Le président de la section locale 9700 des Métallos, Clément Masse, et le président du Syndicat des Ouvriers du Fer et Titane (CSN), François Nadeau.

La bataille se déplace à Pittsburgh chez Alcoa

BÉCANCOUR — Alors que le lock-out à l’Aluminerie de Bécancour entre dans sa 11e semaine, sept syndicats CSN regroupant près d’un millier de travailleurs de la région œuvrant dans des secteurs connexes à l’aluminerie ont apporté vendredi un appui de plusieurs milliers de dollars aux 1030 travailleurs syndiqués. Et le directeur québécois des Métallos, Alain Croteau, a profité de l’occasion pour annoncer la présence du syndicat lors de l’assemblée des actionnaires d’Alcoa prévue le 9 mai prochain à Pittsburgh.

«Il y aura une tournée des usines d’Alcoa aux États-Unis. On va aller partout dans le monde s’il le faut. Alcoa va comprendre des affaires», a-t-il lancé aux nombreux travailleurs réunis sur la ligne de piquetage.

Celui-ci a également fait savoir qu’un compteur du coût du lock-out à l’ABI pour Hydro-Québec était en ligne sur le site internet du Syndicat des Métallos à l’adresse metallos.org.

«Il y a une nouvelle sorte de compteur intelligent. Sur notre site Internet, on a mis en ligne un compteur qui montre combien Rio Tinto et Alcoa font payer aux Québécois pour leur lock-out. De seconde en seconde, on peut suivre le manque à gagner pour Hydro-Québec, parce que l’Aluminerie de Bécancour n’est pas tenue de payer pour le bloc d’énergie qui lui est réservé», a-t-il déclaré, alors que le chiffre dépassait les 43 millions de dollars vendredi.

Selon le président de la section locale 9700 des Métallos, Clément Masse, en voyant ainsi le compteur tourner, «on réalise à quel point les multinationales prennent en otage non seulement les travailleurs, leur famille et l’économie de la région, mais aussi l’ensemble des Québécois.

Le compteur représente les pertes de revenus pour Hydro-Québec liées à l’arrêt de deux des trois séries de cuves à l’ABI en raison du lock-out. Selon les calculs réalisés par un analyste indépendant, le manque à gagner pour Hydro-Québec est de 604 474 $ par jour en période hivernale et 600 352 $ en période estivale, soit 220 millions $ par année.


« Il s’agit d’un geste de solidarité intersyndical sans précédent »
François Nadeau

«Il s’agit d’un geste de solidarité intersyndical sans précédent depuis les dernières années qui va permettre à ces salariés et à leur famille de tenir la minute de plus, au-delà des enjeux qui leur sont propres et des allégeances syndicales», a affirmé François Nadeau, président du Syndicat des Ouvriers du Fer et Titane (CSN), en dévoilant une cotisation hebdomadaire de deux dollars de la part de 850 travailleurs.

«Avec cet appui financier, nos membres ont voulu démontrer que leur lutte est aussi celle de tous les travailleurs et travailleuses contre l’intransigeance et le mépris de multinationales qui ont décidé de faire fi de leurs préoccupations», a-t-il ajouté sur la ligne de piquetage.

Parmi les contributions remises par les représentants des sept syndicats affiliés à la FIM–CSN, plusieurs sont constituées de montants forfaitaires alors que dans d’autres cas, cet appui a pris la forme d’un versement hebdomadaire de milliers de dollars, et ce, jusqu’à la fin du lock-out.

Par exemple, la section locale 7493, représentant les travailleurs de l’usine des Poudres Métalliques de Rio Tinto à Sorel, a annoncé un don récurrent de 200 $ par semaine, tandis que la section locale 8897 des Métallos représentant les syndiqués d’ArcelorMittal à Longueuil a apporté un chèque de 1700 $ et annoncé un don de 700 $ par mois tout au long du conflit.

«Nous avons le même employeur, Rio Tinto. C’est important que les patrons de ces multinationales comprennent que les travailleurs se serrent les coudes», a fait valoir le président de la section locale 7493, Patrick Sarrasin.

«Les multinationales essaient de nous faire subir la même médecine, d’une usine à l’autre. Ils pensent qu’on est trop isolé, trop individualiste, pour contester. Mais c’est sans compter sur la solidarité syndicale», a renchéri son collègue de la section locale 8897, François Lévesque.


« L’employeur va l’avoir dans la face la tempête »
Clément Masse

Au lendemain du déclenchement du lock-out, la Fédération de l’industrie manufacturière (FIM–CSN), tout comme le Syndicat national des employés de l’aluminium de Baie-Comeau (CSN), qui représente 650 travailleurs, avaient donné leur plein appui aux lockoutés. Ce syndicat avait d’ailleurs adopté le 20 février une résolution d’appui financier au montant de 30 000 dollars. La remise d’un chèque est prévue prochainement.

Finalement, le président syndical Clément Masse a comparé tous ces dons à la neige. «Ça commence par un flocon et c’est toute une tempête qui se développe. Et l’employeur va l’avoir dans la face la tempête», a-t-il conclu.