Réunion au coeur de la microbrasserie intelligente! De gauche à droite, on reconnaît Bertrand Gauvreau et Sylvie Rioux, propriétaires d'Andromédia Technologies, en compagnie du maire de Shawinigan, Michel Angers, et du copropriétaire du Trou du diable, Isaac Tremblay.

Le Trou du diable dans l'ère 4.0

Sans les capteurs intelligents installés à l'usine dans l'ancienne Wabasso, les employés du Trou du diable auraient passé une partie de leur journée de dimanche à nettoyer le plancher.
Grâce à l'expertise d'Andromédia Technologies, la microbrasserie est entrée dans l'ère industrielle 4.0, ce qui lui permet de suivre sa production en temps réel et de réagir rapidement au moindre pépin.
Les grandes lignes de ce projet pilote ont été présentées mardi après-midi, à la Shop du Trou du diable sur l'avenue de la Station. Bertrand Gauvreau et Sylvie Rioux, propriétaires d'Andromédia Technologies, semblaient bien fiers de dévoiler le fruit de cette collaboration.
Le couple avait présenté son idée en novembre dernier, au DigiHub. Andromédia Technologies propose des solutions pour rendre une usine intelligente en adoptant des solutions numériques pour que les outils et les machines connectés à Internet travaillent pour simplifier le quotidien des gestionnaires.
Les entrepreneurs avaient annoncé leur ambition de transformer le milieu industriel, l'automne dernier. Mais à ce moment, ils ne se doutaient pas encore que leur usine pilote serait située sous leurs pieds, à la Shop du Trou du diable.
Le contact s'est établi en décembre. Isaac Tremblay, président et directeur du développement des affaires à la microbrasserie, ne cache pas qu'au départ, il demandait à être convaincu.
«Est-ce que j'avais des réticences?», questionne-t-il. «Bien sûr, comme toute entreprise qui se fait offrir quelque chose dont elle pense ne pas avoir besoin! Mais on a fini avec un système où tout est contrôlé au même endroit, tout est fait automatiquement.»
En fait, des capteurs intelligents ont été installés sur des équipements. Ils mesurent, en temps réel, toutes les données importantes du système de traitement des eaux, qui sont envoyées ensuite à l'équipe de production. Étant donné que la microbrasserie doit suivre des normes de qualité et de quantité de rejets très strictes, ces informations facilitent leur respect.
Des capteurs de pH, de température, de débit et de niveau sont installés sur les équipements. Ils permettent de suivre la production en temps réel, de sorte que la moindre anomalie est signalée instantanément par texto ou courriel.
C'est justement ce qui s'est produit le week-end dernier.
«Une sonde de haut niveau a mal fonctionné et la cuve s'est mise à déborder», raconte M. Tremblay. «J'ai un technicien qui a reçu un beau texto à 2 h du matin (dans la nuit de samedi à dimanche). Il s'est déplacé à l'usine et a pu arrêter le système et repartir ça. Sinon, on aurait vu ça dimanche et on aurait eu un beau gros dégât à ramasser.»
Pour le moment, M. Tremblay estime l'investissement à une dizaine de milliers de dollars.
«Quelle est la valeur de la quiétude d'esprit?», demande-t-il. «Il faut aussi tenir compte du fardeau administratif. Le fait de mettre un employé en charge, de vérifier chaque jour, manuellement, de tenir un registre. Là, je sais que ça se fait tout seul.»
Intérêt
La Ville de Shawinigan suit de très près l'évolution de ce procédé industriel en instance de brevet. Le maire, Michel Angers, ne cache pas qu'il souhaite que les nouvelles usines d'approvisionnement en eau potable entrent aussi dans l'ère 4.0.
«L'objectif ultime est de protéger notre population en temps réel», indique M. Angers. «Comme les usines ne sont pas encore construites, Andromédia pourra rencontrer notre équipe technique pour regarder les opportunités pour nous. Peut-être y aura-t-il des coûts supplémentaires, mais on gagnera en efficacité.»
Comme le milieu industriel, les municipalités représentent des partenaires de développement fort prometteurs pour Andromédia Technologies.
«On pense qu'il y a un énorme potentiel pour nous», confie M. Gauvreau. «On vise un marché d'usines. Les municipalités en ont aussi!»
L'homme d'affaires reconnaît qu'il reste beaucoup de sensibilisation à faire avant qu'Andromédia Technologies nage dans les mandats. Sa vision est guidée par une image révélatrice.
«Nous avons non seulement le rôle de fournir des machines, mais aussi d'informer nos clients du potentiel que ça représente», explique-t-il.
«Tant que les gens ne le voient pas, ils ne savent pas qu'ils en ont besoin. C'est exactement comme le téléphone intelligent. Avant que Steve Jobs présente le premier iPhone et dise aux gens ce dont ils allaient avoir besoin dans les prochaines années, personne ne savait que ça existait. Ça vient à force d'en parler, de démontrer. On se sent investi d'une mission, celle de faire évoluer le milieu industriel au Québec.»