Luc Vermette, chef de la direction chez Johnston-Vermette
Luc Vermette, chef de la direction chez Johnston-Vermette

Le génie-conseil tente de tirer son épingle du jeu 

Trois-Rivières — Par définition, ils exercent un métier qui fait appel à l’ingéniosité. Mais voilà que plus que jamais, l’industrie du génie-conseil se casse la tête pour tenter de tirer son épingle du jeu dans le présent contexte de pandémie paralysante au plan économique.

Chez MESAR, le virage informatique des dernières années aura permis d’être efficace rapidement au niveau du télétravail. «Présentement, avec notre filiale PETROSUR, on a des contrats dans les Caraïbes que l’on travaille par la réalité virtuelle. On peut se promener en temps réel avec nos clients», explique l’ingénieure associée, Élyse Massé.

À son avis, «il faut s’en aller encore plus là-dedans». «Il faut être encore plus proactif parce que, éventuellement, on ne sait pas ce qui va arriver dans les prochaines années. Mais ça, on peut se déplacer partout dans le monde, ça nous laisse une certaine latitude qu’on ne peut pas avoir habituellement quand on reste juste dans nos bureaux», confie-t-elle.

D’ailleurs, le président-directeur général de l’Association des firmes de génie-conseil, André Rainville, confirme que l’industrie travaille déjà de façon virtuelle sur différents continents à la fois.

«Ce n’est pas étranger au fonctionnement des firmes de travailler sur une même feuille de temps avec des intervenants des quatre coins du monde. L’information circule en temps réel, c’est une équipe virtuelle, ils ne peuvent pas toucher, mais autrement, la communication et l’exécution se font en temps réel», décrit-il.

C’est pour ça, dit-il, que c’est plus facile pour des firmes de génie-conseil d’aborder cette période de confinement «puisqu’ils ont déjà les outils et une certaine pratique dans ce domaine».

Par contre, M. Rainville ne cache pas que les firmes ont une certaine crainte que la reprise soit lente et qu’il y ait un ralentissement économique. «C’est certain que nos entreprises se questionnent sur les effets de la crise actuelle, du temps de reprise et de la vigueur de la reprise. Présentement, la très vaste majorité de nos membres sont en mesure de produire du travail à distance», précise-t-il.

Et les grands donneurs d’ouvrage en sont plutôt satisfaits. «Si on veut avoir une reprise, ça prend des projets qui sont déjà mis en plan, pour lesquels on pourra lancer des appels d’offres pour la construction. Il y a toujours un décalage qui peut aller de six mois à deux ans pour qu’un projet puisse être construit. On répond à des appels d’offres actuellement, on prépare des plans et devis et ça va certainement contribuer à pouvoir relancer l’économie au moment où les chantiers pourront se mettre en place», croit M. Rainville.

«Il faut être encore plus proactif parce que, éventuellement, on ne sait pas ce qui va arriver dans les prochaines années»Élyse Massé, ingénieure associée chez MESAR.

Si le secteur privé fut le premier à connaître un ralentissement, le secteur public n’est pas en reste alors que le génie-conseil demande aux municipalités d’adopter les modes d’appel d’offres électronique.

«Toute la partie planification, conception des projets, n’a presque pas ralenti. Ce qui est tombé à plat, c’est tout l’aspect chantier, surveillance des travaux. On a quand même des membres qui participent à des ouvrages qui sont essentiels. Presque toutes nos firmes font des projets actuellement en conception puisqu’elles ont la capacité de le faire à distance», souligne-t-il.

Chez Johnston-Vermette, qui a des bureaux à Brossard, Trois-Rivières et Sept-Îles, les opérations de télétravail sont également bien implantées.

Sauf que la mise en pause du Québec arrive au moment même où, dit-il, le marché industriel n’est pas à son meilleur dans la région, entre autres, avec les déboires de Nemaska Lithium.

«Plusieurs de nos clients sont contraints de reporter leurs projets d’investissement. Cela met en péril une partie de nos activités. Mais pire encore, nous vivons de durs coups à l’arrêt de production de quelques-uns de nos clients jugés non essentiels. Dans ce contexte, nous avons des défis au niveau des liquidités et pour maintenir notre main-d’oeuvre spécialisée», raconte le chef de la direction, Luc Vermette.

Heureusement, dit-il, qu’il y a encore les producteurs d’aluminium pour limiter les dégâts. «Nous sommes optimistes face à la reprise. Si la priorité de la production locale est mise en place, nous croyons que cela va faire une différence pour nous», affirme celui qui compte une vingtaine d’employés contre une trentaine en temps normal.

Pour sa part, Élyse Massé se met en mode entraide, même si MESAR voit aussi plusieurs de ses mandats être mis sur la glace. Malgré tout, les trois divisions de l’entreprise ont réussi à conserver 95 % des quelque 150 employés.

MESAR offre cinq heures de consultation sans frais à tous les membres des Manufacturiers Mauricie-Centre-du-Québec qui veulent réinventer leur usine ou l’une de leurs machines pour lutter contre la COVID-19. Et si l’évaluation est positive, un accompagnement est proposé à coût réduit.

«Le but, c’est d’offrir un œil externe. As-tu pensé que si tu changes ça, si tu automatises ça, tu pourrais rester actif? Ou si tu changes un peu ton processus, tu pourrais être plus performant? Ou tu pourrais fournir ce produit-là? Parfois, c’est juste une petite idée supplémentaire. Le but, c’est de s’entraider, on est tous dans la même situation», a-t-elle conclu.