L’Institut de recherche sur les PME de l’UQTR a fait le point sur l’entrepreneuriat au féminin. À l’avant-plan, on aperçoit Michèle Boisvert, vice-présidente de la Caisse de dépôt et placement.

La «charge mentale» freine la croissance

Trois-Rivières — La fameuse répartition des tâches domestiques continue à se poser comme facteur influençant la croissance des petites et moyennes entreprises dirigées par les femmes.

Ces dernières présentent une croissance de 7,55 % par rapport aux entreprises dirigées par des hommes qui affichent 16,15 %. C’est deux fois moins. Au cœur de ce phénomène, la «charge mentale» des femmes.

C’est un des éléments qui est ressorti, jeudi, de l’activité «Le point sur l’entrepreneuriat au féminin» organisé par l’Institut de recherche sur les PME de l’UQTR à laquelle quelque 200 personnes ont pris part.

La rencontre présentait des invitées de choix, soit Michèle Boisvert, la vice-présidente de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Diane Chaîné, présidente de Progi, Sylvie Rioux, vice-présidente d’Andromédia technologies et Chantal Trépanier, pdg de Cognibox.

Une étude commandée par la SADC du Centre-de-la-Mauricie et Femmessor Mauricie auprès de 285 dirigeants de PME de la Mauricie, démontre qu’encore aujourd’hui, les femmes ont plus de tâches domestiques et plus de responsabilités en lien avec les enfants que les hommes qui, eux, n’hésitent pas à reconnaître candidement que leur femme «en fait plus».

L’écart n’est pas si grand au niveau des tâches, mais assez pour que les femmes aient une «charge mentale» plus importante dans le couple, explique le professeur Étienne St-Jean, un des organisateurs de l’événement.

«Si vous me demandez quand sera le prochain rendez-vous chez le dentiste de mes enfants je vais dire: demandez à ma femme», illustre le chercheur. La remarque a fait rire l’auditoire puisqu’on s’y reconnaît, mais le fait est que cette «charge mentale» à laquelle les études font référence a pour conséquence que les femmes entrepreneures vont travailler 5 heures de moins par semaine dans leur entreprise que les hommes. «Ce n’est pas banal», fait valoir le professeur St-Jean.

La conséquence de ces heures consacrées ailleurs que dans l’entreprise, c’est que les femmes entrepreneures vont faire moins d’activités d’innovation que leur contrepartie masculine.

Marc Duhamel, chercheur à l’IRPME de l’UQTR indique de son côté qu’il manque de femmes entrepreneures au Canada. La cause principale serait que les femmes se sentent moins compétentes pour se lancer en affaires, dit-il.

«Elles performent très bien, au Québec, mais ce qui les empêche de faire le saut, explique-t-il, «c’est vraiment cette perception d’avoir besoin d’un meilleur équilibre travail-famille», explique-t-il.

La conciliation travail-famille semble adéquate, au Québec, pour les femmes employées, «mais il faut peut-être se poser la question si c’est adapté à la nature d’un travail entrepreneurial», se questionne le professeur Duhamel.

Il y a aussi des stéréotypes parfois blessants qui persistent. Diane Chaîné, présidente de Progi, indique qu’elle a hâte de ne plus entendre de remarques autour d’elle du genre: «Nous avons fait le choix de s’occuper de nos enfants.»

«C’est comme si en étant entrepreneur, nos enfants, on s’en fout. Ce n’est pas parce que tu es entrepreneur que tu ne fais pas le choix de la famille», assure-t-elle. «Apprenez à déléguer», suggère-t-elle.

Ces mentalités changeront peut-être avec la jeune génération. C’est qu’il y a de plus en plus de PME au Québec et de plus en plus de jeunes femmes pour les diriger.

En 2009, seulement 7 % des Québécois avaient le désir d’entreprendre. On en comptait 21 % en 2017.

La Caisse de dépôt et placement «a décidé de faire de l’entrepreneuriat au féminin une priorité», indique Michèle Boisvert. C’est que chez les entrepreneurs, environ 40 % sont des femmes et 42,8 % ont entre 18 et 34 ans par rapport à 34,6 % pour les plus âgées.

En voyant que la différence homme femme commence à s’effacer de plus en plus chez la jeune génération, Mme Boisvert comprend que «ce n’est plus de cette façon-là qu’on regarde l’entrepreneuriat».