Nicolas Boivin, fiscaliste et professeur à l'UQTR, croit que la relation difficile des gens avec l'argent dépend d'un manque de culture financière.

Le temps d'une dette, dette, dette...

Pas moins de 87 % des Canadiens vivent de paie en paie. Ils ont tout juste assez d'argent pour boucler leur budget ou, pire encore, leurs revenus sont insuffisants pour couvrir leurs dépenses et ils s'endettent, signale le professeur Nicolas Boivin du département des sciences comptables de l'UQTR, citant une donnée de l'Association canadienne de la paie qui inclut les personnes ayant de maigres épargnes, soit moins de 5 % de leur revenu annuel.
En résumé, dit-il, 87 % des Canadiens ne sont pas de grands épargnants ou n'ont tout simplement pas la capacité de l'être. Alors que certains ont des revenus nettement insuffisants, d'autres dépensent de manière pathologique. «Ils font des achats impulsifs et comblent des pulsions», dit-il.
«Mais ça n'explique pas tout», croit le fiscaliste. Dans bien des cas, cette relation difficile avec l'argent dépend simplement d'un manque de culture financière.
«Entre autres, on a une génération de jeunes qui a été sacrifiée à l'école du fait qu'ils n'ont pas eu d'éducation financière», dit-il. Cette formation est disparue depuis une quinzaine d'années, mais réapparaîtra fort heureusement au Québec en 2017.
Il n'y a pas si longtemps encore, dit-il, le monde financier «n'était pas si compliqué que ça. Nos parents nous influençaient aussi. Ils étaient de la génération qui mettait de l'argent de côté», dit-il. «Ça s'est perdu et les gens n'ont plus d'éducation financière», dit-il.
Les gens sont donc moins bien outillés, «mais le monde de la consommation, lui, s'est raffiné», constate le professeur Boivin. «Je trouve qu'ils sont dans une jungle face à des experts qui veulent les faire consommer, des stratèges professionnels en matière de psychologie du consommateur. Le discours est rodé pour piéger ces gens», constate-t-il avec horreur.
Par exemple, «on ne parle que de mensualités maintenant, chaque fois qu'on veut acheter un bien, on n'est même plus capable de savoir combien il coûte. Tout est ramené à la mensualité. Quand tu vis d'une paie à l'autre, tu veux savoir le montant par mois qui va être pris dans ton compte de banque.»
Or, «c'est un piège», assure le professeur Boivin.
«Je pourrais vous vendre un avion à 300 $ par mois. Je peux tout vous vendre à 300 $ par mois. Je n'ai qu'à étirer le terme. Je vais vous le ramener à la mensualité que vous avez envie de payer», dit-il.
«Mais ce n'est pas ça qu'il faut savoir», dit-il. «Il faut savoir vous, quel genre d'actif vous êtes capable de vous acheter et à quel prix vous êtes capable de vous l'acheter. Il faut faire un budget», dit-il.
Même si les commerces assurent que tel produit est vendu par mensualités sans intérêts, «on se rend compte que si l'on offre de payer au complet, on aura un rabais. C'est comme si l'intérêt était inclus dans le prix», dit-il.
Le temps des Fêtes multiplie les occasions de dépenser son revenu et le portefeuille est souvent sacrifié sur l'autel de la consommation. 
«C'est tellement facile de consommer son revenu, peu importe le niveau de revenu qu'on a. Si l'on n'a pas de ligne directrice, si l'on achète le discours de tout le monde, notre paie peut être flambée dans la consommation très rapidement», indique le professeur Boivin. C'est ainsi que, sans même s'en rendre compte et tout en faisant un bon salaire, une personne peut dépenser plus qu'elle gagne.
Le taux d'endettement des Canadiens avait atteint 165,3 %, au début de 2016.
Cette situation a de l'impact sur tout le monde, même sur ceux et celles qui ont des finances saines et sans dettes. 
«Collectivement, on est tous responsables des malheurs de tous et chacun», rappelle Nicolas Boivin. «Il y a un filet social minimum», rappelle-t-il. Quand les gens n'arrivent plus, «on ne les laisse pas mourir. On les supporte, ces gens-là», rappelle-t-il. Si la Loi sur la faillite les libère de leurs dettes, «ce sont les commerçants qui écopent et ils nous refilent la facture. C'est comme la santé», dit-il. «Ça a des coûts pour tout le monde.»
Le meilleur outil pour s'assurer d'une bonne santé financière, assure le professeur Boivin, c'est de faire un budget. 
«On voit tout de suite qu'il y a trop de dépenses par rapport aux revenus et l'on s'ajuste», explique-t-il.
Et pour ceux qui croient qu'il est inutile d'économiser parce que les taux d'intérêt sont trop bas, M. Boivin répond qu'un écureuil qui ramasse des noix pour l'hiver ne se soucie pas des taux d'intérêt.