Nathaly Riverin, Denis Morin et Rina Marchand ont lancé, mardi matin, un guide destiné aux communautés qui souhaitent prendre les moyens pour réussir leur virage entrepreneurial.

Le phénomène Shawinigan décrypté

SHAWINIGAN — «Cumulant efforts et succès, cette reconversion économique d’une culture de boîte à lunch à une culture d’entrepreneuriat d’opportunité est assurément ce que l’écosystème entrepreneurial québécois a connu de plus inspirant dans les 10 dernières années».

Il n’est pas question ici de Saint-Georges-de-Beauce, Rivière-du-Loup ou Drummondville dans cet énoncé, mais bien de Shawinigan.

Cette phrase met la table à un guide d’une cinquantaine de pages dévoilé mardi matin au Centre d’entrepreneuriat Alphonse-Desjardins par ses trois auteurs. Cette publication représente un peu la méthode à suivre pour favoriser l’émergence d’une culture entrepreneuriale.

Shawinigan y occupe une place prépondérante, notamment en raison de la participation de Denis Morin, ex-coordonnateur de la communauté entrepreneuriale, qui amorce une nouvelle étape de sa carrière de pédagogue avec le projet Lab-École. Il est appuyé par Nathaly Riverin, présidente de Rouge Canari et initiatrice de nombreux projets reliés à l’entrepreneuriat au Québec et Rina Marchand, directrice principale, contenu et innovation à la Fondation de l’entrepreneurship.

Intitulé «Des communautés plus entrepreneuriales: se prendre en main», le guide est divisé en trois chapitres. Mme Riverin définit d’abord le concept de culture entrepreneuriale et Mme Marchand enchaîne en insistant sur l’importance de l’indice pour mesurer les points forts et les points faibles d’une communauté. M. Morin raconte ensuite le cheminement de Shawinigan, qui a reçu la décharge décisive après l’annonce de la fermeture de la papeterie Belgo, en novembre 2007.

Pendant plus d’une heure, les trois auteurs ont expliqué avec beaucoup d’enthousiasme leur cheminement vers la réalisation de ce guide.

«C’est une réponse à un problème», explique Mme Riverin. «Le modèle de la communauté entrepreneuriale de Shawinigan a été implanté dans ce contexte. Quand il y a un problème urgent, on écoute davantage. Tout le monde peut faire un modèle de développement économique, mais c’est long, transformer une culture. Avoir des stratégies économiques avec un horizon de dix ans, je n’ai pas vu ça souvent.»

«C’est un livre de recettes», image Mme Marchand. «Certains ingrédients peuvent être plus ou moins utiles dans un territoire. Nous établissons les grandes balises qui nous semblent essentielles, comme la communication et la mesure de l’indice, car si on ne mesure pas, on ne sait pas si ça fonctionne! La méthodologie est importante.»

Les auteurs auraient pu choisir plusieurs exemples à travers le Québec, mais celui de Shawinigan s’est imposé. Les acteurs économiques locaux, avec en tête le maire Michel Angers dont les mérites sont soulignés dans cet ouvrage, ont suivi le plan à la lettre.

«Ils ont été les plus méthodologiques», explique Mme Riverin. «Les résultats sont mesurés et c’est probant. La culture (entrepreneuriale) s’est transformée à Shawinigan et il existe encore un beau potentiel pour qu’elle progresse. On ne peut pas dire la même chose de tous les territoires.»

«Il existe, dans les MRC, des fonds de développement de territoire qui sont disponibles, qui pourraient être utilisés dans le développement d’une culture entrepreneuriale», pointe M. Morin. «Il y a peut-être 30 modèles atypiques de communautés (entrepreneuriales) et où ça ne fonctionne pas, c’est parce que ce n’est pas méthodologique, ce n’est pas inclusif et il n’y a pas d’argent au rendez-vous.»

Mme Marchand glisse que le contexte économique actuel tend un gros piège. «Il ne faut pas oublier le discours sur l’entrepreneuriat», insiste-t-elle. «C’est très tentant de le faire en période de plein emploi...»

Qui l’eut cru?
Paul-Arthur Fortin, fondateur de la Fondation de l’entrepreneurship, assistait à ce dévoilement mardi. En 1986, il publiait son premier livre Devenez entrepreneur: pour un Québec plus entrepreneurial. Une trentaine d’années plus tard, il assiste à la conversion d’un berceau de l’industrie lourde au Canada. Qui l’eut cru?

«Ce n’était pas possible de prévoir ça!», sourit M. Fortin. «J’y croyais, j’essayais de le communiquer du mieux que je le pouvais, mais il y a une trentaine d’années, l’accueil n’était pas très fort. Les gens qui détenaient le pouvoir n’étaient pas très à l’écoute.»

M. Fortin se réjouit de constater que les acteurs locaux, notamment MM. Angers et Morin, aient martelé le message et les initiatives pour contribuer au changement des mentalités, un exercice complexe.

«Il y a une différence entre une mode et une culture», explique-t-il. «Actuellement, c’est la mode de parler d’entrepreneuriat. Mais la mode sera remplacée par une autre mode. Si on ne veut pas que ce soit éphémère, il faut l’enraciner dans des valeurs pour que ça devienne culturel.»

Visiblement fier du chemin parcouru, M. Angers prévient toutefois qu’il ne faut pas se satisfaire de ce bilan.

«Ce n’est pas parce qu’on sort un livre que l’histoire se termine. C’est fragile, ce qu’on a mis en place. Il faut continuer à taper sur le clou pour au moins les dix ou quinze prochaines années.»