ne se reproduise au cours des prochaines semaines, la Fédération demande aux agriculteurs de réduire leur production de lait.

« C’est un défi, parce que les animaux n’ont pas de robinet. Mais on peut faire des choses, par exemple donner un congé plus long à certaines vaches, ne pas les traire tous les jours. Chaque producteur doit faire sa part », insiste-t-il.

Pour les surplus des derniers jours, une bonne partie a été envoyée aux banques alimentaires. Si le problème des surplus persiste, par exemple avec une baisse de la consommation de lait en épicerie, les agriculteurs vont demander un soutien financier à Québec pour éviter de « jeter du lait ».

« Notre but est de ne pas perdre ce lait. Mais si on a des surplus encore, ça va prendre de l’aide pour transformer le produit. On ne pourra pas payer pour en donner aux banques alimentaires longtemps », indique M. Gobeil.

Dans toute cette crise, toutefois, l’industrie admet se sentir plus protégée que d’autres, avec le système gestion de l’offre et la demande, qui régit également la volaille et les oeufs.

« Ça nous sécurise, évidemment, d’être sous la gestion de l’offre avec cette crise. C’est la beauté de la chose. On est plus près des besoins et on n’exporte pas. Les gens vont aussi se rendre compte de l’importance de protéger l’industrie alimentaire d’ici », constate Daniel Gobeil.