Jacques Demers, président de la Fédération québécoise des municipalités.

Le PLQ inquiet pour la défense des régions

SHAWINIGAN — La condamnation du Réseau national des pôles régionaux d’innovation n’a pas renversé le porte-parole de l’opposition officielle en matière de PME et d’innovation, Monsef Derraji. Dans son esprit, la ministre Marie-Ève Proulx avait semé suffisamment d’indices, au cours des derniers mois, pour prévoir un dénouement qu’il déplore néanmoins.

Le député libéral de Nelligan est convaincu que la décision annoncée jeudi laissera un goût amer dans les régions du Québec.

«L’attitude de la ministre pourrait avoir de mauvaises conséquences», croit-il. «C’est triste ce qu’elle fait au développement régional, sachant que c’est elle qui doit défendre les régions. C’est très grave, ce qui se passe. Elle est là pour soutenir les régions et ce qui est fait depuis le début de ce dossier, c’est de l’entêtement, de la démagogie et de la politique sur le dos des régions.»

«Le Québec vantait les mérites de Shawinigan», ajoute-t-il. «Nous sommes tous fiers de ce modèle, parce que c’est une région qui s’est levée. Le modèle venait des régions, pas de Montréal ou de Québec. La réalité de Shawinigan ressemble à plusieurs autres réalités partout sur le territoire québécois.»

Au fil des mois, M. Derraji a interpellé plusieurs fois la ministre Proulx à l’Assemblée nationale sur cet enjeu. Selon lui, elle ne cherchait qu’un prétexte pour mettre un terme au réseau.

Monsef Derraji, porte-parole de l’opposition officielle en matière de PME et d’innovation.

«La ministre vient vraiment de donner un vote de non-confiance à la région de Shawinigan», soutient-il. «Elle a tué une image, celle d’une région qui a réussi à changer complètement de vocation. Le fait de se faire dire que la ministre ne voyait pas d’utilité dans ce qui a été fait, c’est dire aux travailleurs de l’innovation de Shawinigan qu’ils ne sont pas bons pour ça. Elle a annihilé le rôle de leadership que voulait occuper le DigiHub.»

M. Derraji rappelle que la ministre ne s’était pas éternisée à Shawinigan lors du lancement de sa tournée provinciale, le 18 février, alors qu’il s’agissait pourtant de la tête du réseau sous étude.

«Je me pose des questions sur sa réelle motivation et sur son leadership pour aider les régions», soulève-t-il. «Elle a décidé de retarder le financement, de jouer dans les structures, d’envoyer une claque à Shawinigan. Elle veut tout centraliser au ministère. C’est une erreur monumentale. (...) Ça fait neuf mois qu’elle est au pouvoir et sa seule action concrète, c’est de fermer l’organisme qui s’occupe de l’innovation.»

Le député libéral fait remarquer que la ministre jette ainsi à la poubelle près d’un million de dollars à l’eau, puisque le RNPRI a investi ce montant au cours de sa première année d’exploitation.

Pôles régionaux

M. Derraji ne croit pas que les dix-huit pôles régionaux se développeront mieux sans le réseau. Mme Proulx s’est engagée à maintenir le soutien financier de 400 000 $ par année pendant quatre ans dans chaque région.

Jacques Demers, président de la Fédération québécoise des municipalités, ne partage toutefois pas ce pessimisme. En janvier, il avait alerté le gouvernement sur les risques de dédoublement de structures avec la création de ce réseau de pôles régionaux. La décision de la ministre le rassure, au sens où elle permet à chaque territoire de déterminer la pertinence ou non de compter sur un centre d’innovation.

«On faisait une tête de réseau alors qu’il existe déjà un Rendez-vous du développement local et régional qui se réunit à chaque année, d’où notre questionnement», réitère-t-il. «Les pôles dans les régions où ça fonctionne bien pourront continuer. Quant aux autres, elles pourront travailler sur ce qu’elles veulent faire. Ce qui est intéressant, c’est qu’on laisse la couleur à chaque région. Il ne faut pas imposer un modèle.»