La construction d’une usine intégrée de production d’urée et de méthanol est toujours envisagée dans le parc industriel et portuaire de Bécancour.

Le nouvel IFFCO prend son envol à Bécancour

Bécancour — Six ans après sa première mouture, le projet d’IFFCO Canada sera présenté à nouveau à la population, mais sous le nom de ProjetBécancour.ag, lors d’une séance de consultation publique qui aura lieu le mercredi 14 novembre, à 18 h 30, à l’Auberge Godefroy.

«Le projet est différent parce qu’il y a l’ajout de la production de méthanol, ce qui nous oblige à repasser dans un processus de consultation qui éventuellement pourra nous mener à des audiences du BAPE», a expliqué au Nouvelliste le porte-parole, Yvan Martin.

Développé par un consortium regroupant La Coop fédérée, Investissement Québec et Développement Nauticol Québec, ProjetBécancour.ag vise la construction d’une usine intégrée de production d’urée et de méthanol dans le parc industriel de Bécancour.

Dans le cadre de l’étude d’impact environnemental menée par SNC-Lavalin, des spécialistes seront donc sur place le 14 novembre pour présenter le projet ainsi que les résultats de cette étude, répondre aux questions et recueillir les commentaires de la population. Dans la première partie de la soirée, des kiosques seront aménagés pour permettre aux gens d’échanger avec les spécialistes. Par la suite, les participants assisteront à une présentation officielle du projet qui sera suivie d’une période de questions.

«C’est une bonne nouvelle. On était rendu quasiment qu’on commençait à ne plus l’espérer tellement ça faisait longtemps. Je trouve ça plate que ça nous oblige cependant de faire complètement tout le processus. Ça avait été accepté par le BAPE. Le projet est changé. Il est encore plus efficace au niveau des normes environnementales que le premier l’était. Je me demande pourquoi on en fait un autre parce que c’est un processus qui est long, extrêmement coûteux à chaque fois qui demande de l’énergie comme c’est pas possible», a commenté le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois.

«Mais de toute façon, peu importe, je le souhaite tellement. Dans les gros projets, c’est celui qui est le plus en ligne pour se réaliser dans un horizon visible. Je n’en vois pas vraiment d’autre de cette importance-là, surtout qui correspond à la nature de notre parc industriel. C’est un très beau projet avec des intérêts canadiens. C’est une nouvelle réjouissante», renchérit-il.

Pour le président-directeur général du Parc industriel et portuaire, Maurice Richard, ce projet est un bel exemple du type de dossier qui évolue à Bécancour.

Le porte-parole de ProjetBécancour.ag, Yvan Martin.

«IFFCO, c’était initialement des partenaires, des gens de l’Inde et de la Coop fédérée, pour un produit qui est universel et utilisé en agriculture, le fertilisant qu’on appelle de l’urée. Ils ont déjà sept usines d’urée en Inde et la Coop voulait avoir un meilleur contrôle sur le prix et desservir leur propre clientèle, le Canada. Le prix de l’urée a chuté et financièrement, le dossier ne pouvait pas se réaliser, ce n’était pas le bon moment, à cause du marché mondial», décrit-il.

«À un moment donné, on arrive à une période où il n’y a plus de son, plus d’image. Par contre, nous, on a reçu des investisseurs de l’Ouest canadien qui voulaient produire du méthanol. Il y a eu après ça un mixte entre les promoteurs pour faire les deux produits. C’est une nouvelle usine avec un partenaire nouveau, qui s’ajoute aux deux autres, toujours sur les anciens terrains de Norsk Hydro. On n’a pas le choix, il faut aller aux audiences du BAPE au printemps prochain», poursuit M. Richard.

Et si jamais le tout devait être mis à nouveau sur la glace? «La situation n’est pas du tout la même. On n’est plus dans le même contexte au niveau du marché mondial de l’urée. Et la résultante finale en matière environnementale est beaucoup plus intéressante alors que dans le premier projet, ils avaient eu tous les permis et toutes les autorisations», précise-t-il.

Rappelons qu’en 2014, le gouvernement du Québec avait donné à IFFCO Canada l’autorisation de construire et d’exploiter une usine d’urée, un engrais azoté, dans le parc industriel de Bécancour. En raison de divers changements et de conditions économiques défavorables, le projet a été mis en veilleuse en décembre 2015.

En décembre 2017, le projet a redémarré en intégrant sur le même site une usine de méthanol à l’usine d’urée prévue. L’intégration des deux technologies permet de récupérer plus de 50 % des émissions de CO2 de l’usine de méthanol pour produire de l’urée, émissions qui auraient autrement été émises dans l’atmosphère.

Le projet bonifié, estimé aujourd’hui à près de 1,3 milliard de dollars, redémarre sur des bases plus solides du fait qu’il combine la production de deux éléments (urée et méthanol) qui ont des cycles économiques complémentaires. De plus, il aura d’importantes retombées pour la région de Bécancour avec la création de 200 emplois directs lors de la mise en production prévue vers la fin de 2022. Il permettra de produire ici l’urée utilisée par nos producteurs agricoles et de fournir du méthanol produit localement aux manufacturiers.

Le projet d’usine de production d’engrais azoté sous forme d’urée vise à répondre prioritairement aux besoins des agriculteurs du Québec et d’ailleurs en Amérique du Nord. L’urée est un fertilisant essentiel en agriculture.

La demande d’engrais azoté est en croissance partout dans le monde et cette croissance se poursuivra dans les prochaines années, à un rythme de 3-4 % par année. Quant au méthanol, c’est un produit à usages multiples : matière première chimique, solvant et source d’énergie.

Le méthanol est un des éléments constitutifs d’innombrables produits d’usage courant, dont les souliers, le polyester et le contreplaqué pour n’en nommer que quelques-uns. L’usage le plus répandu en pétrochimie consiste à convertir le méthanol en formaldéhyde, qui est ensuite transformé en résines, en colles et en certains plastiques. Le méthanol est aussi utilisé comme solvant ou comme additif dans des produits tels que l’antigel ou le liquide lave-glace.