Déjà avant la crise, seulement trois restaurants sur dix réussissaient à passer au travers des cinq premières années.
Déjà avant la crise, seulement trois restaurants sur dix réussissaient à passer au travers des cinq premières années.

La fin d’un monde pour restos et commerces

TROIS-RIVIÈRES — Des survivants de la restauration qui devront se réinventer, des magasins qui devront composer avec une clientèle craintive, des commerces qui devront revoir leur modèle d’affaires traditionnel: voilà autant d’effets de la pandémie sur le secteur commercial.

«L’adaptation d’une expérience réinventée, réconfortante et sécuritaire pour les gens d’ici est la seule option qui assurera la survie des restaurateurs», soutient le copropriétaire du Resto-Bar Le Brasier 1908, Yves Beaudoin.

Déjà avant la crise, seulement trois restaurants sur dix réussissaient à passer au travers des cinq premières années. Or, non seulement les pertes de revenus actuelles sont-elles énormes (70 % en mars pour Le Brasier), mais la réouverture éventuelle se fera dans un contexte de distanciation sociale et de grands événements annulés.

«Chose certaine, l’industrie de la restauration telle que nous l’avons connue ne reviendra probablement jamais. La livraison fera désormais partie intégrante du paysage avec des géants comme UberEats ou encore des formules plus écologiques et très locales comme EcoByke.ca.», croit l’entrepreneur.

Pour George Brunelle, du Groupe Brunelle, qui possède plusieurs magasins, la réaction des clients sera déterminante lors de la reprise des activités qu’il souhaite d’ailleurs pour le 4 mai.

«Il y a beaucoup d’incertitude au niveau des ventes. Est-ce que les consommateurs vont être là? Il va falloir que le climat de peur s’en aille. Les gens fréquentent l’épicerie, les grandes surfaces, les quincailleries. Ça ne sera pas pire chez nous», fait-il valoir.

Celui-ci est conscient que la réouverture devra se faire dans le respect des directives gouvernementales. «On va partir avec un personnel réduit et on va avoir des clients dans le magasin de façon graduelle», explique celui qui s’attend donc à une baisse des ventes de 30 % à 50 % en mai comparativement à l’an dernier.

Si le service au volant de son Starbucks de la rue Marion va «très bien», l’homme d’affaires lancera la semaine prochaine un commerce en ligne pour son magasin S3, ce qui est déjà le cas depuis cinq ans chez Brunelle Sport, en plus d’être une réalité chez Sports Experts.

Pour sa part, Christiane Pratte, de la Boutique La Flânerie, a décidé de créer un site web pour essayer, dit-elle, de contrer le manque à gagner durant la crise et de répondre aux besoins de la clientèle.

«Au départ, on n’est pas du tout commerce en ligne parce que le contact avec notre clientèle est extrêmement important. On a un service extrêmement personnalisé. C’est pour ça que pour nous, l’achat en ligne n’a jamais existé. C’est sûr qu’après, on verra ce qu’on fera avec le site parce que c’est quand même beaucoup de choses à gérer», admet la propriétaire de cette boutique de prêt-à-porter pour Elle qui se dit prête à rouvrir son commerce dès que Québec en donne le feu vert.

Or, En+reprendre MRC Bécancour veut justement inciter les entrepreneurs de son territoire à se tourner vers le commerce en ligne, d’où l’annonce d’un programme de subvention. Le montant de l’aide financière est fixé à 50 % ou d’un montant maximum de 1000 dollars. Les entreprises intéressées à prendre le virage de boutique en ligne peuvent composer le 819 298-2070 ou s’informer par courriel à information@egaleplus.com. Les détails du programme de subvention sont disponibles sur le portail de la COVID-19.

«L’internet est l’une des solutions qui permettent un contact avec les entreprises et ses clients. C’est maintenant que nos entrepreneurs doivent prendre le virage du commerce en ligne. Il est impératif de les encourager à se doter d’un site commercial. Nous avons choisi des plateformes faciles, rapides et simples avec trois partenaires de la région. Chacun offre des outils qui s’adapteront à leurs besoins. L’achat local est devenu une valeur importante pour les gens, plus que jamais nos entreprises doivent offrir la vente en ligne et devenir un moteur pour la relance de l’économie locale », a indiqué Lucie Allard, présidente d’En+reprendre MRC Bécancour.

À son avis, si certaines entreprises avaient repoussé jusqu’ici le projet d’implantation d’une boutique en ligne, il est maintenant le temps de le faire. «Une vitrine transactionnelle sur internet vous permettra de rejoindre autrement votre clientèle confinée», fait-elle remarquer.

Les trois partenaires dont les plateformes proposées peuvent être mises en ligne entre deux à trois semaines sont ZaniCOM., Duo Énergie Graphique et ADN communication.

«Les entreprises ont compris l’importance d’être sur le web, pas juste au niveau de tout ce qui est commerce en ligne, mais au niveau de la visibilité web globale. Avec la situation actuelle du confinement, le comportement des gens a changé. Il y a beaucoup plus de magasinage en ligne qui peut se faire, on voit qu’il y a beaucoup plus d’achalandage, tant au niveau du web que des réseaux sociaux», commente le vice-président chez ADN communication, Stéphane Béraud.

Selon lui, ces habitudes et ces comportements vont rester par la suite. «Les gens ont vraiment compris que la technologie pouvait travailler pour eux et les boutiques en ligne vont dans cet esprit-là aussi. Notre but dans les prochaines semaines, les prochains mois, c’est de donner un accès plus grand à toutes ces PME qui n’avaient pas nécessairement les moyens de faire un site internet transactionnel personnalisé à gros coûts», décrit le spécialiste.

Ce dernier y voit finalement un enjeu d’achat local et de richesse collective régionale. «Et le commerce en ligne va être complémentaire à tous les sites physiques car le contact humain sera toujours nécessaire», conclut M. Béraud.