Les employés de l’usine Gants Laurentide de Saint-Tite ont été informés que l’usine fondée en 1942 allait fermer ses portes.

La fin d’une époque à Saint-Tite

SAINT-TITE — En annonçant la fermeture de l’usine Gants Laurentide à leur vingtaine d’employés la semaine dernière, les dirigeants du groupe Paris Glove ont en quelque sorte mis fin à un important chapitre de l’histoire de Saint-Tite.

L’atelier de la rue Du Moulin où étaient fabriqués des gants de travail depuis 1942 constituait une des dernières traces du passé industriel de la localité mékinoise, qui était jadis surnommée la «ville du gant» et la «ville du cuir». Avec la récente fermeture, il ne reste maintenant plus que l’usine de bottes western G.A. Boulet en exploitation alors qu’il y en avait une vingtaine à une époque pas si lointaine.

Le président de Paris Glove, Guy Darveau, reconnaît que la décision de fermer cette dernière usine de fabrication de gants de travail que possédait l’entreprise au Québec n’a pas été prise de gaieté de cœur. Mais la conjoncture économique et la féroce concurrence provenant de l’Asie et d’ailleurs sur la planète ont eu raison de cette institution de la ville centre de Mékinac. Fait à noter, Paris Glove fait elle-même affaires avec des fournisseurs manufacturiers se spécialisant dans la même production dans d’autres pays du monde.

«La cessation des activités découle de motifs à 100 % d’ordre économique. [...] Je suis entré en poste il y a environ 30 mois pour effectuer une restructuration de toute l’entreprise, pas seulement de la division Gants Laurentide. En janvier 2017, il y avait seulement une dizaine d’employés. Ça fait déjà près de 10 ans que les gens à Saint-Tite disent que ça allait fermer. On a essayé de faire une relance, mais malheureusement c’est une division qui a manqué extrêmement d’amour au cours des 20 ou 25 dernières années. J’aurais vraiment aimé arriver deux ou trois ans plus tôt, mais ce n’est pas le mandat que j’ai eu», raconte M. Darveau.

Dans le cadre du plan de relance qu’il a tenté d’orchestrer au cours des dernières années, le dirigeant de Paris Glove indique notamment que le nombre d’employés a dépassé la trentaine à un moment donné, et ce, même si l’usine était déficitaire depuis déjà un bon moment. Il a pour sa part multiplié les visites à Saint-Tite, ce que n’avaient pas fait souvent ses prédécesseurs, semble-t-il, à un point tel que les employés craignaient une fermeture imminente à chaque fois qu’ils voyaient sa voiture dans le stationnement...

«Tout le monde veut acheter local, mais veut aussi payer le même prix que la Chine. Nous avions des contrats avec certaines entreprises dont les prix étaient gelés, mais les salaires ne l’étaient pas et le prix de la matière première non plus. [...] Les chances de réussite étaient minces, mais on a tout de même essayé», laisse-t-il tomber.

Avec respect

Conscient que certains des employés travaillaient à cette usine depuis près de 50 ans, M. Darveau tenait à ce que l’annonce de la fermeture se fasse de façon respectueuse. Il indique qu’il a fait preuve de transparence avec les employés licenciés et le syndicat.

«Certains étaient retraités mais continuaient à travailler par passion. Coudre des gants, c’est un art. Une seule erreur dans un entredoigt par exemple, et le gant s’en va dans les pertes. Ce n’est pas comme coudre un t-shirt», souligne le président.

Ayant visiblement besoin d’une cure de rajeunissement, le bâtiment qui abrite l’usine devrait être mis en vente prochainement. Bien qu’il soit situé en plein cœur de la ville Saint-Tite, un secteur névralgique lors de la tenue Festival western de l’endroit, le comité organisateur du populaire événement n’a pas l’intention de se porter acquéreur de l’endroit pour l’instant. C’est du moins ce que laisse entendre le directeur général Pascal Lafrenière, à qui Le Nouvelliste a d’ailleurs appris la fermeture de cette usine.

Pour sa part, la mairesse de Saint-Tite, Annie Pronovost, soutient que la nouvelle qui est tombée la semaine dernière était très malheureuse et qu’elle avait l’intention de s’entretenir prochainement avec les propriétaires afin de discuter de la suite des choses pour cette construction âgée.