Même si plusieurs de leurs clients commerciaux sont encore opérationnels, les groupes immobiliers doivent néanmoins composer avec la fermeture de nombreux locataires.
Même si plusieurs de leurs clients commerciaux sont encore opérationnels, les groupes immobiliers doivent néanmoins composer avec la fermeture de nombreux locataires.

La covid-19 complique la vie des groupes immobiliers

TROIS-RIVIÈRES — Même si plusieurs de leurs clients commerciaux sont encore opérationnels, les groupes immobiliers doivent néanmoins composer avec la fermeture de nombreux locataires, à la suite de la pause décrétée par le premier ministre du Québec pour les services non essentiels. D’où leur souhait de voir les activités reprendre le plus vite possible pour éviter que tous ces pieds carrés ne soient désertés en permanence.

«Je ne pense pas que ça reparte à 100 milles à l’heure, mais je ne pense pas non plus que ça va être une catastrophe. On essaie d’être de bonne foi avec tout le monde et on veut que le locataire soit de bonne foi aussi. Il y en a que ça va être plus dur, il y en a d’autres qui vont passer à travers. C’est embêtant», admet Alain Bellerive, du Groupe Immobilier Bel-Rive.

Évidemment, les épiceries et les pharmacies sont autant d’exemples de locataires qui l’aident à avaler la pilule par les temps qui courent. Mais il ne cache pas que ses clients restaurateurs ont hâte de voir «comment ça va redécoller et à quelle vitesse».

«Ça nous est arrivé en pleine figure assez rapidement, mais on est bien positif dans tout ça», affirme l’homme d’affaires, qui se dit confronté à l’inconnu.

Une opinion partagée par Annie Villemure, directrice Développement immobilier et location chez Olymbec. «En terme de prévision, on n’en a aucune idée parce qu’on ne sait pas combien de temps ça va durer», avoue celle qui a hâte que le gouvernement dévoile son plan de déconfinement, histoire de permettre aux gens d’affaires de «commencer à se projeter dans l’avenir».

Entre-temps, elle se console d’avoir dans ses immeubles trifluviens plusieurs bureaux professionnels et gouvernementaux. «Ces gens-là peuvent continuer de travailler en télétravail, donc, ils peuvent continuer de payer leur loyer. On n’est pas très impacté à Trois-Rivières», souligne la dirigeante.

Du même souffle, elle reconnaît que la situation est plus difficile «quand il s’agit de restaurants, de cafés, d’entreprises où il y a des contacts physiques».

«Et ça, on en a quelques-uns, des salons de coiffure, des centres de jeux intérieurs qui sont fermés depuis la mi-mars. Avec eux autres, ça va être plus difficile sans doute. On s’attend à tout. Il y a plein d’entreprises qui prennent des mesures avec nous,», raconte celle qui donne l’exemple du locataire qui propose de payer 50 % du loyer maintenant, en raison de la baisse de ses revenus, et de rembourser plus tard lors de la reprise.

Et cette dernière s’inquiète particulièrement du sort des nouvelles entreprises. «On fait presque du cas par cas, on passe beaucoup de temps au téléphone avec les gens pour essayer de voir un plan de match. On s’attendait à ce que le 1er avril soit difficile. Ce fut le cas, mais moins qu’on le pensait. Ça a été quand même correct à Trois-Rivières», soulève Mme Villemure.

Le président de la Société immobilière Duguay, Philippe Duguay, échange également avec l’ensemble de ses 280 locataires qui, pour la plupart, réussissent à faire leur paiement mensuel.

«Ce qu’on veut, c’est que toutes les PME qu’on a dans nos bâtisses s’accrochent et passent à travers. Ils attendent que le tsunami soit passé. Ce qu’on vit, c’est vraiment un tsunami, ce n’est pas une crise financière, une récession. C’est vraiment circonstanciel», croit-il.

«Quand c’est circonstanciel, ça suit la forme d’un V. Ça descend, mais du moment qu’on va avoir atteint le fond et que les commerces vont rouvrir, on pense d’ici le 15 mai à peu près, on va remonter la pente. Si ça a pris deux mois et demi à descendre, ça va prendre deux mois et demi à remonter. On devrait revenir à peu près dans la même situation qu’avant », espère l’homme d’affaires.

Outre sa bonne situation financière, l’entreprise familiale qu’il a fondée il y a 35 ans a aussi pour avantage d’être beaucoup axée sur le service. «On a tous des centres d’achat qui ont pignon sur rue et on est très diversifié», fait remarquer celui dont le taux de location de sa cinquantaine de bâtiments est de 98,5 %.

Le président de la Société immobilière Duguay se dit «assez optimiste malgré tout». Non seulement prévoit-il une réouverture prochaine de certains commerces, mais les besoins de consommation sont toujours là à son avis.

«Après un mois et demi de confinement, on a tous pris l’habitude de se laver les mains et de respecter les distances. Tant qu’ils n’auront pas trouvé le vaccin ou le remède efficace, il va falloir qu’on apprenne à vivre comme ça. Les gens vont apprendre à aller chez Sports Experts ou n’importe quel commerce en respectant les consignes», avance-t-il.

Pour ce dernier, il faut rester positif.

«On est beaucoup à l’écoute de nos gens, on les appelle, on trouve une solution à tous nos locataires, on sécurise tout le monde. C’est sûr que c’est facile de tomber dans la déprime, mais la seule chose à ne pas faire, c’est ça. C’est juste un mauvais moment à passer», conclut celui qui projette deux nouvelles acquisitions après la pandémie, à Québec et Trois-Rivières.