Yves Servais (directeur général de l'AMDEQ), Yves Angers (copropriétaire d'Alimentation Lemoyne & Angers), Steven Blaney (député fédéral de Bellechasse-Les Etchemins-Lévis) et Charles Lemoyne (copropriétaire).

L'AMDEQ souhaite un signal au budget

L'Association des marchands dépanneurs et épiciers du Québec souhaite que le gouvernement de Justin Trudeau profite du dépôt de son deuxième budget, mercredi, pour annoncer des mesures pour contraindre les émetteurs de cartes de crédit à baisser le taux d'utilisation qu'ils exigent aux détaillants.
La requête est formulée depuis plusieurs années au gouvernement fédéral. Malgré les ententes annoncées au cours des derniers mois entre MasterCard et Visa avec Walmart, Costco et la Fédération canadienne des entreprises indépendantes, certaines places d'affaires, comme les dépanneurs, continuent à payer des frais qu'ils jugent exorbitants pour accepter des transactions avec des cartes de crédit.
«Le Tribunal de la concurrence a déjà mentionné qu'au Canada, les tarifs étaient parmi les plus élevés au monde», indique Yves Servais, directeur général de l'AMDEQ. «On essaie donc de sensibiliser les députés de la Chambre des communes à amener le gouvernement en place à baisser les taux sur les cartes de crédit.»
Concrètement, ces prélèvements varient entre 1 % et 4 % au Canada, selon les volumes de ventes et les cartes utilisées. Ils s'établissent à 0,5 % en Australie et à 0,3 % dans les pays de l'Union européenne.
Ce rappel de l'AMDEQ a été formulé lundi matin, au dépanneur Alimentation Lemoyne & Angers de Saint-Boniface, en compagnie du député conservateur Steven Blaney, candidat à la chefferie de son parti. Ce dernier avait pris position publiquement en faveur des revendications de l'AMDEQ l'automne dernier.
Chez Alimentation Lemoyne & Angers, les propriétaires estiment à 30 000 $ la somme annuelle consacrée uniquement aux frais engendrés par les transactions par cartes de crédit. Pour cette entreprise, le taux réclamé par les grands émetteurs s'établit à 1,5 %. Une ponction qui réduit les marges bénéficiaires et qui pourrait être utilisée à meilleur escient dans l'entreprise.
«C'est notre deuxième poste de dépenses, après les salaires», pointe Charles Lemoyne, copropriétaire du dépanneur. «Est-ce que c'est normal que ça nous coûte moins cher pour Hydro-Québec qu'en frais de cartes de crédit?»
M. Lemoyne estime que depuis huit ans, la proportion de clients qui paient par cartes est passée d'environ 50 % à 80 % à son commerce. Ce ratio inclut les cartes de débit, mais ces émetteurs sont beaucoup moins gourmands. 
«Les gens paient par carte de crédit pour récolter des points fidélité», fait-il remarquer. 
De son côté, M. Blaney rappelle que son gouvernement avait proposé des mesures volontaires pour encourager les multinationales à réduire ces frais de transaction. Visiblement, cette main tendue n'a pas rapporté les résultats souhaités.
«On reconnaissait qu'il y avait un problème», souligne le député de Bellechasse-Les Etchemins-Lévis. «Le ministre Flaherty avait dit qu'on commençait avec ça et que si c'était nécessaire d'aller plus loin, on irait plus loin. Eh bien, c'est nécessaire d'aller plus loin!»
S'il est élu chef et éventuellement premier ministre, M. Blaney s'engage à régler ce dossier. En attendant, il aimerait que les libéraux passent de la parole aux actes dans le budget de mercredi. Il a interpellé directement sur cette question le ministre du Commerce international et député de Saint-Maurice-Champlain, François-Philippe Champagne.
«C'est une opportunité, pour les libéraux, de répondre à un besoin pressant de nos petits commerces et des milliers d'entreprises à travers le pays qui ont besoin de cette marge pour réinvestir, payer leur personnel, donner un meilleur service à la clientèle et refiler les économies aux clients», fait remarquer le député conservateur. «C'est l'occasion d'imposer des maximums aux frais de transactions des cartes de crédit pour les petits marchands.»
Favorables dans l'opposition
L'AMDEQ considère ses attentes d'autant plus justifiées que dans l'opposition, les libéraux semblaient sensibles à l'importance de réglementer les taux pour l'utilisation des cartes de crédit. 
L'association voyait une lumière au bout du tunnel lorsque la députée libérale Linda Lapointe a déposé un projet de loi privé, en février 2016, pour modifier la Loi sur les réseaux de cartes de paiement. Une étude sur les impacts auprès des consommateurs avait été demandée, mais les résultats n'ont jamais été dévoilés.
«Le projet n'a pas avancé du tout», déplore M. Servais. «Pourquoi le gouvernement libéral se traîne les pieds? C'est assez de parler, c'est le temps d'agir!»
Selon l'Association canadienne des dépanneurs en alimentation, ces frais de carte de crédit représentent un fardeau de 750 millions $ par année pour les 25 000 dépanneurs à travers le pays.