Nathalie Gallant, courtier immobilier agréé DA chez Via Capitale Mauricie.
Nathalie Gallant, courtier immobilier agréé DA chez Via Capitale Mauricie.

La nouvelle réalité du marché immobilier: «on perd une grosse saison»

Marc Rochette
Marc Rochette
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — «On perd une grosse saison. On a perdu une grosse partie de notre meilleur temps. Présentement, les courtiers ont perdu beaucoup de sous. On est en mode recherche de propriétés.» Voilà comment Nathalie Gallant, de Via Capitale Mauricie, évalue l’impact de la COVID-19 sur le marché immobilier alors la période de la crise coïncide avec 70 % de son chiffre d’affaires.

Il faut dire qu’après un arrêt imposé par Québec, qui fut suivi d’une reprise partielle, les activités de courtage immobilier ont pu reprendre complètement le 11 mai dernier. Ainsi, les critères de transactions prioritaires qui étaient établis depuis le 20 avril dernier, incluant l’obligation de la prise de possession au 31 juillet, ne sont plus applicables.

«On pouvait essayer de fonctionner, mais ce n’était pas nécessairement le meilleur moyen de vendre une propriété. Naturellement, on avait une grande procédure à suivre», raconte celle qui évoque à la fois les règles gouvernementales et celles de l’OACIQ (Organisme d’autoréglementation du courtage immobilier du Québec).

Durant la période de transition, non seulement avait-elle des documents à faire signer de façon électronique, mais «on n’avait même pas le droit d’enlever les pancartes devant les maisons ou de mettre un vendu devant les maisons alors que c’était pourtant à l’extérieur», fait-elle remarquer.

Parallèlement à des formations qu’elle poursuivait pour rester à la fine pointe, et tout en suivant au quotidien les recommandations des autorités sur la façon de procéder, Mme Gallant échangeait par téléphone avec tantôt des acheteurs, tantôt des vendeurs.

«J’ai fait des évaluations sans me présenter sur les lieux, je demandais aux gens de prendre une vidéo sur cellulaire de l’intérieur de leur maison et j’expliquais au téléphone les services qu’on offrait», décrit-elle.

Et pour desservir les cas urgents, le client devait faire une déclaration solennelle sur son état de santé. «Lors des visites, les gens n’ont pas le droit de toucher à rien, c’est une personne à la fois, et les personnes âgées de 70 ans et plus, on les fait sortir de la propriété idéalement. Je mets des gants, j’ai des lingettes désinfectantes pour les poignées de porte et la clé», fait remarquer celle qui parle d’une charge de travail additionnelle.

Mais depuis le 11 mai dernier, celle qui est courtier immobilier agréé DA peut prendre elle-même ses photos HD et aller récupérer ses affiches. Pour l’instant, elle n’a pas encore opté pour des visites virtuelles.

«On a des acheteurs qui veulent acheter, c’est un boom qu’il y a là, mais, d’ici sept à huit mois, il risque d’y avoir des reprises de finance. Il y a un délai qui s’écoule avant de dire que tu remets les clés à une institution financière. Il y a beaucoup de gens qui ont déjà perdu leur emploi. Les banquiers vont essayer de négocier avec des clients pour voir s’ils peuvent réussir à garder leur maison», craint Mme Gallant.

Selon elle, le marché immobilier était déjà à la baisse partout en Mauricie depuis 2012, année de la fermeture de la centrale nucléaire Gentilly-2, tandis qu’à Trois-Rivières, c’était stable «et ça commençait à vouloir remonter».

«À la suite de la COVID-19, les acheteurs avaient moins le choix parmi les maisons qui restaient, les vendeurs ont eu quand même des bons prix. Maintenant que c’est déconfiné, on va avoir beaucoup plus de possibilités de mettre les maisons sur le marché, donc, les acheteurs vont peut-être pouvoir renégocier», croit-elle.

«Pour la majorité des courtiers, on a fait une très bonne année l’an passé. Dans l’immobilier, il y a plusieurs courtiers qui crèvent de faim. On n’avait pas besoin de cette crise-là», renchérit Mme Gallant.

À son avis, la pandémie aura transformé «tout notre milieu». «Ça va rester à vie. Il faut poser des questions, c’est nous qui avons la responsabilité. Si je vois que le client renifle, il ne rentre pas dans la maison. Ça va être plus compliqué pendant un certain temps, les gens vont s’habituer, c’est plus long, on doit expliquer aux gens, je répète toujours la procédure. C’est beaucoup de travail. 80 % de mon travail est sur l’ordinateur à lire des documents. On a un devoir de diligence», affirme-t-elle. Ce qui ne l’empêche pas de se réjouir de pouvoir recommencer à exercer pleinement sa profession. «On a quand même des lois à respecter autant du gouvernement que de l’OACIQ. Notre but, comme courtiers, c’est que personne n’attrape le coronavirus. On fait bien attention», conclut Mme Gallant.