Le directeur québécois d’Unifor, Renaud Gagné, est entouré de représentants du Syndicat des Métallos, Daniel Hould et Bryan Sawyer, qui ont fait le point sur le lock-out à l’Aluminerie de Bécancour.

L’Act of God est qualifié de ridicule

Trois-Rivières — Selon le directeur québécois d’Unifor, Renaud Gagné, la fameuse clause de force majeure associée au lock-out à l’Aluminerie de Bécancour crée un déséquilibre dans le rapport de force.

«L’Act of God est ridicule», a-t-il confié au Nouvelliste, en marge de sa tournée régionale annuelle qui s’arrêtait mercredi à Trois-Rivières. D’ailleurs, le grand patron syndical a profité de l’occasion pour inviter les représentants du Syndicat des Métallos à venir expliquer leur conflit aux dirigeants des différentes sections locales d’Unifor.

«On les soutient beaucoup», a rappelé M. Gagné, qui parle de dons hebdomadaires de 24 000 dollars et d’une récolte de 25 000 dollars l’an dernier en faisant le tour du Québec. À pareille date en 2018, il s’était rendu sur la ligne de piquetage pour remettre un chèque, et ce, toujours dans le cadre de sa tournée des régions.

Or, le directeur québécois d’Unifor compare l’histoire de force majeure à l’ABI aux briseurs de grève chez Delastek. «Le conflit a duré tant qu’on n’a pas été capable de stopper les scabs et que Bombardier avait leurs pièces», souligne-t-il. Dans ce dossier, l’arbitrage devrait se conclure le 18 mars prochain alors qu’une hausse salariale de cinq dollars l’heure est sur la table pour les quelque 25 travailleurs syndiqués.

Par ailleurs, Renaud Gagné s’était montré critique à l’endroit de Jean Boulet à la suite de son implication dans le conflit chez Delastek au nom de l’employeur. Que pense-t-il du ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité par rapport à l’ABI? «Je suis surpris de sa déclaration sur la récente offre. Il fait des efforts pour amener les parties à s’asseoir. Mais à moins de légiférer, il n’y a pas de possibilités», croit-il.

Selon lui, «il est fondamental que le premier ministre mette de la pression sur la compagnie». Il a donné l’exemple d’un conflit à Terre-Neuve qui s’est réglé en arbitrage après l’intervention du premier ministre auprès d’une entreprise américaine.


« Il est fondamental que le premier ministre mette de la pression sur la compagnie »
Renaud Gagné

Dans un autre ordre d’idées, sa tournée lui permet de distribuer une pétition dans le dossier du caribou forestier. «Nous voulons que les mesures de protection qui pourraient avoir un impact sur l’emploi soient mises en suspens, le temps d’obtenir les conclusions d’études scientifiques sur les raisons du déclin de certaines populations de caribous», a expliqué le dirigeant syndical.

À défaut, il est demandé aux gouvernements de s’assurer que toute mesure de protection tienne aussi compte des répercussions socio-économiques sur les régions. Finalement, il est requis de mettre en place des mesures alternatives et/ou de transition pour soutenir les travailleurs et l’industrie.

Aux yeux du syndicat, la problématique dans ce dossier est que les études sont non concluantes sur l’origine du déclin de certaines populations de caribous. Est-ce l’activité humaine, l’exploitation forestière, les changements climatiques, la maladie, la présence des cerfs, celle des prédateurs ou d’autres facteurs qui sont à l’origine de la baisse de certains cheptels?

«Bien difficile de répondre à cette question puisque par exemple, certains troupeaux diminuent alors qu’il n’y a aucune perturbation sur leur territoire et que d’autres augmentent alors qu’il y a beaucoup d’activités», fait remarquer M. Gagné.

Voilà pourquoi, dit-il, le syndicat a mis en place cette pétition en appui aux travailleurs de la forêt et aux communautés qui dépendent de cette industrie.

«Certains revendiquent des mesures de protection qui feront perdre des emplois en forêt et en usine sans même savoir si ce sera vraiment efficace pour protéger le caribou. C’est de ce que nous déplorons», a-t-il indiqué.

Finalement, le syndicat a aussi abordé la problématique des taxes sur le bois d’œuvre qui demeure entière. «On en est à notre énième querelle et rien n’est réglé. On comprend que cette négociation a toujours été exclue des pourparlers sur l’Accord États-Unis, Mexique, Canada (AEUMC), mais c’est tout de même dommageable, d’autant plus que les prix du bois d’œuvre ont chuté. On souhaiterait vraiment une solution à long terme dans ce dossier. En fait, le bois d’œuvre devrait être partie prenante de l’AEUMC. Point à la ligne», a ajouté M. Gagné.

Et au cours des prochains mois, le contrat modèle dans les opérations forestières sera à renégocier. Rappelons que le dernier contrat, une première dans ce secteur, a été conclu en 2015 avec Produits forestiers Résolu (PFR). Cette année encore, les négociations se dérouleront avec PFR afin d’établir le nouveau modèle qui sera ensuite négocié avec les autres entreprises du secteur. Le syndicat Unifor représente plus de 1500 membres dans ce secteur au Québec.

Comme il a été fait lors des élections québécoises, le syndicat Unifor présentera ses revendications aux différents partis politiques et aux candidates et candidats afin d’obtenir leur appui. «Le travail est déjà amorcé», a-t-il conclu.