Véronique Touzin, coordonnatrice du DigiHub.

Le coronavirus s’invite au TechnoHub

Shawinigan — On a beaucoup parlé d’innovation, mais pratiquement autant du coronavirus lors de la cinquième édition du TechnoHub, présentée jeudi à Shawinigan. Alors que les annulations d’événements se succédaient tout au long de la journée à travers la planète, une centaine de personnes ont honoré leur rendez-vous en assistant aux conférences présentées au DigiHub.

Les précieuses bouteilles de liquide antiseptique étaient placées bien en évidence à la réception au deuxième étage du Centre d’entrepreneuriat Alphonse-Desjardins. La plupart des conférenciers ont glissé une allusion au virus indésirable pendant leur présentation. Bref, le coronavirus s’est carrément invité au TechnoHub.

Véronique Touzin, coordonnatrice au DigiHub, assure qu’il n’a jamais été question d’annuler l’événement au cours des derniers jours. Mais elle constate que quelques dizaines de participants ont visiblement préféré demeurer à la maison. Environ 115 personnes se sont tout de même déplacées, un peu moins que les quelque 150 prévues.

«Nous avons décidé de présenter l’événement, mais bien sûr, ça a eu un impact, avec les nouvelles qui entraient», reconnaît Mme Touzin. «Il nous manquait au moins une vingtaine de personnes et pendant la journée, les gens quittaient au compte-gouttes. Tout ce qui se passait a chamboulé la vie de tout le monde et de notre événement. Je ne connais pas la cause exacte, mais (le coronavirus) peut avoir un lien.»

Beaucoup de sexe

Cette édition du TechnoHub avait réservé une place importante à ce que l’innovation technologique pouvait apporter à l’épanouissement sexuel aujourd’hui.

Lors du panel de clôture notamment, Jo-Philippe K Laflamme, vice-président de Tak Design industriel, a expliqué comment s’est développé un nouveau jouet sexuel d’abord conçu pour raffermir le plancher pelvien.

L’intérêt envers ce produit s’est rapidement développé... avec différents degrés de vibrations ou de pulsations.

«Celle qui a initié le projet est une jeune femme qui voulait régler ce problème de fuites féminines, principalement après l’accouchement», raconte M. Laflamme. «Le marché est devenu beaucoup plus alléchant à un autre endroit! L’application donne tout le potentiel qu’on peut imaginer.»

La conférence de clôture réunissait Daniel Tassé (président, Tak Design industriel), Mathieu Roy (animateur) et Jo-Philippe K Laflamme (vice-président, Tak Design industriel).

«Madame se réveille un matin, elle se sent un peu coquine, elle installe l’appareil et commence sa journée. À un moment donné, elle envoie un texto à son mari et lui dit qu’elle est prête quand il veut! Imaginez-vous comment je me sentais quand j’ai rencontré la dame pour la première fois et qu’elle m’a expliqué son idée!»

Dans sa conférence sur l’éthique et l’intelligence artificielle, Jean-Sébastien Dessureault, formateur et chercheur à la cellule d’expertise en robotique et intelligence artificielle au Cégep de Trois-Rivières, a présenté des robots coquins pour les personnes qui peinent à vivre une sexualité pleinement épanouie. Des enjeux moraux sont inévitablement soulevés.

«La question n’est pas tranchée», soutient M. Dessureault. «C’est un beau sujet de recherche! Mais il existe un beau petit robot un peu préhistorique (le vibrateur), présent dans beaucoup de foyers québécois et dont je n’entends personne se plaindre! L’acceptabilité sociale est là.»

Cette conférence sur l’éthique a stimulé de bons échanges sur les bienfaits de l’intelligence artificielle et ses limites acceptables, qui varient selon les individus.

En conférence de fermeture, M. Laflamme était accompagné de l’animateur Mathieu Roy et de Daniel Tassé, président de Tak Design industriel. Pendant une heure, le trio a échangé sur les applications domestiques de la technologie numérique, telles que le thermostat intelligent, les valves d’eau intelligentes, les véhicules autonomes et la montre connectée. Des innovations qui surpassent amplement la capacité d’adaptation des citoyens.

«Nous sommes pris avec des standards», constate M. Laflamme. «On change moins vite que la technologie en tant qu’être humain.»

Leadership

En conférence d’ouverture, Nadine Gelly, directrice générale de la Guilde du jeu vidéo au Québec, a dressé l’impressionnante évolution de cette industrie dans la province et à travers la planète. Bien qu’elle reconnaisse l’importance d’encourager les jeunes entrepreneurs à matérialiser leurs idées, elle considère qu’une locomotive demeure incontournable pour propulser le développement de cette industrie dans une région.

Elle a abondamment cité l’exemple d’UbiSoft à Montréal, non seulement pour son impact économique direct, mais aussi pour son effet dans le quartier Mile-End. «Je suis la plus grande fervente des propriétés intellectuelles québécoises», assure Mme Gelly. «Mais si on avait créé notre industrie vidéo seulement avec les start-ups, on ne serait pas rendu où nous sommes. Il faut avoir de grandes entreprises, qui génèrent des programmes de formation plus rapidement.»

Comme l’an dernier, Alain Lemieux, associé principal et vice-président au développement stratégique et acquisitions chez Noovelia, a présenté une conférence sur les bénéfices de l’innovation dans l’entreprise manufacturière. Cette fois, il a puisé son inspiration chez le fabricant de meubles Canadel à Louiseville et chez le concepteur de trains d’atterrissage Héroux Devtek, à Longueuil. Selon lui, la résistance demeure le pire ennemi des entrepreneurs qui ont vogué sur le succès depuis des décennies.

«Il faut avoir le courage de penser autrement», résume-t-il.