Claire Plamondon-Lafrance et son mari Roger Lafrance fermeront la quincaillerie familiale après 118 ans.

La fin d’une aventure de 118 ans pour la Quincaillerie Lafrance

SAINTE-THÈCLE — «Mon grand-père est mort alors qu’il travaillait et mon père aussi. Je me suis dit qu’il ne m’arriverait pas la même chose.»

Au début du mois de juin, Roger Lafrance mettra la clé sous la porte du commerce de Sainte-Thècle fondé par son grand-père il y a maintenant 118 ans pour profiter d’une retraite bien méritée. Même s’il avoue qu’il sera envahi par la nostalgie au moment de la fermeture de l’établissement qui était jadis un magasin général avant d’être transformé en quincaillerie par son père en 1957, l’homme qui célébrera bientôt son 75e anniversaire soutient qu’il est temps pour son épouse et lui de passer à autre chose.

Toujours en forme et la tête remplie de projets, il a dû se résoudre à fermer boutique en raison de l’absence de relève. Comme le couple n’a pas d’enfant, M. Lafrance a bien essayé de vendre le commerce enraciné en plein cœur de la localité mékinoise depuis 1901. Mais aucune des offres qu’il a reçues ne s’est concrétisée.

«J’ai commencé en 1971 alors que j’avais 26 ans. Depuis, je travaille 60 heures et six jours par semaine. En 48 ans, je ne peux pas dire que j’ai été malade souvent! Ce qui va me manquer le plus, c’est le contact avec le public. Mais je suis tellement occupé [que je ne m’ennuierai pas]. Je suis en forme, mais un gars peut tomber vite», confie-t-il avant de répéter qu’il ne veut pas connaître la même fin que son père et son grand-père.

Alors que cette page de l’histoire de Sainte-Thècle se tournera en raison de l’absence de relève, c’est un peu pour empêcher qu’un scénario similaire se réalise au tournant des années 1970 que M. Lafrance avait accepté de prendre les rênes de l’entreprise familiale.

«Je travaillais comme machiniste dans une usine à Montréal. À ce moment, même si une de mes sœurs a travaillé longtemps ici, il n’y avait aucun des cinq autres enfants qui pouvait prendre la relève. Comme je n’étais pas encore marié à l’époque, j’ai décidé de revenir. Sinon, mon père aurait vendu», se rappelle le principal intéressé sous le regard approbateur de celle avec laquelle il a uni sa destinée à la suite de son retour au bercail.

«On se connaissait déjà [avant qu’il revienne]», poursuit cette dernière. Fait à noter, Mme Claire Plamondon-Lafrance a toujours été impliquée dans la gestion, et ce, même si elle a travaillé au sein du Mouvement Desjardins pendant une trentaine d’années.

Un véritable musée

En plus de tous les items que l’on retrouve généralement sur les rayons d’une quincaillerie de village, qui sont par ailleurs considérablement clairsemés depuis quelques semaines en raison de la vente de liquidation de l’inventaire qui est en branle depuis un bon moment, le bâtiment de la rue Saint-Jacques regorge d’objets qui témoignent de l’histoire de l’endroit.

Une vieille balance, de nombreuses photos en noir et blanc sur les murs du bureau situé au deuxième étage, les premiers livres de comptabilité datant de 1901 ainsi que des découpures de journaux démontrent notamment que beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis l’ouverture.

«On peut même lire dans un livre comptable que mon grand-père avait déjà loué sa jument au docteur du village», raconte M. Lafrance.