Les frères Éric et Yacov Wazana dans leur usine de fabrication de jeans à Saint-Côme-Linière en Beauce.

La Beauce redevient la capitale du denim

Le succès remporté par Yoga Jeans, leur marque de commerce vedette, a forcé les frères Éric et Yacov Wazana à agir à contre-courant des tendances lourdes dans l’industrie du vêtement en Amérique du Nord.

S’établir au Québec. En Beauce, par-dessus le marché.

À Saint-Côme-Linière, plus précisément, une municipalité de 3300 habitants située à une trentaine de kilomètres de la frontière avec les États-Unis.

«Une petite voix me disait qu’il fallait conserver et créer des emplois ici au Québec», raconte Éric Wazana qui a fondé la compagnie Second Clothing en 2000. Il en dirige les destinées avec son frangin.

«Ma maman était couturière. À de nombreuses occasions, elle a perdu son gagne-pain dans les ateliers de confection à Montréal en raison de la délocalisation des emplois. Je ne voulais pas contribuer davantage à amplifier ce phénomène. J’ai toujours cru que nous étions bons, au Québec, et que nous pouvions bien faire les choses», explique Éric Wazana qui participe actuellement avec 60 autres entreprises et marques québécoises du secteur de la mode à la foire Magic de Las Vegas. Il s’agit de la plus importante exposition commerciale de mode en Amérique du Nord avec ses 4000 exposants et ses 60 000 visiteurs.

En créant Yoga Jeans en 2007 — «le jeans le plus confortable au monde», affirme la publicité — Second Clothing a trouvé un véritable filon. Rapidement, les ventes ont grimpé à un rythme de 20 % à 25 % par année.

«Ça allait trop vite. Nous savions que nous allions frapper un mur. Nous n’avions pas suffisamment de sous-traitants pour répondre à la demande», se souvient Éric Wazana.

«Nous avions songé nous installer à Los Angeles, comme beaucoup de marques l’ont fait. Nous aurions alors un peu perdu notre âme. La marque Yoga Jeans serait devenue américaine. Il y avait évidemment l’Asie dans le décor. Les marges bénéficiaires étaient alléchantes pour notre compagnie. Cependant, il y avait les risques de perte de contrôle au niveau de la recherche et développement. Il y avait aussi tous les problèmes liés aux délais de livraison.»

Pour les frères Wazana, la meilleure solution était donc de concentrer leur production au Québec en ouvrant une usine.

Le Yoga Jeans

S’enraciner en Beauce

Une opportunité s’offrait en Beauce. Reconnue, à une certaine époque. comme la «capitale du denim», la région perdait des plumes avec la fermeture, notamment, des installations du Groupe RGR en juillet 2011.

L’usine Confections de Beauce de Saint-Côme-Linière était à vendre. Les équipements de RGR aussi.

Et, surtout, une main-d’œuvre qualifiée était disponible.

À la fin de 2011, les frères Wazana ont pris racine en Beauce. Yacov a même acheté une maison à deux pas de l’usine. «Lorsqu’un problème survient, je saute dans mon véhicule et trois minutes et demie plus tard, j’ai les deux pieds dans l’usine», signale Éric Wazana.

À l’origine, l’entreprise qui fabrique aussi des jeans pour des marques privées faisait travailler un peu moins d’une trentaine de personnes dans la Beauce. Ce nombre dépasse aujourd’hui 70.

Et il pourrait bientôt atteindre la centaine puisque Yoga Jeans ne cesse d’ouvrir de nouveaux marchés. Déjà présente au Japon, en Australie et en Europe, la marque veut s’imposer aux États-Unis. La Chine est aussi dans la mire. «Ça serait bien d’aller vendre des jeans québécois aux Chinois!» fait remarquer M. Wazana.

Par ailleurs, ce dernier ne cache pas son inquiétude face aux répercussions de la pénurie généralisée de main-d’œuvre qui frappe la Beauce. Le taux de chômage y affiche 2,4 %. La relève est quasi inexistante du côté des couturières.