Il y a des signes annonciateurs du printemps qui ne trompent pas.

La saison des aventuriers est ouverte

Bien que la saison hivernale soit loin d’avoir dit son dernier mot, il y a des signes annonciateurs du printemps qui ne trompent pas. Ceux dont il est question ici n’ont cependant rien à voir avec le temps doux, la fonte des neiges ou le retour d’oiseaux migrateurs. La lecture des nombreuses plaintes de consommateurs dénonçant les agissements de certains vendeurs itinérants sans vergogne témoigne du fait bien que rues et trottoirs ne soient pas encore des plus praticables, la saison des démarcheurs de porte-à-porte bat son plein.

Le truc de l’inspecteur
Chaque année apporte son lot de plaintes faisant le récit des stratagèmes de vendeurs itinérants sans scrupules qui n’hésitent pas à user de trucs bien peu honorables du métier pour soulager le portefeuille de leurs victimes. L’une de ces ruses récurrentes consiste à personnifier un inspecteur. Ce dernier, dépêché par une autorité donnée, aura recours au prétexte d’une inspection préventive pour s’introduire dans les domiciles.

Le top 3
Selon le récit des consommateurs qui rapportent de telles incursions dans les dernières semaines, on peut dégager trois domaines de prédilection:

Prévention des incendies
Se disant mandaté par la municipalité pour effectuer des inspections visant à vérifier que les résidences sont dûment équipées pour prévenir et combattre les incendies, le faux inspecteur public en arrive invariablement à la conclusion que des équipements sont manquants, en mauvais état ou non fonctionnel. La providence ne faisant pas défaut, il se trouve que notre inspecteur se transforme en fournisseur et conclut une vente sur le champ. Un consommateur raconte d’ailleurs que sa réticence, timidement exprimée, s’est rapidement volatilisée lorsque la menace de le rapporter aux autorités fut évoquée par le commerçant.

Décontamination
Dans ce domaine d’activité, les plaintes des consommateurs font état de sommes en jeux qui sont nettement supérieures. Prétextant passer dans le coin pour inspecter les combles des propriétés du secteur afin de détecter la présence de champignons et autres moisissures néfastes pour la santé, des vendeurs exploitent les appréhensions que le diagnostic — faux bien entendu — fait peser sur les occupants. C’est ainsi que se concluent séance tenante des contrats de service de décontamination qui bien qu’inutiles, délestent les goussets des consommateurs de sommes importantes dépassant parfois 10 000 $.

Consommation électrique
Affirmant être reconnus par Hydro-Québec et accrédités par un programme de subvention, des vendeurs itinérants s’introduisent ainsi aux fins de procéder à une mesure de la consommation d’électricité et de l’efficacité énergétique de la maison. Le remède proposé pour réaliser des gains d’efficacité prendra la forme d’un appareil de chauffage prétendument sophistiqué dont l’usage entraînera des économies d’une telle envergure que l’achat s’autofinancera. Naturellement, ces belles promesses ne se réalisent pas.

Réagir, même après-coup
On peut bien sûr recommander la prudence et la vigilance aux consommateurs dans ces situations et les enjoindre de ne pas conclure un contrat sur le champ sans avoir pris un peu de recul. Un fait demeure; l’effet cumulé de la surprise et du recours à des pratiques trompeuses sans parler de la pression exercée par certains auront bien souvent raison de la résistance que d’aucuns voudraient bien afficher dans ces circonstances. Même si le contrat est conclu et que son exécution est chose faite, il n’est pas trop tard pour se défaire d’un contrat que l’on désire reconsidérer.

Droit d’annulation discrétionnaire
La Loi sur la protection du consommateur stipule en effet que les contrats conclus avec des commerçants itinérants peuvent être annulés à la discrétion du consommateur sans que ce dernier ait à invoquer un motif. Le délai d’annulation est de 10 jours (calendrier et non ouvrables) et dès lors que le consommateur fait parvenir un avis écrit à cet effet au commerçant, le contrat est réputé être annulé. Dans certaines circonstances, ce droit d’annulation discrétionnaire peut être porté à un an.

Gary Frost est directeur des services aux clientèles à l’Office de la protection du consommateur