Geneviève Boivin, directrice de Tourisme Mauricie, fut la première conférencière du sommet.

Le tourisme des champignons sauvages

Trois-Rivières — On aime se rendre en nature pour marcher, pour faire du rafting, du kayak ou du camping. Pourquoi ne pas en profiter, en même temps, pour aller cueillir des champignons sous la supervision d’experts? Dans plusieurs pays européens, ce type d’activité est non seulement populaire, mais très structurée au point où l’on parle de regroupements de forêts privées, de gestion durable du produit, de services spécialisés, de quantités limitées par personne, de permis pour un jour de cueillette en famille ou de permis pour une cueillette commerciale.

Les champignons forestiers sont en train d’accéder peu à peu au rang de produit touristique, au Québec, comme c’est le cas dans de nombreux pays. C’est pourquoi la filière mycologique de la Mauricie a tenu, jeudi avec ses partenaires, le tout premier Sommet du mycotourisme au Québec.

L’événement, qui se déroulait à l’Université du Québec à Trois-Rivières, un des partenaires du projet, a attiré plus d’une centaine de participants représentant 68 organisations en provenance de 13 régions du Québec. Restaurateurs, propriétaires forestiers, représentants du ministère des Ressources naturelles, du Mapaq, élus municipaux et organismes de développement écologique ou culturel ont répondu à l’invitation, non seulement pour entendre les conférenciers, mais également pour prendre part à des ateliers qui permettront de structurer ce tourisme émergent.

Tout est à faire, au Québec, dans ce domaine.

Comme l’a expliqué le coordonnateur de la Filière mycologique de la Mauricie, Patrick Lupien, les régions sont invitées à se désigner un porteur de dossier, à se créer une table de concertation et à faire l’inventaire des ressources mycologiques: experts mycologues, auteurs d’ouvrages sur les champignons, propriétaires forestiers intéressés à ouvrir leurs portes à la cueillette, transformateurs, restaurateurs et chercheurs.

Patrick Lupien a invité les gens intéressés à développer la filière mycotouristique à définir leurs particularités régionales, car il existe en effet des espèces qui sont plus abondantes dans certaines régions du Québec que dans d’autres.

Le coordonnateur de la Filière indique que le mycotourisme, du moins pour l’instant, se développe mieux en offre combinée, c’est-à-dire que les gens n’iront pas nécessairement en forêt juste pour prendre part à une activité de cueillette de champignons.

Ils y vont pour faire de l’équitation en sentiers forestiers, pour y faire des sports aquatiques ou de la marche, par exemple. Les entreprises qui veulent générer du mycotourisme ont donc avantage à se mailler avec ces entreprises ou organismes qui organisent des activités de plein air afin d’intégrer la cueillette de champignons à l’offre touristique.

L’économiste François de Grandpré, professeur au département d’études en loisirs, culture et tourisme à l’UQTR, s’intéresse de près à cette forme émergente de tourisme forestier.

Il constate d’ailleurs que le mycotourisme peut s’arrimer à une foule d’autres types de tourisme, qu’il s’agisse de tourisme gourmand, de tourisme d’aventure, de récréotourisme, d’écotourisme ou d’agrotourisme.

Les organisateurs du premier sommet ont profité de cette journée pour recueillir des informations, sous forme d’ateliers, qui permettront de mieux connaître les enjeux sur lesquels il faut avancer afin de structurer le mycotourisme au Québec.

La question de la qualification et de la certification des guides mycologues, la réglementation, les assurances, la marque de qualité, la sécurité en contexte de plein air et la promotion sont autant d’éléments qui ont été discutés entre les intervenants tout au long de la journée.

Les organisations de promotion du mycotourisme devront, pour se développer, faire l’inventaire de leur clientèle et se doter éventuellement d’une image de marque et d’un plan de communication, plaide M. Lupien.

Comme le fait valoir l’agronome Louis Lefebvre de l’organisme Adapterre, l’humain s’est beaucoup éloigné de la nature, depuis quelques années, mais il ressent également un grand besoin d’y faire un retour, même si certaines craintes envers la nature sont bien ancrées.

Or, la mycologie, estime-t-il, peut devenir un vecteur pour faire tomber les barrières.

Louis Lefebvre indique également que dans les pays où le mycotourisme est bien implanté, on voit à limiter les conflits d’usages pouvant survenir, par exemple, entre les chasseurs et les cueilleurs ou avec les propriétaires forestiers et les randonneurs avec qui les cueilleurs vont partager la forêt. «Il faut encadrer la croissance», prévient M. Lefebvre.

Les participants à ce premier colloque ont été invités par le professeur De Grandpré à remplir un questionnaire.

Ce dernier veut en effet déterminer si le mycotourisme pourrait devenir un produit d’appel primaire, c’est-à-dire que des touristes pourraient décider de se déplacer dans l’unique but de venir participer à une activité mycologique.

Chose certaine, insiste le chercheur, il faut déterminer quelles sont les attentes des visiteurs qui choisissent le mycotourisme afin de s’assurer que leur expérience leur apporte une bonne satisfaction.