Le conseiller stratégique chez Deloitte, Louis Duhamel.
Le conseiller stratégique chez Deloitte, Louis Duhamel.

Le secteur manufacturier et les nouvelles réalités post-pandémie: «La carte maîtresse de la reprise économique»

Marc Rochette
Marc Rochette
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Lors de la grande tournée manufacturière de la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) qui s’est arrêtée virtuellement lundi à la Chambre de commerce et d’industries de Trois-Rivières (CCITR), les représentants de Deloitte ont affirmé que «le secteur manufacturier demeure la carte maîtresse de la reprise économique», d’autant plus qu’il constitue le premier contributeur au PIB et aux exportations du Québec.

«Jamais le secteur manufacturier n’a eu autant d’importance, notamment de la part du gouvernement puisqu’on parle maintenant d’un concept qui s’appelle la souveraineté manufacturière», a relevé le conseiller stratégique chez Deloitte, Louis Duhamel.

Celui-ci ne cache pas que les impacts de la COVID-19 sur l’économie du Québec peuvent s’avérer décourageants avec une hausse du taux de chômage et une baisse du revenu disponible, de la demande intérieure, de l’exportation et du PIB.

«Deux choses qui vont devoir être surveillées de très près dans les mois à venir, c’est la reprise à la demande intérieure et celle des exportations internationales du Québec. On veut être sûr que le ministre de l’Économie aura ces deux éléments-là sur son écran radar », a souligné celui pour qui le facteur clé de la reprise sera la confiance.

À son avis, plusieurs secteurs économiques vont devoir être surveillés plus étroitement «parce qu’ils sont les champions de l’exportation, ont une masse critique très importante à l’économie du Québec et génèrent beaucoup d’emplois».

Le coprésident du comité Manufacturier, innovation et exportation de la FCCQ a d’abord évoqué la fabrication de produits aérospatiaux et de pièces «qui dépend de la reprise du secteur aérien et de nos habitudes de voyagement en sortie de crise». «On a toutes les raisons d’être fortement préoccupé. On va suivre ce secteur-là de très près», a-t-il fait savoir.

Selon lui, le papier avec l’emballage carton demeurera un rouage important du commerce en ligne «qui est en forte hausse». «Les produits du bois seront nécessaires pour la reprise du secteur de la construction. La fabrication de produits chimiques, notamment les produits sanitaires et pharmaceutiques, va continuer d’être sollicitée», a ajouté M. Duhamel.

Par ailleurs, il note que le secteur du textile et des produits textiles, «qu’on avait presque oublié au Québec», aura joué un rôle de premier plan avec ses textiles techniques et sanitaires en fabriquant des blouses et des masques. «Cela nous a permis d’assurer une certaine souveraineté sanitaire durant la crise. Ce secteur devrait bien s’en tirer», prédit celui qui a aussi parlé de la fabrication de produits métalliques.

Avènement d’un nouveau monde géopolitique, chaînes d’approvisionnement écourtées, équilibre recherché entre l’achat local et le respect des accords de libre-échange, mesures sanitaires permanentes, télétravail, État plus interventionniste: voilà autant de tendances à surveiller d’après le spécialiste.

Quant aux tendances lourdes qui disparaissent, M. Duhamel identifie la fin de la pénurie de main-d’œuvre, de l’hégémonie de la production juste à temps, de l’attentisme envers l’automatisation et la transition numérique, de l’insouciance des entreprises sans plan B, de l’absence des communications internes et externes.

Dressant la liste des 12 transitions au temps de la COVID-19, le stratège d’affaires chez Deloitte, Antoine Audy-Julien met l’accent sur la transition communicationnelle et préventive qui, dans ce dernier cas, se traduit par la mise en place des meilleures pratiques de gestion de risques.

Outre la transition technologique, qui est au cœur des impératifs du manufacturier au Québec, et la transition générationnelle, dont la lenteur met à risque la survie de l’entreprise, il signale la transition matérielle, avec cet engouement pour les matériaux durables et sanitaires.

«On est dans une crise qui est sans précédent, mais le fait que Kruger Biomatériaux soit supporté par une grande entreprise familiale comme Kruger, on a perçu ça comme étant un moyen d’accélérer le développement des applications. On a mis les bouchées doubles. On va réussir à sortir de cette crise-là gagnant par rapport à la compétition. Il ne faut pas tomber en mode léthargique», a témoigné le vice-président Développement durable et Biomatériaux, Maxime Cossette.

Pour la présidente de la CCI3R, Johanne Hinse, la grande tournée manufacturière virtuelle des chambres de commerce aura permis aux membres de la communauté d’affaires d’entendre et d’échanger sur les éventuels impacts et conséquences de ces nouvelles transitions sur les entreprises manufacturières.

«Cet événement a permis aux entreprises manufacturières de la région de Trois-Rivières de recueillir les outils nécessaires et de discuter autour des meilleures pratiques pour assurer la reprise de leurs activités», a-t-elle conclu.