On serait porté à croire que le safran est une épice exotique qui pousse dans des pays chauds comme l'Inde, mais apparemment, le crocus sativus, de son nom latin, s'adapte très bien aux milieux plus froids.

Le Québec s'intéresse à la culture du safran

Ils étaient environ 120 participants à Trois-Rivières, mercredi, producteurs et aspirants producteurs de safran des quatre coins du Québec, à venir prendre des informations à l'occasion de la Journée safran 2017 organisée par le MAPAQ et le Centre d'expertise en horticulture ornementale du Québec.
Christian Michel Lachaud, spécialiste de la culture du safran, est venu de France pour donner une formation.
On serait porté à croire que le safran est une épice exotique qui pousse dans des pays chauds comme l'Inde, mais apparemment, le crocus sativus, de son nom latin, s'adapte très bien aux milieux plus froids.
«On a l'impression que c'est quelque chose d'oriental, le safran, alors qu'à l'origine, c'est européen», explique Christian Michel Lachaud, un expert venu de France pour offrir une formation aux producteurs qui veulent se lancer dans ce type de culture au Québec. Il fut même un temps où on l'a cultivé dans la partie sud de l'Angleterre, rappelle-t-il. 
«C'est une plante méditerranéenne, mais de montagne, qui aime bien les températures hivernales assez fraîches et qui va dans les zones de rusticité jusqu'à 7 ou 8 voire 10», dit-il.
Il existe environ 25 producteurs de safran au Québec, dont près d'une demi-douzaine en Mauricie et au Centre-du-Québec, qui semblent bien aller malgré notre climat rigoureux.
Ce que le safran n'aime pas, en fait, c'est l'humidité qui accable le Québec en été. Les producteurs devront donc trouver des moyens de contourner ce problème.
Guy-Anne Landry a commencé à suivre scientifiquement des safranières au Québec depuis 2013. Cette agronome de la direction régionale du MAPAQ indique qu'il existe «encore beaucoup d'interrogations par rapport à cette production dans le long terme. On vient, aujourd'hui, mettre les bases sur cette production-là», dit-elle.
Cette dernière estime que la plante peut tolérer des zones de rusticité de 5 ou 6 parce que «ce qui nous aide, c'est le couvert de neige», explique-t-elle. Il existerait différentes techniques, aussi, comme la culture hors sol, pouvant faciliter la production.
La magnifique fleur de safran aux parfums délectables sort en automne et c'est le pistil de cette fleur qui représente la partie épicée recherchée. La croissance de la plante semble se poursuivre même dans la neige, en novembre, raconte Mme Landry qui n'y croyait pas avant de l'avoir vu de ses yeux.
Elle a constaté que des plants ont continué à pousser sous la neige. «Au printemps, on a creusé sous la neige et la plante avait poussé d'un bon 10 cm», raconte-t-elle.
Ce safran résilient est de la même famille que les crocus ornementaux qu'on cultive au printemps ici. «On récolte la fleur quotidiennement en automne pendant un mois ou plus», indique Mme Landry. Par la suite, il faut séparer le pistil des pétales, un processus qui se fait manuellement pour l'instant. 
«C'est ce qui fait que c'est une épice très valorisée», ajoute Caroline Martineau, coordonnatrice de la Journée safran 2017 pour l'IQDHO. Les pistils sont séchés au four ou à l'air libre. Ils doivent perdre 80 % de leur eau, précise Mme Landry.
La propagation se fait par les cormes mères qui sont présentement importés d'Europe et qui produisent des bulbilles, ou cormes filles.
«C'est cette partie-là qui nous manque au Québec. En combien de temps vont-ils atteindre, sous nos conditions climatiques, un grade assez gros pour pouvoir fleurir? Il faut 8 cm de circonférence pour pouvoir fleurir», explique Mme Landry.
«On n'a pas d'historique à long terme et on n'a pas de suivi très précis des cormes qui se sont développés au champ», précise-t-elle. Des projets de recherche ont donc été mis en place, indique l'agronome.
«Il y a un potentiel», constate Christian Michel Lachaud en voyant ce qui se passe dans les productions québécoises émergentes. Quant à la qualité des productions québécoises, «c'est un petit peu comme les vins. Ça va dépendre du terroir, de la manière dont vous travaillez la matière première, aussi, avec l'émondage, le séchage et la conservation. En France, on arrive à faire des safrans de très bonne qualité», dit-il.
S'il est démontré que cette production émergente a de bonnes chances de succès, restera à développer sa mise en marché. Il est d'ailleurs question de créer une filière, c'est-à-dire une association ou une coopérative, au Québec, de tous ces petits producteurs.
Présentement, la vente se fait en ligne ou dans de petits marchés, mais ces producteurs sont en compétition internationale. «Il faudra trouver une niche», prévoit Mme Landry. Certains font aussi des produits transformés à base de safran à la ferme, «mais c'est beaucoup artisanal, ce que l'on voit», indique-t-elle.