Un des plateaux de travail touchés était au magasin Walmart de Shawinigan.

La région solidaire

TROIS-RIVIÈRES — Il n’y a pas que les 19 employés en situation de handicap qui ont été remerciés par le géant Walmart, la semaine dernière. Des élèves du PAV de l’Académie des Estacades, un programme consacré aux enfants autistes ou ayant un handicap de communication, ont perdu leur lieu de stage chez Walmart à quelques semaines à peine de la fin de l’année scolaire.

«Pour un mois et demi, c’est dommage. Ces élèves ne peuvent pas boucler l’année. C’est vraiment décevant, tant pour les élèves que pour l’école. À partir du 1er mai, ils ne pourront plus faire leur stage chez Walmart», déplore Anne-Marie Bellerose, responsable des communications à la Commission scolaire du Chemin-du-Roy. «Ça faisait longtemps qu’il y avait une collaboration» avec Walmart, dit-elle. Six élèves du programme PAV faisaient un stage chez Walmart alors que les autres sont dans d’autres milieux de stages et pourront terminer leur année.

«Les élèves travaillaient au niveau du vêtement et il paraît que leur section était toujours A-1. Tout allait bien», raconte Mme Bellerose.

L’Académie des Estacades a appris la nouvelle la semaine dernière, en même temps que tout le monde, à la veille du long congé pascal et doit donc envisager des solutions au plus vite. «Des choses ont déjà été mises sur la table, mais il reste à voir comment ça va s’articuler tout ça», indique Mme Bellerose.

En attendant, la région se mobilise pour redonner à ces personnes en situation de handicap les emplois dont ils ont besoin.

«Nos équipes sont à pied d’œuvre depuis la lettre qu’on a reçue de Walmart», indique Geneviève Jauron, conseillère en communication au CIUSSS MCQ.

Mardi, 14 de ces personnes de la région de Trois-Rivières ont été rencontrées avec leurs parents et mercredi, cinq autres de la région de Shawinigan seront aussi contactées. Ces ex-employés proviennent de plateaux de travail aux magasins Walmart de Shawinigan, Trois-Rivières-Ouest et Cap-de-la-Madeleine.

D’ici un mois, dit-elle, ces personnes seront déménagées dans d’autres plateaux de travail, dit-elle. Le profil de chacune d’entre elles sera évalué afin de pouvoir leur assigner un travail «à la hauteur de leur potentiel et de leurs intérêts», précise Mme Jauron.

«Sur la table, présentement, il y a des entreprises avec qui on a des ententes et qui ont décidé d’élargir leur entente pour accueillir plus de personnes et une dizaine de nouvelles entreprises ont manifesté leur intérêt pour développer de nouveaux partenariats», précise Mme Jauron.

Allain Tremblay, directeur du SEMO Mauricie.

Le SEMO Mauricie, un organisme d’intégration en emploi pour les personnes handicapées, entend offrir sa collaboration au CIUSSS MCQ pour réintégrer les travailleurs à l’emploi. Bon an, mal an, cet organisme réussit à placer chaque année environ 45 % des demandeurs d’emploi en situation de handicap dans des postes non subventionnés, souligne le directeur, Allain Tremblay.

Martin Caouette, professeur au département de psychoéducation de l’UQTR.

Pour sa part, un professeur de l’UQTR, Martin Caouette, a décidé d’écrire une lettre ouverte dans La Presse de mardi en pensant à son ami Keven Dupont de Trois-Rivières qui, à 25 ans, est frappé de plein fouet par la décision de Walmart où il travaillait depuis trois ans.

En lançant un appel sur les réseaux sociaux dans l’espoir d’obtenir une cinquantaine de cosignataires de sa lettre voulant «exprimer la nécessité que les personnes en situation de handicap trouvent elles aussi leur place dans le monde du travail», ce professeur spécialisé dans l’intégration sociale de ces personnes a constaté avec joie que 1000 signatures se sont jointes à la sienne. «Ce que ça me dit, c’est que cette situation-là, chez Walmart, a mis en lumière une réalité qui était vraiment méconnue. Cette réaction-là, forte, parle de l’ouverture que les Québécois ont face aux personnes en situation de handicap. Et cette ouverture-là, il faut qu’elle soit effective aussi dans les milieux de travail», estime-t-il.

En cette période où l’on se plaint de la pénurie de main-d’œuvre, les personnes en situation de handicap peuvent représenter «un apport très positif», dans une entreprise, indique le professeur Caouette, notamment «sur le climat de travail», une affirmation avec laquelle le directeur du SEMO Mauricie est tout à fait d’accord. «Ce sont des personnes fiables et assidues», dit-il.

Le premier ministre Philippe Couillard a quant lui invité la multinationale à revenir sur sa décision et laisse entendre que son gouvernement pourrait débloquer prochainement des sommes d’argent afin de favoriser l’intégration des personnes vivant avec un handicap sur le marché du travail.

«J’ai été très déçu quand j’ai vu cette nouvelle-là, surtout dans une période de pénurie de main-d’œuvre. On a intérêt à ramener tout le monde dans le marché du travail, particulièrement ceux qui en sont plus éloignés, comme ceux qui ont un handicap. J’engage l’entreprise à revoir sa décision et sa politique. Il faut que ces grandes entreprises-là fassent montre d’un engagement social», a-t-il déclaré lors d’une mêlée de presse à Saguenay.